POURQUOI IMPOSER LA CONSCRIPTION
Parole “explicite” de sir Robert Bord en
Nous avons, jusqu’ici, examiné les raisons *et les faits principaux qui militent contre l’adoption du service militaire obligatoire et contre tout effort additionnel pour la guerre. H serait facile d’y ajouter : les arguments -surabondent; mais je ne veux utiliser, pour l'instant, que les principaux, les plus urgents, ceux qui s’imposent à l’attention immédiate du ministère, du parlement et du pays tout entier.
Cette étude ne serait pas complète, toutefois; elle ne serait pas équitable pour le ministère, si je ne m’efforçais de rechercher les motifs qui ont pu induire le premier ministre et ses collègues à prendre une si grave décision, à l’encontre de leurs déclarations antérieures et de leurs promesses réitérées. Or, je veux être juste pour tout le monde, même pour les ministres et les politiciens.
Laissons de côté les nombreuses garanties données à la province de Québec, en maintes circonstances, par ses représentants officiels dans le cabinet d’Ottawa: MM. Gasgrain, Blondin, Patenaude et Sévigny. Tenons-nous-en à l’unique mais péremptoire déclaration faite par le premier ministre à l’ouverture de la session de 1916: “I made it clear to the people of Canada that we did not propose any conscription. I REPEAT TH AT ANN O UNCEMEN T TO-DAY WITH EMPHASIS.” — “J’ai clairement fait comprendre à la population canadienne que nous n’entendons pas établir de conscription. JE LE DECLARE DE NOUVEAU EXPLICI¬ TEMENT.”
Cette déclaration “explicite”, le premier ministre la faisait au nom du gouvernement, en réponse à l’appel pressant du leader de l’opposition. “Il importe” — avait dit M. Laurier — “que nous ayons au plus tôt une déclaration autorisée de la part de mon très honorable ami, le premier ministre, à -ce sujet.” Avant de lancer cette invite au ministère, le -chef du parti libéral, on s’en souvient, s’était prononcé fortement contre toute idée de conscription b L’adresse fut votée à l’unanimité, sans qu’aucune dissidence appréciable ne se fût manifestée contre l’opinion du leader de la gauche et la déclaration “explicite” du premier ministre.
1 On trouvera, à l’appendice II (page 43), de copieux extraits des discours prononcés, le 17 janvier 1916, durant le débat sur l’Adresse, par sir Robert Borden et sir Wilfrid Laurier.
Ainsi, à la session de 1916, le parlement tout entier s’est affirmé contre la conscription. Le premier ministre s’est engagé “explicitement” à ne pas “établir la conscription”. Cet engagement, le chef de 'l’Etat l’a pris après avoir annoncé que les effectifs de l’armée seraient portés à cinq cent mille hommes. Ce n’est donc pas cette décision — également ratifiée à l’unanimité des voix des deux partis — qui justifie aujourd’hui le ministère de violer sa promesse “explicite”.
Depuis, le premier ministre et ses collègues ont plus d’une fois réitéré cet engagement.
L’élection de Dorch ester — Promesses des ministres
En décembre, l’un des membres les plus importants de la Commission du Service national me faisait l’honneur de solliciter mon concours, afin d’induire les Canadiens-français à répondre au fameux questionnaire. Lorsqu’il eut exposé à loisir l’objet de la Commission, je lui posai cette question: “Quelle garantie nous donnez-vous que l’enquête du Service national n’est pas, comme en Angleterre, le prélude de la conscription?” — “La meilleure, répliqua-t-il: personnellement, j’étais favorable à la conscription. C’est sir Robert Borden lui-même qui m’a démontré qu’elle est impraticable au Canada.” De la bonne foi de mon interlocuteur, de l’entière véracité de son témoignage, je ne doutai nullement. J’ai d’autant moins raison d’en douter aujourd’hui que je connais l’existence de preuves écrites qui témoignent que telle était alors l’opinion du premier ministre.
