‹ Brochures diversesChapitre 24 sur 58 · SIR WILFRID LAURIER · texte numérisé non relu

SIR WILFRID LAURIER

“Le discours du trône nous annonce que l’on nous présentera des mesures pour permettre au Gouvernement de continuer la guerre. Mon très honorable ami le premier ministre a fait, le 1er de l’An, la déclaration qu’il était prêt à offrir 500,000 hommes. Je ne discuterai pas aujourd'hui le point de savoir si la déclaration prématurée de mon très honorable ami était exactement conforme aux règles du gouvernement parlementaire. Je mets de côté toutes ces questions dans un jour comme «elui-ci. Je crois que nous aurons des explications sur l’offre de 500,000 hommes, qui me semble un projet un peu vaste, mais encore une fois, je m’abstiens de porter an jugement à ce sujet. Je serai prêt et les honorables amis qui m’entourent seront

également préparés à discuter, avec toute l’attention qu’elles méritent, les propositions que le Gouvernement jugera essentielles pour mener à bien la lutte dans laquelle nous sommes engagés. Mais permettez-moi de vous dire — et je crois qu’à ce sujet nous devons avoir une expression d’opinion — que nous devons repousser immédiatement l’impression que l’on a cherché à créer, que cette offre serait un premier pas vers la conscription. Il ne doit pas y avoir de conscription au Canada. On a tenté pendant de nombreuses années, monsieur l’Orateur, d’effrayer le peuple avec le spectre de la conscription. Il y a eu, comme vous le savez, dans cette Chambre, quelques hommes qui, pendant les élections de 1911, ont déolaré que le vote de la loi navale était un prélude à la conscription. Il y a des hommes dans la province de Québec qui ont affirmé qu’au moment où la conscription serait adoptée en Angleterre, la conscription serait adoptée ou proposée au Canada. La loi navale a été dans les^ statuts pendant six ans. Elle y est encore, elle n’a pas été abrogée, comme plusieurs membres de cette Chambre s’étaient engagés à l’exiger. Elle existe toujours et il n’y a pas encore de conscription. En Angleterre on en est arrivé à la conscription, mais au Canada la conscription n’existera pas. En ce qui a trait à la conscription en Angleterre, ce serait vraiment de mauvais goût, je dirai plus, ce serait une impertinence de faire à ce sujet quelques remarques pour témoigner de notre approbation ou de notre désapprobation. Pour moi, je puis dire que j’avais l’espoir de voir l’Angleterre poursuivre cette guerre prodigieuse en continuant l’application de son ancien système d’enrôlement volontaire.

“Le gouvernement anglais en a pensé autrement: il a pensé que l’importance, la prodigieuse importance de la guerre à laquelle nous devons faire face, l’obligeait à recourir à la conscription, et la mesure qu’il a adoptée semble rencontrer l’approbation de la grande majorité du peuple de la Grande-Bretagne. Tout de même, monsieur l’Orateur, la situation au Canada n’est pas la même qu’en Angleterre. Les raisons qui existent pour empêcher la conscription au Canada sont évidentes. A défaut d’autres raisons, la principale, celle qui prime toutes les autres, c’est que nous ne pourrions implanter la conscription au Canada sans porter un coup terrible à notre politique d’immigration. Si nous voulons traverser avec succès la période qui suivra la guerre et faire face à l’énorme dette qui s’accumule à l’heure actuelle, si nous voulons acquitter les dépenses énormes dont nous nous chargeons, le meilleur moyen d’atteindre ces résultats, c’est d’adopter une politique d’immigration sage et hardie, de façon à nous permettre d’assurer le développement de nos ressources. Mais si jamais l’on venait à savoir, à l’étranger, que la conscription existe au Canada, cette notion porterait, je le répète, un coup mortel aux espérances que nous entretenons à ce sujet. Mais, la seule pensée de la conscription n’a-t-elle pas exercé une action préjudiciable relativement à no» établissements de colonisation dans le Nord-Ouest ?

Ici, l’orateur cite un article d’un journal américain, le New York American; et il poursuit:

“A tout événement, il laisse assez voir combien il importe que nous ayons au plus tôt une déclaration autorisée de la part de mon très honorable ami, le premier ministre, à ce sujet.

(Débats des Communes, 17 janvier 1916, vol. I, pages 19 et 20 de l’édition française.)

“Nous n’entendons pas établir de conscription”

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