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LE SOUVENIR

Le souvenir, mes frères, beaucoup d’entre vous, plus et mieux que moi, en gardent au cœur la profonde et vivace empreinte, car ils avaient alors âge d’homme, et je n’étais, moi, qu’un enfant1. Mais je me souviens parfaitement que, malgré mon jeune âge, ce grand événement et les démonstrations imposantes qui l’entourèrent, firent sur mon âme d’enfant une bien vive impression; et je sais que cette impression était commune, alors, à tous les enfants de nos familles chrétiennes, qui, tous les jours, au foyer domestique comme à l’école, entendaient les grands parler entre eux, ou s’entretenaient eux-mêmes ensemble de la nouvelle croisade.

Ah ! c’est que le départ de «nos croisés», comme on a si justement nommé ces guerriers d’une cause deux fois sainte, n’a pas été le fait isolé d’une poignée de jeunes gens, la flambée d’enthousiasme de quelques centaines de têtes chaudes et de cœurs ardents.

Non, ce départ, c’est la nation tout entière qui l’a voulu, qui l’a favorisé, qui l’a enfanté. Le départ de nos zouaves a été en quelque sorte notre départ à tous. Ils sont partis, parce que nous ne pouvions tous partir. Ils sont partis en notre nom, à notre place. Ils sont partis avec nos oboles, avec notre sang, avec notre cœur, avec notre conscience, avec notre âme de peuple catholique. Et en partant, ils ont emporté avec eux, enveloppés dans les plis de leur drapeau, les vœux, les espérances, les appréhensions, la foi, l’amour et l’abnégation de tout un peuple !

Ce peuple, c’était le nôtre, Canadiens-français ! Et ce peuple, puis-je dire sans blesser aucune justice ni froisser aucun honneur, c’était surtout le nôtre, Canadiens-français de Ville-Marie ! Car c’est Ville-Marie, c’est Montréal qui, après Castelfidardo et avant^Mentana, a envoyé à Rome deux des

1 L’abbé Bourassa est né le 15 juin 1860. Il avait donc près de huit ans lors du départ des zouaves pontificaux. ( Note de l’éditeur, 1918.)

trois premiers zouaves canadiens 1. Le troisième, né aussi dans notre ville, d’un sang irlandais, est parti de Québec.

Il est mort depuis, en Espagne, au champ d’honneur, serviteur d’une cause qu’il croyait juste et sainte, et la balle qui l’a tué a rencontré sur sa poitrine l’image du Sacré-Cœur. Honneur à Hugh Murray, dont Québec, l’autre soir, célébrait la mémoire, unie à celle de ses autres zouaves ! Honneur à la race qui, en produisant ce héros, a prouvé quels vaillants émules elle aurait pu lui susciter chez nous !

C’est Ville-Marie qui a créé, à la voix de son évêque, ce comité d’organisation dont l’intelligent travail a assuré le succès de cette généreuse expédition.

C’est l’évêque de Montréal, Mgr Bourget, de grande et sainte mémoire, qui, le premier de nos évêques, par l’appui et la consécration d’une voix pastorale empressée à toutes les grandes initiatives, a donné une direction, un corps, une réalisation heureuse aux intimes désirs et aux vœux éclatants qui bouillonnaient alors au sein de notre vaillante jeunesse.

Je vais vous citer quelques dates et quelques textes qui établissent péremptoirement ce fait et déterminent nettement des responsabilités honorables.

Le dimanche, 17 novembre 1867, Mgr Bourget faisait recommander aux prières des fidèles assemblés dans sa cathédrale un de leurs jeunes concitoyens2, blessé grièvement à Mentana; et à cette recommandation il ajoutait la suggestion suivante qui, tombant de sa plume autorisée, ne pouvait manquer de germer dans le sol ému de l’opinion catholique.

((Il y a, disait-il, nous le savons, dans cette ville et dans «toute l’étendue du pays, des jeunes gens qui brûlent du désir «d’aller, aussi eux, s’immoler pour la défense de notre père «commun, de l’immortel Pie IX. Nous devons prier pour qu’il «plaise à la divine Providence de leur ménager les ressources «nécessaires pour les frais d’une expédition si glorieuse. Car il «est à croire que, malgré le bonheur des temps, il y a dans «notre jeune Canada, aussi bien que dans les vieux pays, assez «de richesse pour équiper un bataillon canadien, qui prouve-

1 MM. A. B. Testard de Montigny et Alfred La Rocque, chevaliers de Pie IX.

2 M. Alfred La Rocque.

«rait, en combattant pour le drapeau de la foi, que le courage «que nous ont légué nos pères n’est pas éteint dans le cœur «de leuïÿ enfants.»

