‹ BrochuresChapitre 4 sur 7 · M DCCC LXXVIII · texte numérisé non relu

M DCCC LXXVIII

INSTITUT DE FRANCE

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS

NOTICE

SUR LA VIE ET LES OUVI'.AGES

M. HENRI LABROUSTE

M. LE V" HENRI DELABORDE

SbCRÉTÀlRB PERPËTrEL DE l'acADÈMII!;

Lue dans la séance publique annuelle du 19 octobre 1878.

Messieurs,

Les révolutions dans la sphère de l'art ont cet avantage assez rare qu'elles laissent à chacun le temps de s'interroger, de se reconnaître, et la liberté de faire son choix. Tandis qu'ailleurs, bien souvent, les changements s'opèrent du jour au lendemain, ici rien ne s'établit que progressivement. Les réformes, au lieu de s'imposer, se proposent; les controverses une fois engagées se poursuivent, sinon sans animation, au moins sans animosité, jusqu'à ce

que, une nouvelle génération survenant, le tout aboutisse à la victoire de l'un des deux partis ou, par la force des choses, à un accommodement. Quant aux chefs du mouvement eux-mêmes, si intraitables qu'ils aient pu être ou paraître au début, quelque surprise ou quelques dissentiments qu'ils aient d'abord provoqués, ils voient peu à peu, à mesure que les années se succèdent, les résistances c{u'on leur opposait au nom des principes, se réduire à des objections de détail ; les préventions d'autrui tomber en même temps que leurs propres exigences deviennent moins impérieuses ou les excitations de leurs adhérents moins bruvantes : si bien Cjue, par l'autorité croissante de leur talent, comme par le fait des habitudes prises autour d'eux, ils finissent, à un moment donné, par ne plus rencontrer d'adversaires, et que, sans avoir au fond rien cédé, ils se trouvent en réalité cà peu près d'accord avec tout le monde.

C'est ainsi que les choses se sont passées, dans ce siècle même, pour des peintres comme Ingres et Delacroix, pour des sculpteurs comme David et Barye, pour un musicien comme Berlioz, pour plusieurs encore qui, pendant un certain nombre d'années, avaient été aux yeux des uns les apôtres d'une régénération nécessaire, aux yeux des autres des novateurs téméraires, presque des factieux. C'est aussi ce qui est arrivé, dans le domaine de l'architecture, pour M. Labrouste, dont le nom, après avoir, auprès d'une partie du public, paru personnifier l'esprit d'indépendance outrée, ne rappelle plus aujourd'hui qu'un talent savant et original, en même temps qu'une vie invariablement studieuse et à tous égards bien remplie.

Votre haute justice, Messieurs, avait devancé sur ce point les jugements présents de l'opinion. Lorsque vous consacriez par vos suffrages les titres que M. Labrouste s'était acquis, au dehors bien des gens les discutaient encore; bien des esprits s'obstinaient à voir dans l'artiste éminent à qui vous ouvriez les portes de l'Académie un ennemi de toutes les traditions, y compris celles que l'Académie représente. Et qui sait? En pi^enant place au milieu de vous, peut-être votre nouveau confrère lui-même s'étonnait-il un peu, sinon d'occuper cette place si bien méritée, au moins de s'être autrefois tenu à distance de ceux qui maintenant l'y appelaient; peut-être un léger sentiment, je ne dirai pas de i^epentir, mais de désaveu secret du passé, se mêlait-il à sa gratitude actuelle, s'il se souvenait de ses anciennes défiances, de certaines tentatives même d'opposition presque publiques, auxquelles on répondait en fin de compte par un témoignage éclatant d'estime et d'impartialité^

L'Académie d'ailleurs a de tout temps accoutumé de se venger ainsi. Ceux qui, pai- un préjugé vulgaire ou sur la foi d'épigrammes surannées, lui reprochent sa prétendue intolérance, devraient bien se rappeler quels nombreux démentis il serait facile d'opposer à cette accusation banale. Le nom de M. Labrouste ne ferait ici que s'ajouter à bien d'autres. Il prouverait une fois de plus que, loin de s'immobiliser dans je ne sais quel système d'exclusions préconçues, l'Académie accueille tous les vrais talents, quelle qu'en soit l'origine, et que, pour savoir où trouver le plus digne, elle regarde plus attentivement aux œuvres mêmes qu'aux circonstances ou aux intentions.