En janvier dernier, M. Sévigny s’est fait réélire comme ministre en promettant qu’il n’y aurait pas de conscription. Un autre membre du cabinet, M. Blondin, a ratifié cet engagement. Sir Robert Borden n’a infligé aucun démenti a ses collègues; il n’a pas apporté la moindre réserve à leurs déclarations “explicites”. L’organe payé du ministère, l’Evénement, a souligné ces garanties. “Les électeurs de Dorchester — clamait-il, le 26 janvier 1917 — sont maintenant bien avertis : ils savent qu’ils n’auront jamais la conscription avec le gouvernement conservateur.” Cet “avertissement”, donné “aux électeurs de Dorchester”, valait pour tout le pays.
Le parlement s’est réuni le 18 janvier. Le discours du Trône ne contenait pas la moindre allusion à un projet de conscription. Le débat sur l’adresse s’est clos, puis le premier ministre est parti pour Londres, le 12 février, sans donner au pays le moindre indice qu’il avait changé d’avis au sujet du mode de recrutement des troupes. Ce n’est qu’après son retour, le 18 mai, qu’il a brusquement lancé la bombe.
Que s’est-il donc passé, du 12 février au 18 mai, qui autorise le premier ministre et ses collègues à faire une si subite et si complète volteface?
Accordons aux ministres toute la mesure d’équité qu'ils peuvent attendre. S’il s’était produit, dans la situation européenne, des changements graves et soudains qui exigeraient du Canada un effort extraordinaire, impossible à prévoir il y a quatre mois, le ministère serait certai-
nement justifiable de renverser sa décision; et il aurait le droit de compter sur l’appui de tous ceux qui ont approuvé sans réserve l’entière participation du Canada à la guerre européenne. D’autre part, les partisans les plus outrés de la conscription doivent admettre que si tels changements ne se sont pas produits, le gouvernement n’a pas le droit d’imposer, à l’encontre dè promesses “explicites”, solennelles, et multipliées comme à plaisir, une mesure qui répugne à la masse de la population et menace d’ébranler l’ordre social et l'équilibre économique du pays. Personne, assurément, ne désire la conscription pour le seul plaisir de faire tuer ou mutiler le plus grand nombre possible d’hommes jeunes et robustes. Personne non plus ne doit tenir, sans raison grave, à ce que les chefs de la nation s’affichent comme parjures et menteurs publics.
Volte-face du premier ministre; ses motifs
Dans son discours du 18 mai, sir Robert Borden n’a formulé aucun argument sérieux pour justifier sa virevolte . R a parlé avec une émotion apparemment sincère des pertes subies par l’armée canadienne; il a dit qu’à moins de renforcements nouveaux, le nombre des soldats canadiens diminuerait dans les tranchées. Tout cela est d’une évidence à faire envie à Monsieur de la Palice. Plus la guerre dure, plus il y a de pertes; et si les vides ne sont pas remplis, il est clair que l’armée diminue. Mais le premier ministre savait tout cela, le 17 janvier 1916, lorsqu’il s’engageait “explicitement” à ne pas “établir la conscription”. Il a ajouté que l'enrôlement “volontaire” ne donne plus de résultats tangibles. Cela aussi, tout le monde le savait. La preuve en était faite depuis longtemps, lorsque MM. Sévigny et Blondin juraient leurs grands dieux, à Dorchester, que jamais la conscription ne serait votée. L’enrôlement “volontaire” était tari lorsque l 'Evénement affirmait, au nom des ministres, et sous leur inspiration, “qu’avec le gouvernement conservateur” nous n’aurions “jamais la conscription”.
Si, le 18 mai, sir Robert" Borden avait constaté la faillite totale et définitive de l’enrôlement “volontaire”, ce ne peut être qu’à la suite d’observations déjà lointaines. Or, le 6 mai, — douze jours à peine avant la déclaration du premier ministre — l’un de ses collègues, le “colonel” Blondin, inaugurait, avec le général Lessard, une nouvelle campagne de recrutement “volontaire”. Cette campagne, organisée sous le patronage officiel du ministère de la Milice, devait couvrir toute la province et durer plusieurs semaines. Dès avant la troisième assemblée, le premier ministre coupait les ailes et les vivres à son collègue recruteur. Cet appel à la guerre sainte n’était-il qu’une immense partie de bluff? Si, le 6 mai, le premier ministre ne croyait plus à l’enrôlement “volontaire”, pourquoi a-t-il autorisé cette gigantesque fumisterie? S’il y croyait encoie, pourquoi a-t-il brusquement interrompu le travail, à peine ébauché, de son collègue?