Trois semaines plus tard, le 8 décembre, il publiait, par une lettre pastorale, l’encyclique de Sa Sainteté Pie IX, prescrivant un jubilé de prières, pour obtenir du ciel la protection des restes de sa souveraineté temporelle, menacés par les récentes manœuvres de la perfidie piémontaise. Et dans ce solennel document, après avoir glorifié nos deux jeunes blessés de Mentana, celui de Québec et celui de Montréal, le saint évêque ajoutait:

((Beaucoup d’autres brûlent d’ardeur de partager la gloire «de leurs jeunes compatriotes et viennent de l’avant pour «essayer à former un bataillon de zouaves. . . L’on parle de ce «projet dans les villes et dans les campagnes; et il sourit «à beaucoup de jeunes gens qui sont impatients de pouvoir «l’exécuter. Des souscriptions ont été faites spontanément «par des enfants de l’un et de l’autre sexe, dans les collèges et «les couvents, et ces enfants ont l’air de recevoir les premiers le «souffle d’en haut, pour donner l’élan à leurs parents et à leurs «concitoyens, car c’est de la bouche des enfants que sort la « louange parfaite.))

Il examine ensuite quelques opinions émises sur la possibilité, la facilité et la forme d’un recrutement de ce genre. Puis il formule, nettement et chaudement son sentiment et son vœu personnels:

((Nous demeurons étrangers, dit-il, à ce mouvement laïque, «mais, nous l’avouerons, nous le bénissons de tout notre cœur «et nous lui souhaitons un plein succès. Car nous le considé- «rons comme une gloire pour notre religieux pays et comme «une bénédiction pour ses habitants. Nous pensons qu’en effet «un bataillon de zouaves canadiens prouverait au monde entier «que l’extrême Occident se joint à toutes les autres parties du «monde pour épouser la cause sacrée à laquelle se 'dévouent «aujourd’hui tant de cœurs généreux, et montrer que le nom «de Pie IX est grand et béni dans les froides contrées du «Nord. Ce bataillon, en combattant pour le grand principe sur «lequel seul peuvent reposer solidement les sociétés humaines, «donnerait un admirable exemple de dévouement pour la cause

«catholique, et chacun lui consacrerait avec une nouvelle «ardeur sa plume, sa parole et surtout son cœur. Mais tout le «monde comprend que pour cela il faudrait que les hommes qui «se dévoueraient ainsi pour l’Église et son auguste Chef, «fussent des hommes de foi, de principes et de pratique: car «autrement ils ne pourraient que faire tort à cette cause sacrée «et faire honte au pays qui les aurait députés. Mais, encore «une fois, nous laissons à ceux qui ont conçu ce projet la noble «tâche de l’exécuter.»

Ces paroles étaient claires et décisives, pour quiconque voulait les entendre. Elles furent, grâce à Dieu, entendues et comprises par des ouailles dignes d’un tel pasteur. En effet, moins de quinze jours après, le 19 décembre, une assemblée de citoyens jetait les bases d’un comité d’organisation, et Mgr Bourget se hâtait d’en favoriser le travail, en faisant part à son clergé de sa création et en l’invitant à prendre la haute direction du mouvement dans le diocèse.

Le président du comité était M. Olivier Berthelet, dont le nom a été si longtemps et si largement mêlé aux fondations et aux œuvres civiques et religieuses de notre ville, qu’il mérite, ce me semble, un solennel hommage, dans la plus vieille chaire de cette cité, en un pareil jour de reconnaissance publique.

De ses collègues du comité exécutif, plusieurs, comme lui, sont morts. Je ne vous dirai pas le nom et le mérite des survivants. Ils m’entendent peut-être: leur modestie en souffrirait. Je ne veux pas gâter le bonheur qu’ils éprouvent, au soir des noces d’argent du bataillon de nos zouaves, à s’asseoir aux côtés de ces vieux amis dont ils furent alors en quelque sorte les pères nourriciers.