Chez M. Labrouste toutefois les intentions auraient pu être examinées de près sans compromettre l'estime due à ses ouvrages, encore moins le respect que commandait sa vie. Quelques réserves qu'elles eussent autorisées peutêtre, on n'y eût certainement rien démêlé qui ressemblât au\ calculs de la vanité ou qui, sous le prétexte d'une guerre aux doctrines, impliquât une arrière-pensée d'hostilité contre les personnes. Le propre du caractère de ce véritable honnête homme était une fermeté sans raideur, une ambition de bien faire sans envie, comme le fond de ses inclinations d'artiste était l'amour du beau en lui-même beaucoup plutôt que le besoin de la renommée et du succès. Il y parut bien pendant les longues années qui s'écoulèrent avant que M. Labrouste eût trouvé ou plutôt avant cju'il eût vu venir à lui l'occasion d'appliquer pour la première fois à la construction d'un monument les règles cju'il s'était prescrites et la science qu'il avait amassée. Il était âgé de plus de cjuarante ans lorsqu'il fut chargé d'édifier la nouvelle bibliolhècjuc de Sainte-Geneviève. Jusque-là tout à peu près s'était borné pour lui à quelques travaux en sous-ordre ou à des études spéculatives, poursuivies d'ailleurs avec la même ardeur que si elles eussent dû immédiatement avoir une application pratique

L'éclat des débuts de M. Labrouste et la rapidité avec laquelle il s'était mis en mesure de les faire n'auraient pourtant pas laissé pressentir qu'il attendrait aussi longtemps une tâche digne de son talent. Lorscju'il remportait à vingt ans le second grand prix qu'allait suivre bientôt le premier grand prix de Rome, ou lorsque, pen-

dant son séjour à la villa Médicis, 11 envoyait des travaux dont les meilleurs juges s'accordaient à louer l'inspiration savante et le caractère imprévu, il semblait que le moment était proche où le jeune architecte se verrait appelé à faire ses preuves autrement que sur le papier. Lui-même, au dire de ceux qui l'ont connu alors, ne s'était pas d'abord défendu de cette illusion; mais lorsqu'il l'eut perdue, et il la perdit vite, il s'accommoda, sans songer à se plaindre de la situation qu'on lui imposait. Se renfermant plus étroitement que jamais dans sa retraite studieuse, il continua de vivre à Paris comme il avait vécu k Rome, tout entier à son art, à ses libres efforts pour en scruter les conditions, dût le résultat ne contenter que les aspirations de son intelligence et laisser des intérêts d'un autre ordre, au moins quant à présent, fort en péril.

Le dévouement au devoir et la constance étaient d'ailleurs des vertus dont ^L Labrouste avait dès l'enfance trouve des exemples bien près de lui et qu'il pratiquait à son tour comme une tradition de famille. Quatrième fils d'un homme qui, après avoir été du Conseil des Cinq-Cents et membre du Tribunat, s'était rigoureusement tenu éloigné des fonctions politiques pour rester fidèle aux souvenirs et aux opinions de sa jeunesse, Pierre-François-Henri Labrouste avait suivi ses trois frères dans ce collège de Sainte-Barbe où l'un d'eux devait, à trente ans d'intervalle, rentrer avec le titre de directeur, et dont un autre, devenu lui aussi un habile architecte, devait à peu près à la même époque renouveler et agrandir les murs. Comme ses aînés, Henri Labrouste prit rang parmi les meilleurs élèves; comme eux il quitta le collège bien préparé aux

épreuves de la vie par une éducation virile, à Tapprentissage d'une profession spéciale par une solide instruction générale et l'habitude du travail. Admis au sortir de ses classes dans l'atelier de MM. Yaudoyer et Lebas, il commença en 1819 a suivre les cours de l'Ecole des Beaux- Arts. Né à Paris le 11 mai 1801, le futur architecte était alors âgé de dix-huit ans.

Dans cette carrière de l'art qui s'ouvrait devant lui, Henri Labrouste allait encore marcher à côté d'un des siens. Le troisième de ses frères, M. Théodore Labrouste, était depuis deux ans au nombre des élèves de MM. Yaudoyer et Lebas, et le nouveau venu se trouvait ainsi une fois de plus en communauté d'études avec son condisciple de Sainte-Barbe. Les exemples de cette fraternité professionnelle s'ajoutant à la fraternité naturelle ne sont pas rares dans l'histoire de notre école. Depuis les Mignard et les Audran au dix-septième siècle jusqu'aux Saint-Aubin à la iin du dix-huitième, jusqu'à d'autres beaucoup plus rapj)rochés de nous, la liste serait assez longue des artistes ou des écrivains français qui , sous le même nom, se sont voués à des travaux du même ordre; mais, entre ces représentants, si bien doués qu'ils soient, des privilèges du sang ou des influences domestiques, l'égalité ne saurait de tous points être complète. Il y a nécessairement des rangs dans chaque groupe, comme il y a dans les faits qui ont marqué chaque vie un ordre différent. Henri Labrouste remporta le grand prix trois ans avant que son frère l'obtînt à son tour, et, lorsque l'un des deux lauréats vint rejoindre l'autre à la villa Médicis , il ne retrouvait pas seulement en lui un devancier dans la