D’ailleurs, lorsque sir Robert Borden s’est engagé, le 17 janvier 1916, à ne pas “établir lia conscription”, il n’a pas subordonné sa promesse •au succès de l’enrôlement “volontaire”. C’est après avoir annoncé que le chiffre des effectifs serait porté à 500,000 hommes, que le premier mi-
— Si¬
nistre a déclaré qu’il n’y aurait pas de conscription. Son engagement était non seulement "explicite”, il était absolu et sans conditions.
C’est aussi un engagement “explicite”, absolu et sans condition, que M Sévigny a pris, au nom du “gouvernement conservateur”, au moment de sa réélection comme ministre.
'L’argument de la faillite de l’enrôlement volontaire ne vaut donc rien à rencontre de l’engagement “explicite” du 17 janvier 1916.
Sir Robert Borden se doit à lui-même, il doit à l’honneur de ses collègues, il doit aux justes exigences du pays, d’autres explications de sa volte-face.
Afin de faciliter la tâche au premier ministre, recherchons maintenant les circonstances et les motifs qui ont pu lui inspirer une décision dont il ne peut manquer de mesurer toute la gravité, — indépendamment du déshonneur qui le guette s’il ne parvient pas à se justifier.
Jetons un coup d’oeil sur la situation européenne et voyons s’il s’est produit, disons depuis janvier, quelque événement extraordinaire et imprévu qui autorise le gouvernement à violer ses engagements et' à imposer la conscription.
A bien examiner, on ne peut raisonnablement signaler que trois faits nouveaux susceptibles de modifier la situation des armées rivales et d’affecter le résultat ultime de la guerre: la reprise de la guerre sous-marine; la révolution russe; l’entrée des Etats-Unis dans le conflit. Aucun de ce$ événements ne justifie l’adoption de la conscription au Canada. Tous trois, au contraire, militent non seulement contre la conscription mais aussi contre l’expédition de nouvelles troupes en Europe.
La guerre sous-marine
La campagne sous-marine n’est même pas un fait nouveau pour les belligérants de la première heure. Tout ce qu’il y a de nouveau dans la décision prise, en janvier, par l’Allemagne, c’est l’attaque dirigée contre les navires des pays neutres qui pénètrent dans les zones de blocus. Cette extension des opérations sous-marines affecte, il est vrai, la situation economique des belligérants, celle de l'Angleterre surtout. Mais en quoi l’enrôlement, volontaire ou forcé, de cent mille Canadiens de plus apporterait-il un remède à cette situation? C’est si peu sur les armées de terre que l’Angleterre compte pour parer à ce nouveau danger, qu’elle a supplié le gouvernement américain de retarder l’envoi de ses troupes en Fiance, afin d’accélérer la construction des navires de commerce, la production des vivres et leur expédition en Angleterre.
Qu’on relise avec attention tous les discours prononcés par M. Balfour, aux Etats-Unis et au Canada: on n’y trouvera pas la moindre allusion au besoin de troupes. Par contre, il y est souvent question des dangers de l’affamation. Prétendra-t-on que l’Angleterre, qui n’a pas besoin des troupes américaines, a besoin de plus de troupes canadiennes?
, Si le gouvernement canadien veut réellement aider l'Angleterre à se préserver de la famine, il doit s’appliquer sans retard, non pas à enrôler de nouvelles recrues pour l’armée, mais au contraire à faire cesser tout enrôlement, puis à concentrer et utiliser toutes les énergies de la nation afin de stimuler la production agricole et la construction des navires.
La révolution en Russie
La révolution russe n’est assurément pas la raison ou le .prétexte que le premier ministre invoquera pour justifier son projet de conscription. Les gouvernements de Washington, de Londres et de Paris ont acclamé la déchéance du Tsar comme une défaite pour l’Allemagne. La presse de France et d’Angleterre s’est appliquée, quinze jours durant, à dévoiler les intrigues et les machinations allemandes qui se poursuivaient à la cour de “Nicolas Romanoff”. Elle a peint la révolution comme un immense et glorieux soulèvement du peuple russe contre les “traîtres” qui négociaient avec l’Allemagne. Le “dictateur” de l’Empire britannique, M. Lloyd George, a même télégraphié aux révolutionnaires de Russie qu’ils avaient rendu “à la cause des Alliés lè plus signalé des services". Sir Robert Borden était à Londres lorsque cette dépêche fut rédigée, envoyée et publiée. Chaque jour, il conférait avec M. Lloyd-George. Viendra-t-il prétendre que “le plus signalé des services” rendus par la Russie à lia cause des Alliés doit maintenant se payer par l’holocauste de cent mille jeunes Canadiens, ajoutés aux quatre cent mille déjà sacrifiés?