Il est inutile de résumer les travaux de ces messieurs. Ils furent poussés avec une rare activité, avec l’intelligence sûre et rapide des conditions et des exigences d’une entreprise de ce genre. Aussi le plus prompt succès vint-il répondre à leurs premières démarches. A la voix du saint évêque de Montréal répondit le concert des voix épiscopales de la province de Québec, et à cet auguste et commun appel de ses pères spirituels, le Canada français se leva comme un seul homme !

Ce fut dans notre peuple — et je parle surtout du peuplepeuple, de cette masse des croyants simples et robustes, qui ignorent, aux heures de l’appel de Dieu, les hésitations d’une étroite prudence et les défaillances d’une chair amollie par les aises d’une vie sensuelle et facile — ce fut dans les rangs de ce peuple une fièvre de générosité et d’enthousiasme, pareille aux emportements oubliés qui précipitaient jadis l’Europe du moyen âge vers les plages sanctifiées par la présence visible du Sauveur et profanées par les abominations et les horreurs du Croissant. Et je ne crains pas d’affirmer, sans tomber dans une exagération de rhéteur, que, sans la mouvante immensité de l’Atlantique, que saint Pierre ne pouvait leur donner de franchir, comme lui les flots de Tibériade, le pied sec et ferme, nombre de nos jeunes gens seraient partis en pèlerins, le bissac au dos, la coquille à l’épaule, le bourdon à la main, mendiant en route leur gîte et leur pain, pour aller demander à Pierre, couché dans son tombeau, la suprême faveur de garder et de défendre son successeur, assis dans sa chaire éternelle !

La preuve, c’est que cinq cent deux seulement partirent, et que plus de sept cents durent rester en arrière, la tristesse au cœur, résignés au mérite de leur désir et de leur demande.

Ce soir, mes frères, nous célébrons, jour pour jour, le vingtcinquième anniversaire du départ de Montréal du premier détachement de nos zouaves pontificaux.

La veille au soir, 18 février, cette vénérable église, témoin deux fois séculaire, au moins par son vocable, de toutes les grandes manifestations de la foi et de la piété de nos pères, contempla les sublimes adieux de la patrie canadienne-française à cette cohorte de ses plus nobles enfants. Ce fut une grandiose démonstration, la plus émouvante peut-être qu’ait jamais abritée sa voûte sacrée. Le temple, étincelant de lumières, était pavoisé des couleurs nationales et pontificales, des bannières et des oriflammes de toutes nos pieuses confréries, de toutes nos sociétés ouvrières, dont les présidents sont accourus ici ce soir, drapeaux vivants de la même idée et de la même tradition. Deux cents prêtres ornaient le sanctuaire. Deux prélats vénérables occupaient les sièges d’honneur: l’un, le pieux évêque à qui revenait une si haute et si large part de

ce généreux mouvement, l’autre, son ami d’esprit et de cœur, coadjuteur nouveau de l’évêque des Trois-Rivières *, dont la parole apostolique venait saluer, au nom de l’Église de la Nouvelle-France, ces fils magnanimes et vaillants qui s’en allaient donner le témoignage de leur sang aux droits imprescriptibles du suprême pasteur de l’Église universelle.

Aujourd’hui même, à Rome, Mgr des Trois-Rivières, avec deux autres prélats de notre province française, a pu, en ce cinquantième anniversaire de l’onction épiscopale du successeur de Pie IX, attester votre inébranlable attachement à son Siège, et votre constante et vaillante disposition à lui donner encore le sang de vos fils et de vos frères, si jamais il lui fallait une nouvelle levée de zouaves !

Son discours, alors, proclama éloquemment les sentiments qui animaient tous les cœurs et les hautes pensées qui dominaient ce grand événement.

Mais la cérémonie qui seule valut un éloquent discours, ce fut la bénédiction et la remise du drapeau.

Il avait été fixé au sommet d’un brillant trophée, au point central de la nef, en face de cette chaire, à l’honneur déjà avant d’être à la peine, parce que sa chrétienne devise : Aime Dieu et va ton chemin, promettait déjà toute vaillance et toute fidélité !

