DÉPART DES PREMIERS ZOUAVES PONTIFICAUX
Gloriâ magnâ glorificaverunt gentern suam.
Ils ont fait rejaillir sur leur peuple une grande gloire.
i Mach., xiv, 29.
Monseigneur x, Mes frères,
Un jour, le peuple d’Israël, voulant donner à son vaillant concitoyen, Simon Machabée, et à son héroïque famille un témoignage éclatant de sa gratitude pour les signalés services qu’ils avaient rendus à la cause nationale, s’assembla dans la grande cour du temple de Sion. Et là, tous ensemble, prêtres et princes du peuple, anciens, chefs de famille et de tribu, simples citoyens, confondus en un de ces unanimes et profonds sentiments qui, à certaines heures de la vie des peuples, livrent au grand jour la véridique et libre expression de la conscience et de la volonté nationales, la nation tout entière formula solennellement sa. reconnaissance envers cette famille illustre. Cette déclaration mémorable occupe vingttrois versets du texte sacré. Elle fut gravée, d’après le vœu de l’assemblée, sur des tables d’airain et exposée aux regards sous un des portiques du Temple.
Or, l’un de ces versets renferme les paroles que je viens de vous citer: Gloriâ magnâ glorificaverunt gentem suam, «Us 'ont fait rejaillir sur leur peuple une grande gloire»; et je crois qu’il résume et caractérise bien, en sa forte et sobre
1 Mgr Fabre, archevêque de Montréal.
éloquence, le résultat le plus brillant et le plus cher au cœur de tout peuple, de l’œuvre patriotique des Machabées.
Ce soir, mes frères, en contemplant vos rangs pressés autour de nos vaillants zouaves pontificaux, je me rappelle ces paroles historiques et sacrées, qu’un de leurs aumôniers a inscrites avec son cœur sur le premier feuillet de l’attachant récit de leurs campagnes, et je crois voir surgir autour de moi l’antique et solennelle assemblée du peuple de Dieu.
Car je ne crois pas mal interpréter vos sentiments intimes, en affirmant que vous êtes venus ici ce soir, non pas attirés par une banale curiosité, mais entraînés tous par le puissant désir de donner un public témoignage de votre sympathie et de votre reconnaissance aux valeureux compatriotes qui, il y a aujourd’hui vingt-cinq ans, quittaient notre ville, au bruit de ses acclamations, et s’en allaient apprendre à Rome et à l’Europe l’existence et la vitalité d’une autre France, américaine et catholique.
Nous sommes ici ce soir pour célébrer cette date épique, ce fait glorieux, l’un des plus considérables, sans conteste, et des plus caractéristiques de notre génie et de notre vie nationale.
En m’inclinant devant une invitation deux fois irrésistible, puisqu’elle venait à la fois des lèvres d’un pasteur vénéré et du cœur d’un père affectueux et bienveillant, je n’ai pas un instant songé à vous apporter un discours savamment agencé, aux graves et harmonieuses proportions classiques, encore moins le développement régulier de quelque forte thèse, aux aperçus nouveaux et aux grandes conclusions sociales.
Non, plus modeste est ma prétention, et plus sûre par là, peut-être, de rencontrer vos suffrages. J’apparais simplementdans cette chaire, avec le désir d’évoquer à vos yeux un souvenir glorieux et bienfaisant pour notre patriotisme, avec le dessein, aussi, de demander à ce souvenir une leçon pour le présent, qui suscite en vos cœurs, au profit de la patrie, quelque résolution opportune et généreuse.
C’est là tout le dessein de mon discours, et je demande à la céleste Reine de cette église et de cette ville de bénir ma parole et de la faire germer en vos âmes. Ave Maria.