L’intervention américaine
La déclaration de guerre des Etats-Unis, loin de justifier l’expédition de nouvelles troupes canadiennes, devrait, au contraire, induire le gouvernement à mettre fin à tout enrôlement. Les Etats-Unis ont, dans cette guerre, un intérêt au moins égal à celui du Canada. Leur population est quatorze fois plus nombreuse que la nôtre. Leurs richesses sont soixantequatorze fois plus élevées que celles du Canada. Voici près de trois ans que la petite nation canadienne se saigne à blanc. N’a-t-elle pas le droit de respirer un peu et de reprendre quelques forces, pendant que la riche e* populeuse république américaine, qui n’a pas encore sacrifié un seul troupier, apportera son concours si longtemps différé?
Avant que les Etats-Unis n’eussent décidé de se jeter dans la mêlée, à l’époque même ou ils semblaient le plus décidés à rester neutres, sir Robert Borden ne jugeait pas la conscription nécessaire et renouvelait sa promesse de ne pas la faire appliquer. Aujourd’hui que la plus puissante des nations neutres apporte aux Alliés un secours inattendu et d’une énorme importance, — tous les hommes d’Etat et de guerre en témoignent, — comment le premier ministre peut-il espérer nous faire croire que la cause des Alliés exige la vie de cent mille Canadiens de plus?
Dans l’ordre économique, la même évidence s’impose. Quelques semaines avant l’entrée des Etats-Unis dans la guerre, le gouvernement canadien trouvait si urgent de qemplir les cadres vidés de l’armée agricoîe qu’il lançait un appel désespéré aux ouvriers américains. Cet appel était publié dans plus de sept cents journaux des Etats-Unis. Le gouvernement estimait à soixante-dix mille le nombre d’ouvriers agricoles qu’il fallait à tout prix faire venir des Etats-Unis. Au moment de la déclaration de guerre du Président, sept mille Américains, «nviron.
avaient répondu à l’appel du Canada. Naturellement, les autorités de Washington ont mis une brusque fin à ce drainage des forces vives de la nation américaine. Notre ministre du Commerce, sir George Foster, s’est vu forcé d’écrire une lettre dans laquelle il s’est engagé, au nom du gouvernement canadien, à faire cesser cette campagne d’embauchage. Voici donc l’armée agricole du Canada privée de plus de soixante mille recrues que le gouvernement jugeait, il y a trois mois, absolument nécessaires pour nous permettre de faire produire au sol canadien la nourriture dont l’Angleterre a un si pressant besoin. Et ce déficit désastreux, fatal peut-être, le même gouvernement veut maintenant le doubler, le tripler, en jetant cent mille Canadiens de plus en pâture au minotaure de la guerre !
Notez bien le contraste. D’un côté, le gouvernement d’une nation de cent millions d’habitants, qui n’a pas encore sacrifié un seul homme à la cause désormais commune, juge dangereux et refuse de prêter à une nation voisine et alliée soixante-dix mille de ses enfants. De l’autre, le gouvernement d’une nation de sept millions d’habitants, qui a déjà fourni quatre cent vingt mille de ses enfants à la boucherie européenne, trouve nécessaire et patriotique d’en forcer cent mille de plus à se sacrifier au triomphe de la “liberté” et de la “démocratie” ! ! Quel vent de folie et de suicide passe donc sur nos têtes?