voie des succès scolaires : il avait affaire maintenant à un artiste consommé, je dirais presque à un maître, si le mot pouvait s'appliquer à un homme aussi peu avide de domination, aussi simplement occupé de poursuivre ses études personnelles et de fortifier sa doctrine.

Était-ce donc que les progrès accomplis par Henri Labrouste depuis son arrivée à Rome eussent changé au fond ou même quelque peu modifié les inclinations de son esprit? Ces progrès n'avaient fait au contraire que confirmer les dispositions naturelles de l'artiste en le mettant lui-même mieux en mesure d'en tirer parti et de se continuer pour ainsi dire. Son talent était de ceux qui ne procèdent ni des révélations subites ni des occasions, et qui tiennent à certaines facultés une fois éprouvées, à certains instincts innés de la raison de beaucoup plus près qu'aux fantaisies de l'imagination ou à l'influence des milieux : talents mûrs dès l'origine, dont les années, en se succédant, multiplient les œuvres sans changer les pruicipes et qui se trouvent avoir atteint le but sans qu'on les y ait vus arriver. L'histoire morale du talent de Henri Labrouste pourrait se résumer en un seul mot, — la fixité, — comme le seul mot de sincérité suffirait pour caractériser tous les actes de sa vie.

Fort peu porté à parler de lui-même et de ses travaux, invariablement réservé, et presque jusqu'à l'excès, même dans les relations familières, même dans ses rapports de chaque jour avec ses plus intimes amis, Labrouste n'en avait pas moins, en matière d'art, des convictions inébranlables et, sous cette circonspection apparente, une hardiesse de sentiment, une indépendance d'opinion qui ne se

laissait pas plus déconcerter par les objections qu'elle suscitait, qu'effrayer par les conséquences des démentis qu'elle opposait aux idées les plus généralement accréditées. Labrouste, en un mot, aimait bravement le vrai; il l'aimait sous toutes ses formes et dans toutes ses acceptions.

De là ces études d'après l'antique qu'il envoie de Rome à l'état de portraits strictement fidèles de la réalité, — si fidèles même qu'ils ne s'arrêtent pas à la ressemblance extérieure des choses et que, par le caractère qu'ils empruntent de certains éléments intimes, des appareils par exemple, ils nous font connaître et nous expliquent ce qu'on pourrait appeler l'organisme de chaque construction; de là ces essais de restauration si peu conformes aux systèmes et aux procédés ordinaires de l'école à laquelle avaient appartenu les architectes contemporains de David, — les restaurations entre autres du temple de Neptune à Paestum avec sa relia couverte, ses tuiles et ses antéfixes peintes, de la Basilique avec le profil inusité de ses antes, du te7nple de Cérès, lui aussi avec ses ornements polychromes, et telles nouveautés archéologiques du môme ordre dont les uns se scandalisaient comme d'une hérésie, auxquelles les autres applaudissaient comme à une pi'omesse d'affranchissement. Jamais peut-être un envoi d'architecture ne fut aussi passionnément accueilli; jamais question technique ne souleva, même en dehors du monde des artistes, des discussions aussi vives et ne préoccupa autant de gens. Ce n'était pas assez que le directeur luimême de l'Académie de France à Rome, Horace Vernet, ciùt devoir intervenir dans le débat et qu'il prît la plume

pour confirmer l'authenticité des découvertes faites par le jeune pensionnaire; à Paris, des écrivains mêlés jusqu'alors aux luttesdespartis plus habituellement qu'aux affaires de l'art n'hésitaient pas à entrer en lice, sauf à y introduire avec eux des procédés de résistance ou d'attaque où l'esthétique n'était pas seule intéressée. Peu s'en fallut que, dans l'ardeur de la polémique, on n'en vînt à attribuer une importance politique à un simple problème d'érudition, et que Labrouste ne parût avoir tantôt courageusement défendu, tantôt outragé les lois, parce qu'il avait retrouvé des traces de peinture sur quelques monuments antiques et conclu de ce fait particulier à l'emploi général de la polychromie chez les anciens.