Or, le moment venu, le vénérable curé de Notre-Dame, donateur du drapeau, M. Rousselot, d’aimable et pieuse mémoire, alla, en compagnie de l’aumônier du détachement 2 — je le salue ici au nom de l’Église et de la Patrie, car des deux il a bien mérité ! — et de tous les membres du comité, prendre en son lieu d’honneur le noble étendard et le porter solennellement au sanctuaire, où l’attendait le pontife. Pendant toute la bénédiction, il le tint dans ses mains, ayant à sa droite le président du comité, et à sa gauche celui de notre soc été nationale de Saint-Jean-Baptiste. Groupe harmonieux et touchant, mes frères, qui symbolisait hautement cette nécessaire et féconde alliance de l’Église et de la Patrie, notre force et notre salut dans le passé, que notre peuple n’a

1 Mgr Laflèche, alors évêque d’Anthédon in partibus, puis évêque titulaire des Trois-Rivières.

2 M. le chanoine Moreau.

pas le droit de méconnaître ni de déserter, pas pins aujourd’hui qu’hier, pas plus demain qu’aujourd’hui, et j’ajouterai moins aujourd’hui que jamais, à l’heure critique et décisive où s’agite, non seulement dans les discours et les écrits politiques, mais encore, ce qui est plus grave, dans les faits et les situations inévitables qu’ils produisent, le complexe et suprême problème de notre unité nationale ! 1

Un instant après, le glorieux étendard était consacré au Dieu des armées, (( vainqueur éternel des ennemis visibles et invisibles», et l’évêque de Ville-Marie, avant de le remettre au commandant provisoire de la petite troupe, adressa aux vaillants jeunes hommes la question suivante: « Voulez-vous, braves enfants de la Religion et de la Patrie, prendre l’engagement d’honneur de ne rien faire, pendant la noble expédition que vous commencez, qui puisse imprimer quelque tache à cette aimable patrie dont vous êtes l’ornement et la gloire aux yeux des nations étrangères ?» A cet appel, les cent trentecinq chevaliers, levant, d’un prompt et soudain mouvement, la main droite vers l’insigne devenu sacré, s’écrièrent tout d’une voix: « Nous le jurons !»

Un long et profond tressaillement traversa l’immense assemblée, car le souffle du grand venait de passer sur elle !

Et vous-mêmes, mes frères, témoins survivants de cette glorieuse fête, ou témoins nouveaux de son brillant souvenir, en voyant, ce soir, dans la même nef, aux pieds du même Christ, Dieu des foyers et Dieu des armées, les mêmes hommes qui, depuis lors, ont reçu le baptême du feu et blanchi quelque peu dans ces combats et ces travaux de la vie, plus durs à l’esprit, et au cœur de l’homme mûr que les hardies aventures de l’ardente jeunesse, n’êtes-vous pas fiers de ces soldats du Pape, vos frères par le sang et par l’eau du baptême ?

N’êtes-vous pas fiers de ce drapeau, qu’ils ont rapporté sans tache et rayonnant de gloire d’au delà des mers et des monts ? Et lorsque, dans nos démonstrations et nos proces-

1 Ce passage, de saisissante actualité aujourd’hui, faisait allusion à la crise suscitée par la brutale suppression des écoles catholiques et de la langue française au Manitoba. C’est une preuve frappante de l’incessaçte répétition des attaques que les Canadiens-français doivent repousser pour conserver leur patrimoine national et religieux. ( Note de l’éditeur, 1918.)

sions nationales, vous voyez la noble bannière baigner sa soie blanche et sa devise d’or dans la splendeur d’un beau soleil, n’avez-vous pas alors comme une vision soudaine, plus rayonnante que tous les feux du ciel et de la fête ?

Oui, la vision de la patrie canadienne-française, soulevée tout entière, en ce jour glorieux, par une poussée de foi vive et d’ardeur chevaleresque, donnant ses fils au vicaire du Christ, pour prouver à la vieille France et à la vieille Europe que partout, sous les deux anciens, pour les œuvres de Dieu, les Francs savent se retrouver encore et toujours les Francs de Clovis et de Saint-Louis : Gesta Dei per Francos !

Cette vision, mes frères, puissiez-vous l’entrevoir souvent au plus profond de vos âmes, dans ce sanctuaire intime où l’esprit réfléchit, où la volonté commande, où la conscience prie ! Je vous dirai pourquoi tout à l’heure.

Le lendemain de cette grandiose soirée d’adieu, les cent trente-cinq volontaires prenaient la route de New-York.

Je ne rappelle que pour mémoire l’émouvant spectacle de ce départ.

Mon souvenir d’enfant, me renvoie, à cette distance, le tableau d’un ciel bas et gris, floconneux par instants; d’une foule immense, bloquant les avenues du palais épiscopal; de cloches sonnant à toute volée aux tours de nos églises; et, dans ce grave et mélancolique décor, une nuée de bérets blancs, défilant allègrement au mouvement cadencé d’une martiale allure, entre deux haies serrées de peuple, les acclamant au passage.