Impérieuse nécessité de garder nos hommes
De tous les faits nouveaux qui ont modifié la situation depuis que sir Robert Borden a pris l’engagement “explicite” de ne pas établir la conscription, celui qui justifie le moins sa volte-face c’est bien l’entrée des Etats-Unis dans la guerre. A lui seul, au contraire, ce fait devrait suffire à faire comprendre à nos gouvernants qu’il faut mettre fin à tout enrôlement additionnel, à toute expédition de nouvelles troupes canadiennes en Europe. Le devoir qui s’impose plus impérieusement que jamais, depuis que les Etats-Unis sont entrés en guerre, c’est de rallier toutes les forces vives de la nation et d’utiliser tout le man-power du pays afin d’activer la production agricole — qui seule empêchera la crise des vivres, en Europe et en Amérique — et la construction des navires qui apporteront à l’Angleterre son pain quotidien.
Et pourtant, c’est probablement la déclaration de guerre des Etats- Unis qui a déterminé la volte-face de sir Robert Borden — pas pour 1 avantage de la France ou de l’Angleterre, mais pour la commodité des Etats-Unis eux-mêmes.
Le comité britannique de recrutement, installé à New-York depuis peu, estime à 500,000 le nombre d’Anglais et de Canadiens, d’âge militaire, actuellement aux Etats-Unis. Une proportion considérable de ces sujets britanniques ont quitté le Royaume-Uni et le Canada depuis deux ans, afin de se soustraire au service militaire. Les autorités américaines ont jugé, avec raison, que si la seule crainte de la conscription, alors démentie par les autorités canadiennes, avait pu jeter de l’autre côté de la frontière des centaines de mille sujets britanniques, des millions d’Américains la franchiraient en sens inverse afin d’éviter
la conscription certaine aux Etats-Unis. Pour empêcher cet exode, le gouvernement américain aurait été forcé d’établir un cordon de sentinelles depuis l’embouchure de la rivière Sainte-Croix jusqu’aux rives du (détroit de San Juan. Il a trouvé plus pratique et moins coûteux de faire faire sa besogne par le gouvernement canadien. La conscription établie simultanément dans les deux pays, la tâche de surveiller les slackers serait énormément simplifiée.
Ce n’est donc pas pour sauver la “démocratie” et la “civilisation supérieure” que le Canada est menacé du plus odieux et du plus sanglant des * impôts; ce n’est pas davantage pour aider la France et F Angleterre ; ce n’est pas même pour soutenir l’effort de sa propre armée: c’est tout bonnement pour faire la police du gouvernement américain.
Tout considéré, c’est là qu’il faut chercher la seule explication plausible de l'incroyable changement d’attitude du ministère — beaucoup plus, à mon avis, que dans les décisions du Conseil de Guerre de l’Empire.
La Conférence de guerre à Londres
Que, dans les délibérations secrètes de cette junte impériale, il ait été question de la conscription pour le Canada et l’Australie, c’est fort possible; c’est même certain. Que les ministres britanniques aient représenté aux délégués 'des “nations-soeurs” l’avantage de mettre tous les pays d’empire sur le même pied d’organisation militaire, c’est probable. Que les maîtres de l’Empire aient exercé une pression afin de faire remplacer par des soldats coloniaux les Anglais qu’ils gardent aux champs, aux chantiers maritimes, aux mines de charbon, aux usines de munitions, c’est plausible; et nous ne saurions leur en faire reproche. Tant pis pour nous si nous avons bêtement permis à nos politiciens de clamer, depuis bientôt trois ans, que le Canada est prêt à sacrifier “son dernier homme et son dernier dollar” pour les nations d’Europe. Néanmoins, je persiste à croire que, sans la (déclaration de guerre du Président Wilson et le vote de la conscription par le Congrès, sir Robert Borden n’aurait pas violé ses engagements. A l’encontre des motifs que les ministres britanniques ont pu invoquer confidentiellement en faveur de la conscription, en général, le premier ministre du Canada n’a pu manquer d’opposer son engagement “explicite” et, aussi, les déclarations positives et publiques des hommes d’Etat anglais, lesquelles militent toutes contre l’établissement de la conscription au Canada, à l’heure actuelle.
En tout cas, quel que soit le motif apparent ou réel de la décision du ministère, le parlement ne serait pas justifiable de voter la loi projetée, ou toute mesure tendant à rendre obligatoire le service pour la guerre européenne, sans le consentement du peuple. C’est le dernier point qu’il nous reste à examiner.