Sans doute, dans la campagne ainsi ouverte, comme dans la querelle engagée alors entre les classiques et les romantiques, bien des gens prenaient de la meilleure foi du monde leurs entraînements pour des convictions. Nombre de prétendus convertis aux doctrines de Labrouste ne faisaient mine d'y être gagnés que pour contenter le besoin, assez instinctif chez nous, d'opposition aux pouvoirs établis quels qu'ils soient; mais, ù côté de ces partisans de rencontre, Labrouste avait et méritait d'avoir pour lui ceux qui joignaient une expérience spéciale à l'indépendance raisonnée de l'esprit. Quelques-uns, il est vrai, un peu déroutés d'abord par la hardiesse des interprétations proposées, ne les avaient acceptées ensuite qu'avec une sorte de résignation. D'autres en revanche, et la plupart des membres de l'Académie étaient du nombre, s'étaient dès les premiers jours prononcés en faveur de la thèse soutenue par l'auteur de la Restauration des Temples

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de Pœstum, à ce point que dans le rapport lu en séance publique sur cet ouvrage, l'Académie déclarait « ne pouvoir que féliciter M. Labrouste jeune de ses travaux aussi intéressants pour l'art que pour l'archéologie. »

D'ailleurs, ces travaux envoyés de Rome par Labrouste n'accusaient pas seulement une profonde connaissance de l'art, de l'histoire et des mœurs antiques. Outre un rai^e talent de dessinateur, ils révélaient une habileté singulière à se passer, dans l'invention, des secours de la fantaisie pour tout subordonner aux exigences expresses ou aux convenances de la construction projetée ; pour trouver dans la combinaison des détails non pas un simple expédient décoratif, mais au contraire un moyen de compléter la signification des formes principales et d'en soutenir, d'en accentuer le rhythme. Le dernier envoi, en particulier, de Labrouste, — le projet à' un pont monumental servant de frontière à deux pays amis, — exprimait nettement chez lui la volonté de réhabiliter en architecture le respect scrupuleux de la logique et de rejeter comme une équivoque, sinon comme un contre-sens, tout ce qui ne concourrait pas directement à préciser la destination spéciale, la physionomie nécessaire, l'individualité en quelque sorte d'un monument.

Ce n'était pas ainsi qu'on l'entendait en général dans notre école depuis le commencement du siècle. Sauf Percier, Huyot et quelques autres, les architectes français de cette époque songeaient assez peu à varier leurs compositions suivant les caractères particuliers de chaque sujet, encore moins à subordonner rigoureusement le mode de décoration aux éléments de la construction même. Qu'il s'agît

d'une église, d'un théâtre ou d'un palais public, c'étaient presque toujours les mêmes procédés d'ordonnance, le même fronton surmontant les mêmes colonnes, le même portique renouvelé pour la centième fois du Panthéon d'Agrippa ou du temple d'Ântonin et Faustine; c'était louj'ours, sous prétexte de piété classique, mais en réalité par une manie d'imitation superstitieuse, l'usage à tout propos et à toutes places des mêmes ornements consacrés, rinceaux, rosaces, et le reste. On eut dit qu'au lieu d'être le résultat d'un calcul de la pensée, ces ornements ne relevaient que du caprice ou plutôt d'habitudes une fois prises; qu'au lieu d'exprimer des intentions, ils n'avaient d'autre objet que de couvrir tant bien que mal des surfaces, qu'en un mot, au lieu d'avoir été engendrés par les formes auxquelles on les associait, ils s'y étaient trouvés ajoutés au hasard des occasions et comme superposés après

coup.

Si personnels que fussent le rôle qu'il avait pris et la tâche qu'il entendait remplir, Labrouste pourtant n'était pas seul à s'élever ainsi contre les idées toutes faites et les méthodes de convention. A côté de lui, dans la villa Médicis même, il avait trouvé, ses adversaires d'alors auraient dit des complices, on dirait aujourd'hui à meilleur droit des collaborateurs et des collaborateurs excellents. Il est remarquable que dans l'espace de cinq années, de 1822 à 1826, les grands prix d'architecture aient été coup sur coup remportés par ceux-là mêmes qui devaient exercer le plus d'influence sur le mouvement de l'architecture contemporaine et frayer la route à cette autre génération d'artistes dont les représentants les plus éminents siègent