Ils riaient et plaisantaient, dit-on — le cœur au -dedans gonflé, j 'en suis sûr, — ces derniers-nés de la vieille Gaule, qui allaient ajouter plus d’un mot alerte, plus d’un trait piquant à l’impayable vocabulaire du troupier français; mais leurs mères, leurs sœurs et leurs fiancées pleuraient, les couvrant, au dernier moment, de caresses et de porte-bonheur pieux.

Le train s’ébranla et disparut; et la dernière vibration d’adieu qui vint trembler à l’oreille et au cœur des parents et des amis, cloués sur le quai de la gare, la main chaude encore de la dernière étreinte, ce fut le chant de l’Ave, maris Stella, poussé en chœur par ces jeunes et robustes poitripes vers l’Étoile de la mer, la patronne de Ville-Marie.

Deux uns {>1 us tard, le 0 novembre 1870, la vieille église; de Notre-Dame des Bonsecemrs, l’église; par excellence do la vieille cité, l'église: des pèlerins de tous les temps, retentissait du même chant à Marie, jaillissant des mêmes poitrines, mais avec l’accent,' cette fois, plus grave et plus mâle de soldats endurcis par l’étape et le coup de feu.

Deux années avaient passé sur le glorieux départ. Rome n’était plus au Pape, et la France, coupable d’un injustifiable abandon, livrait à la Prusse sa rude et désastreuse bataille.

Nos zouaves revenaient vaincus et désarmés, mais goûtant, au fond de leur tranquille conscience de chrétiens confirmés dans la foi, la forte et bonne saveur de cette parole du premier et du [dus grand des zouaves: «Il n’est point de gloire plus belle que celle d’être vaincu pour le Christ. »

Pas un n’avait péri au champ d’honneur. Le ciel s’était contenté du sacrifice de leur cœur, de leur temps et de leurs forces. 1 1 avait sans doute voulu garder à la patrie canadienne une plus grande abondance du meilleur de son sang, pour lui ménager un nombre plus grand de germinations généreuses !

Neuf seulement, sur les cinq cent cinq qu’ils étaient partis, en tout, sont morts là-bas, du climat, d’accidents ou d’affections diverses. Ils reposent ensemble, un seul excepté, avec tous ceux de leurs compagnons d’armes dont on a pu réunir les corps, dans le cimetière du diacre martyr Laurent, non loin du tombeau de Pie IX, leur père et leur roi, en dehors des murs de la Ville, profanés et violés par une main sacrilège.

Mais la haine du vainqueur, oublieuse de leur grandeur, a poursuivi de sa toute-puissante; insolence leur gloire; au delà du tombeau; et, pour étouffer à l’oreille de l’Italie unifiée; le cri vengeur du sang de Castejlfidarelo et de la Porta Pia, allié à l’énergique réprobation de; l’univers catholique;, e;lle; a scedlé au-de;sfiOUS ele;s noms e;t < 1 1 1 sobre éloge funèbre eh* e;es morts vénérables, un marbre menteur, qui prétend flétrir eh*s méprisante;» épithètes d'étrangers e;t eje; mercenaires e:e;s intrépides e:t spontanés eléfenseurs elel’œuvre de;s Pépin, e|e*s Charlemagne; et de;s Robe:rt Guiscard !

Parmi ceux qui nous sont revenus, plusieurs, pour emprunter une poétique et touchante image à leur sympathique et vaillant doyen, « plusieurs, déracinés, ont glissé sur la pente de la colline qui conduit au tombeau. » Mais ceux qui restent, poussent ce soir avec lui, et avec nous tous, mes frères, n’est-ce pas ? ce cri de suprême espoir chrétien : « Ah !

qu’il est consolant pour des hommes de cœur de songer que nous nous reverrons tous ! Oui : tous ceux qui sont là-bas, couchés sur les champs de bataille ou morts dans les hôpitaux, tous ceux qui, depuis, ont payé leur tribut à la nature, nous tous qui les suivons, nous nous retrouverons ensemble. J’en offre ma garantie morale, endossée par nos aumôniers: car on n’est pas soldat du pape pour rien; et si le Christ est le même qu’il était sur la terre, nous aurons une grande chance de répondre à l’appel. Et puis nous nous aiderons tous pour cet assaut suprême : nous ramasserons les traînards. » 1

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