ELECTIONS GENERALES DE
Ainsi que je l'ai dit dans Yavertisseme?it, les dernières élections générales, en Angleterre, ont été virtuellement le triomphe de l'idée impérialiste. Je renonce à donner des extraits des innombrables discours où la plupart des candidats unionistes et un certain nombre de libéraux plus ou moins gagnés aux idées de lord Rosebery, ont fait de l'unité militaire de l'Empire l'article principal de leur programme. Je me contente de quatre citations toutes empruntées à M. CHAMBERLAIN qui mérite bien l'honneur d'être considéré comme le prophète et la tête dirigeante de ce mouvement.
Dans son manifeste aux électeurs de Birmingham-Ouest, en date du 21 septembre 1900, le Secrétaire colonial disait dès le début:
La question que vous aurez à décider, de concert avec le reste du corps électoral du Royaume-Uni, est bien la plus importante qui ait jamais été soumise au peuple de ce pays au cours de la génération actuelle. Nous avons enfin atteint la dernière phase (!) d une grande guerre qui a entraîné d'énormes sacrifices de vies et d'argent, mais qui est devenue célèbre par l'héroïsme des armées impériales et le patriotisme de toutes les classes de citoyens du Royaume-Uni ; qui a surtout reçu, pour la première fois dans l'histoire de V empire, l 'appui enthousiaste des hommes de notre race dans tottles les colonies autono?nes (E. P. H., vol. II, p. 13).
Le 1er octobre, M. Chamberlain envoyait au Daily Mail, de Birmingham, ce " Message à la Nation ", destiné à être affiché sur la rue, à la mode américaine :
Le patriotisme avant la politique ! Puisse V union des colonies et de la mère-patrie, aujourd'hui cimentée dans le sang, se maintenir à jamais. — JOSEPH CHAM- BERLAIN.—(E. P. H., vol. II. page 216).
Au cours de la campagne électorale, où il déploya une activité et une énergie extraordinaire, M. Chamberlain prononça un grand nombre de harangues ; et dans chacune d'elles, sans exception, il fit
xux
de l'œuvre impérialiste le meilleur titre du gouvernement à la confiance du peuple anglais. Je ne reproduis ici qu'un passage de son discours à Coventry, où il traita cette question longuement, avec une clarté et une éloquence remarquables. L,es paragraphes que je cite sont ceux qui se rapportent particulièrement aux colonies et à l'attitude de M. Chamberlain à leur endroit. Mais pour comprendre la puissance réelle du Secrétaire Colonial, il faut lire ce discours tout entier, J'y ajoute un court extrait de son discours à Stourbridge qu'on peut appeler son discours de clôture.
Discours à Coventry, ier octobre 1900 :
Messieurs, le gouvernement que je représente est un gouvernement impérialiste. Depuis cinq ans que nous sommes au pouvoir, notre conduite s'est guidée sur un principe unique, à la poursuite d'un but essentiel : cimenter l'union des différentes parties de l'Empire et en faire un tout compact en nous gagnant leur affection et en leur inspirant confiance. C'est cette pensée qui dominait au jubilé de la reine et qui a été pour ainsi dire l'âme de ces fêtes {permeated the great cérémonial, etc.). C'est à cette pensée que nous avons obéi en faisant la fédération de l'Australie. Et c'est pour atteindre ce but que nous n'avons négligé aucune occasion de faire appel aux habitants des colonies afin de leur faire comprendre le rôle important qu 'ils sont appelés à jouer dans ce système impérial et afin de les convaincre que nous les aimons (!), que nous avons confiance en eux et que nous attendons d 'eux aide et appui. N'avons-nous pas réussi?... Comment est-il arrivé que toutes ces colonies, sans distinction aucune, se sont empressées de nous faire l'offrande de leurs vies et de leurs trésors, pour venir en aide à la cause de l'Empire? C est parce qu'elles étaient persuadées que ce gouvernement réaffirmait les ■principes sur lesquels V empire s'est fondé, principes qu'on semble avoir trop oubliés en ces derniers temps, principes qui, par le passé, ont eu pour interprètes les Pitt, les Canning, les Palmerston. La base sur laquelle reposent ces principes c'est qu'aussi longtemps que l'empire britannique subsistera, tout sujet anglais, quelle que soit son origine, du moment qu'il se livre à une occupation légitime, peut compter sur toute la force de l'Empire pour la sauvegarde de ses droits. Et c'est parce que nous avons affirmé ce principe au Sud-Africain que les colonies nous ont accordé un appui si grand, si magnanime : elles ont enfin compris et elles savent aujourd'hui qu'appartenir à l'Empire est un honneur, un privilège et une protection. Ce sentiment d'orgueil, créé au sein de l'empire, est, je n'hésite pas à le dire, l'œuvre du gouvernement actuel ; et c'est sans doute pour nous récompenser qu'on vous demande de voter la déchéance du cabinet et l'humiliation de l'homme politique qui a dû assumer les responsabilités découlant de l'application de ces principes ! Un sentiment
nouveau d'orgueil s'est enflammé dans ce vaste Empire. Nous savons maintenant que si jamais l'Empire est en danger, nous ne resterons pas isolés. Ces nations sœurs, nos colonies, déjà grandes et puissantes mais destinées à brève échéance à devenir encore plus grandes et plus puissantes, n'ont rien épargné pour nous venir en aide à l'heure de nos épreuves. Mai*, messieurs, il y a l'autre côté de la médaille à envisager. Il faut bien nous dire que cet esprit de sacrifice de la part de nos colonies appelle la réciproque de notre part. Si elles consentent à de tels sacrifices en notre faveur, nous devons être prêts à en faire autant pour elles — et partout où la race anglaise est disséminée, en quelque coin du globe que les nôtres soient insultés, opprimés, persécutés, c'est là même qu'il faut aller à leur secours. Voilà donc l'œuvre sur laquelle nous vous demandons de vous prononcer. — (E. P. H., vol. II, pages 178 à 180).
Si vous répudiez aujourd'hui le principe qui a servi de base à la grandeur de l'empire et auquel son existence est infailliblement subordonnée, si vous êtes indifférents aux vœux de vos colonies qui vous ont prêté main forte dans cette guerre, alors, messieurs, vous perdrez vos colonies et vous déshonorerez l'empire. — (Page 186).
M. Chamberlain a très bien réussi à convaincre les Contribuables anglais de l'avantage qu'ils trouvent dans l'appui militaire des colonies ; mais il n'a pas encore réussi à leur faire accomplir " d'actes réciproques."
Discours à Stourbridge, le 9 octobre 1900.
Il s'agit d'une question impériale; et tous ceux des nôtres qui habitent au delà
des mers, nos cousins des colonies, sont presque aussi intéressés que nous à cette élection. Je voudrais qu'ils eussent droit de suffrage ici ! Il ne resterait plus un seul little Knglander, ni même un Impérialiste libéral au Parlement.
Si, au cours de cette campagne électorale, j'ai parlé avec ardeur, avec animosité même, c'est que je suis convaincu jusqu'au fond de l'âme que nous traversons une crise qui comptera non seulement dans l'histoire de notre pays, maïs même dans les annales de l'Empire. Nous sommes à une époque de création et le moment est arrivé où nous pouvons créer ou anéantir V Empire. — (E. P. H., Vol. II, p. 213).