— la — aujourd'hui parmi vous. C'était d'abord, en suivant l'ordre des dates, le sage et savant Gilbert, le futur architecte de deux monuments qui dans leur genre sont des modèles achevés de conception judicieuse et d'appropriation exacte, — la maison des aliénés à Charenton et la prison Mazas. — C'était ensuite Duban cju'il suffit de nommer pour rappeler un des plus beaux talents qui aient jamais honoré notre école; c'étaient enfin, après la venue de Labrouste, M. Duc et Léon Vaudoyer. Noble groupe d'artistes amis, étroitement unis dès leur jeunesse par la communauté des efforts et des espérances, comme ils devaient l'être plus tard par la renommée acquise et par l'éclat à peu près égal des succès! Touchante et généreuse association d'intelligences éprises du beau sinon de la même manière au moins au même degré, et travaillant, chacune suivant ses aptitudes, à le formuler avec une liberté sans divergence, avec une émulation sans jalousie !

Vous les avez tous, et successivement, appelés ù vous. Messieurs, ces rivaux inséparables, j'allais dire ces frères par le talent comme parles affections du cœur; et maintenant, hélas! que la plupart d'entre eux nous ont quittés, n'est-ce pas en quelque sorte rapprocher de nous ces absents que de confondre les regrets qu'ils nous laissent avec nos sentiments pour celui qui a été jusqu'à la fin le fidèle compagnon de leurs travaux et de leur vie? N'est-ce pas encore vénérer la mémoire de Duban, de Labrouste, de Vaudoyer, que de prononcer à côté de ces noms le nom également cher, également respecté, de M. Duc, et de saluer un souvenir du passé aussi bien qu'une des forces vives

— i3 — de l'art actuel dans la présence au milieu de nous du maître à qui l'on doit le Palais de Justice de Paris?

Cependant, pour Labrouste, comme pour ses amis, le moment était venu de quitter Rome et d'aller continuer sur place la lutte qu'il avait commencé de soutenir à distance. Certes, il revenait ici bien armé. Aussi solidement renseigné sur l'art des Étrusques ou sur l'art de la Grande Grèce et de la Sicile que sur l'architecture romaine au temps des empereurs, il rapportait, outre une énorme quantité de dessins et de notes, un fonds d'observations théoriques assez sûres pour comporter d'avance la solution de chaque question d'ensemble ou de détail, assez larges pour permettre au sentiment de garder ses franchises, même dans la soumission aux exemples de l'arl antique et dans la sévère application de ses lois.

Malheureusement, nous l'avons dit, l'occasion pour Labrouste de mettre toute cette science en pratique ne devait se présenter que beaucoup plus tard. Pendant plus de douze années, à peine se vit-il appelé à fournir des plans, — et encore des plans partiels — pour quelques décorations éphémères, pour celles par exemple qui devaient s'élever sur nos places publiques aux jours anniversaires de la révolution de Juillet ou un peu plus tard, lors de la translation à Paris des cendres de l'empereur Napoléon ; à peine quelque concours auquel il avait pris part lui procurait-il soit une distinction purement honorifique, comme la médaille dont on récompensa son beau dessin pour le Tombeau de Napoléon, aux Invalides, — soit des prix qui ne conféraient pas au laux'éat le droit de diriger lui-même les travaux qu'on allait entreprendre, comme

— i4 — ces deux prix oblenus par lui pour les projets, mis ensuite à exécution par d'autres, d'un hospice d'aliénés, à Lausanne, et d'une prison centrale, à Alexandrie. De i83o à 1843, Labrouste n'a guère à paraître sur un chantier de construction que pour y remplir les modestes fonctions d'inspecteur. Sauf deux tombeaux érigés en 1837, il n'édifie rien en son propre nom, et c'est presque uniquement aux mérites dont il fait preuve comme professeur ([u'il doit pendant ce laps de temps son importance et son crédit.

Il faut bien le reconnaître pourtant, si l'action de Labrouste sur ses élèves et, en général, sur la jeune école d'architecture a été heureuse en ce sens cju'elle a dans la pratique de l'art rétabli les droits et élargi la part de la raison, elle a eu aussi ce résultat d'amener parfois chez les artistes l'abus du raisonnement. A force d'attacher une arrière-pensée aux moindres combinaisons de lignes et de prétendre condenser le sens de toutes choses, on en est venu à faire pailler à la pierre un langage à peu près énigmatique; ou bien, en voulant trop systématiquement l'éduire les formes architectoniques au strict nécessaire, on n'a exprimé, au lieu de la correction, que la sécheresse, au lieu d'intentions simples que le pédantisme de la simplicité. A qui la faute après tout, sinon à ceux-là mêmes qui se méprenaient ainsi? Pas plus que Ingres dont quelques élèves ont pu par excès de zèle appliquer à faux ou exagérer la doctrine, pas plus que d'autres maîtres de notre temps ou des temps passés, Labrouste ne saurait être rendu responsable des maladresses ou des fautes commises par d'impuissants imitateurs; et d'ailleurs assez

— i5 — d'hommes de talent sont sortis de son école pour démontrer l'efficacité de ses leçons quand elles s'adressaient à des esprits de force en réalité à les comprendre, ou, au besoin, à les interpréter. Pour reconnaître ce que l'enseionement de Labrouste avait en soi de libéral et ce qu'il pouvait avoir de fécond même dans un ordre de travaux tout différents des travaux du maître, il suffirait de se rappeler les noms des architectes qui, dans notre pays, se sont voués les premiers à l'étude ou à la restauration des monuments du moyen âge, — M. Lassus, M. Boeswilwald, et plusieurs autres. Ces artistes médiévistes ont été les élèves de Labrouste; et de même que les principaux entre les peintres romantiques avaient reçu les leçons du classique Guérin, les architectes qui devaient si savamment restaurer la Sainte-Chapelle à Paris et tant de beaux édifices religieux en province, s'étaient formés auprès d'un homme prédestiné en apparence par ses travaux et ses goûts personnels à ne leur transmettre que les exemples de l'art antique et les traditions du génie païen.

Jusqu'aux dernières années du règne du roi Louis-Philippe, Labrouste n'avait donc encore produit aucune œuvre d'architecture proprement dite; et cependant il n'en était pas moins dès cette époque un des architectes les plus en vue, celui même qui, aux yeux de tout le monde, personnifiait le plus ouvertement l'esprit nouveau. Ajoutons que certains écrits polémiques d'un ton assez vif insérés par l'artiste dans la Revue de l' Architecture ou dans le Journal des Débats, n'avaient pas peu contribué à stimuler le zèle de ses partisans en même temps qu'ils paraissaient fournir un grief de plus à ses adversaires. Aussi, des deux côtés

et dans des dispositions toutes contraires, attendait-on avec une égale impatience le moment où l'on pourrait enfin prendre pour thème de la discussion, non plus des questions théoriques, mais un résultat matériel et visible, non plus des opinions, mais une œuvre.

Ce moment vint en i85o, lorsque, sept ans après la pose de la première pierre, la nouvelle Bibliothèque de Sainte- Geneviève fut terminée, et, bien entendu, ni d'un côté ni de l'autre, la passion ne fit faute dans les jugements pointés. L'emploi jusqu'alors inusité du fer auquel l'architecte n'avait pas craint de recourir pour construire et pour couvrir les parties intérieures du monument; la sévère monotonie de ces murs extérieurs dont les lignes ne font que i^épéter un motif unique, et qui, pour toute parure accessoire, ne portent que des inscriptions; cette sobriété expressive qui caractérise l'aspect de l'édifice et en signale à première vue la destination, — tout cela, on s'en souvient, fut à l'origine aussi résolument vanté par les uns comme la marque d'un progrès décisif que réprouvé par les autres comme un témoignage de témérité. Le temps est heureusement bien passé de ces partis pris et de ces querelles. Le noble monument élevé par Labrouste n'a besoin aujourd'hui d'être défendu ni contre l'enthousiasme compromettant des fanatiques, ni contre les injustices des détracteurs. Il a cessé de servir de prétexte aux exagérations pour paraître à chacun ce qu'il est en réalité : l'œuvre d'un esprit aussi ferme que délié, d'un talent qui joint au mérite de parler franc celui de choisir délicatement ses termes.

Labrouste venait à peine d'achever la Bibliothèque de

Sainte-Geneviève qu'il était appelé à entreprendre une autre tâche du même genre, mais d'une importance et à bien des égards d'une difficulté plus grandes, la réédification de notre Bibliothèque Nationale. Toutefois on ne lui demandait encore que de remettre en état une partie des anciens bâtiments, celle qu'avait construite François Mansart et qui avait été le palais Mazarin : on voulait attendre pour jeter bas le reste que l'architecte eût mené à fin ce travail préalable de restauration. Or, la vénération de Labrouste pour les monuments du passé n'était pas, tant s'en faut, si accommodante qu'elle s'étendît à tous indistinctement. Très-peu traitable au contraire sur le chapitre des considérations purement historiques, très-peu sensible à ce genre d'intérêt que comportent, en dehors de la beauté ou de la convenance absolue des formes, les souvenirs plus ou moins curieux d'une époque, il n'admettait dans ce qui avait survécu des autres âges que ce dont il croyait pouvoir en toute sûreté de conscience tirer un enseignement. S'il professait à ce titre le culte de l'art antique, il avait en général pour l'art des temps modernes, pour l'architecture du dix-septième siècle en particulier, une indifférence, sinon un éloignement d'ancienne date qui semblait le prédisposer assez mal à la besogne qu'il allait entreprendre.

Duban, avec son goût et sa science si souples, eût été tout autrement préparé à un pareil travail et il l'eût sans doute accepté de bon cœur : Labrouste n'y vit d'abord qu'une concession à faire pour acquérir le droit d'agir ensuite pour son propre compte. Il n'en prit cependant ni moins bravement ni, à en juger par les résultats, moins heureusement

son parti. Lui qui jusqu'alors avait si soigneusement évité les occasions d'exposer sa foi à la contagion de ce qu'il jugeait un mauvais exemple, lui qui pendant bien des années s'était refusé même à visiter le palais de Versailles, de peur d'entrer, ne fût-ce que par le regard, en complicité avec les architectes du dix-septième siècle, il se résigna à devenir le continuateur de l'un d'eux; si bien que, lorsque l'édifice bâti par François Mansart reparut, à deux cents ans d'intervalle, débarrassé des constructions parasites qui le cachaient depuis si longtemps et comme paré d'une jeunesse nouvelle, on eût dit que l'architecte moderne avait écouté d'aussi près les conseils de sa dévotion archéologique que les inspirations mêmes de son talent.

Pourquoi faut-il que, plus tard, d'autres parties de la Bibliothèque ne lui aient pas imposé le même respect ou, tout au moins, la même abnégation? Pourquoi par exemple le moyen n'a-t-il pas été trouvé, ni peut-être cherché, de conserver les murs à la fois vénérables et charmants de l'ancien Cabinet des Médailles, de ce monument par excellence de l'art et du goût français au dix-huitième siècle, consacré d'ailleurs par les souvenirs qu'y avaient laissés Barthélémy, Caylus, et tant d'autres érudits illustres? Qu'il nous soit permis d'exprimer en passant ce regret. Il ne diminue en rien la justice due à l'œuvre personnelle de Labrouste ; mais pour qui a vu le Cabinet des Médailles tel que Robert de Cotte l'avait disposé et orné, pour qui se rappelle ce qu'était, il y a vingt ans encore, l'ensemble de ces boiseries sculptées, de ces peintures, de toutes ces décorations maintenant détruites ou dispersées, le sacri-

fice si résolument accompli ne laissera pas de paraître un peu trop héroïque, quelque légitime au point de vue de l'unité que l'ait jugé celui qui s'y décidait.

L'unité : telle était aux iyeux de Labrouste, non-seulement dans le cas présent, mais en toute occasion, la loi essentielle, la condition fondamentale d'une composition architectonique. Ce qu'il recommandait à ses élèves, ce qu'il exigeait de lui-même avec une volonté inflexible, c'est que l'accord fût complet entre l'ordonnance générale d'un édifice et les formes de détail; entre la structure secrète, les organes de cet être de pierre et les signes extérieui's qui en sont comme l'enveloppe ou l'épiderme. « Un édifice, disait-il, doit être et paraître bien portant. » Dans l'aspect qu'elle présente comme dans sa constitution intime, la nouvelle Bibliothèque a ce caractère de santé. Qu'on en examine les dehors ou, au dedans, les parties diverses; qu'on s'arrête devant cette façade dont les lignes à la fois riches et fermes annoncent et semblent résumer d'avance celles qui vont se développant le long du monument tout entier, ou que l'on pénètre dans cette grande salle de travail si bien appropriée à sa destination et, en même temps, si heureusement inventée, — on ne surprendra nulle part la trace d'une indécision, encore moins d'une infidélité aux intentions d'ensemble une fois conçues, à la méthode une fois adoptée.

Ici, comme à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève, l'architecte use largement des ressources matérielles que la science moderne a mises à sa disposition. Il les utilise sans déguisement, sans ruse d'aucune sorte, laissant au fer son apparence propre là même où il remplace les solives, à des

plaques de faïence arrondies en voûte l'aspect mince et léger d'un simple revêtement. Tout, sauf peut-être l'ornementation du grand vestibule ou celle de la rotonde du nouveau Cabinet des Médailles, tout porte l'empreinte d'un art en garde contre l'exagération aussi bien que contre la banalité des formules. Eloquent par sa netteté même, cet art est d'autant plus persuasif qu'il affecte moins de s'imposer, et que, jusque dans la hardiesse des expressions, il garde un caractère imperturbable de sérénité et de mesure.

Ce sont là des mérites qui frappent les regards de quiconque visite les salles publiques de la Bibliothèque; mais combien d'autres parties réservées au service de ce magnifique établissement confirmeraient l'impression reçue en face du monument lui-même ou au seuil de quelques galeries intérieures! Il faut avoir pénétré dans les immenses salles de dépôt où sont rangés sur environ vingt-cinq kilomètres de rayons ici plus de deux millions de livres imprimés, là quatre-vingt-dix mille recueils manuscrits et plus de cent soixante mille médailles ou objets d'art et d'archéologie, là enfin des volumes ou des portefeuilles contenant les uns près de trois millions d'estampes, les autres trois cent mille cartes géographiques; il faut avoir vu comment sur un terrain relativement restreint la place et la lumière ont pu être données à cette masse énorme de richesses pour apprécier à sa valeur l'ingénieuse sagesse des combinaisons matérielles, comme on aura pu admirer à d'autres places l'élévation ou la finesse du goût. Et si l'on se rappelle que la Bibliothèque a été d'un bout à l'autre reconstruite sans que rien de ce qu'elle contenait fût

un seul instant déposé au dehors; si l'on songe que Labrouste ne pouvait élever un corps de bâtiment nouveau qu'à la condition d'avoir provisoirement logé ailleurs tous les volumes que l'ancien bâtiment renfermait et d'avoir fait en sorte de maintenir à la disposition du public chaque collection ainsi déplacée, — l'estime pour l'œuvre même s'accroît en proportion des difficultés qui en ont comphqué l'exécution.

Il n'a malheureusement pas été donné à Labrouste de voir la vaste entreprise qui lui avait coûté déjà vingt ans de travail recevoir son entier accomplissement. Bien qu'il ait eu le temps de remplacer presque partout les anciens bâtiments par des constructions nouvelles, il lui restait encore à exécuter les projets qu'il avait conçus pour isoler la Bibliothèque et pour la compléter au moyen d'agrandissements devenus aujourd'hui plus nécessaires que jamais. La mort l'arrêta avant qu'il eût abordé cette dernière partie de sa tâche. Elle ne fut pas pour lui l'abandon conscient de la vie, le coup pressenti et quelquefois désiré qui met fin à de longues souffrances ; elle le frappa sans qu'il eût pu même la voir venir. Le 24 juin 1876, Labi'ouste tomba comme foudroyé au milieu de ses occupations habituelles, presque le crayon à la main et, — rapprochement touchant ! — peu d'instants après celui où il achevait de rédiger pour un des concours de l'Ecole un prof^ramme sur ce sujet : un tombeau à élever à la mémoire d'un artiste. Ce fut là son dernier travail, mais ce n'était pas la première fois que sa pensée s'arrêtait sur un pareil sujet. Il y avait depuis longtemps songé pour lui-même et il avait prescrit que sa propre sépulture, simple d'ailleurs

et austère comme lui, fût, quand le moment serait venu, construite sur les dessins d'un fils et d'une fille qu'il avait l'un et l'autre initiés à l'étude de l'art et quelquefois associés à ses travaux.

Le vœu de Labrouste a été réalisé par les mains pieuses auxquelles il avait confié le soin d'abriter ses restes. Le tombeau où il repose dans le cimetière de Fontainebleau est l'œuvre de ses deux enfants. Quant aux œuvres qui nous parlent de lui sans porter comme ici son nom inscrit sur la pierre, elles préserveront trop bien de l'oubli, elles recommandent trop publiquement sa mémoire pour qu'il soit nécessaire d'insister sur l'estime où il faut les tenir. L'architecte à qui l'on doit, outre les deux grands monuments que nous venons de mentionner, tant d'enseignements utiles et de nobles exemples, tant de travaux dont l'art et les artistes continueront de tirer profit, un tel homme n'a pas besoin pour obtenir pleine justice qu'on énumère un à un tous ses titres. Un de vous d'ailleurs. Messieurs, l'a dit avec l'autorité du talent personnel et la loyauté d'un cœur supérieur aux préoccupations mesquines de l'amour-propre (i) : « Lorsqu'on se reporte au temps où s'est produit le mouvement » dont Labrouste a été un des principaux instigateurs, « on ne saurait trop admirer ces hommes qui, sans bruit, sans secousse, forts de leurs études et de leurs convictions, ont modifié si profondément une architecture appauvrie et ont ouvert la voie où nous sommes fiers de les suivre. » Un autre (2), en

(1) M. Charles Garnier, A travers les arts, p. 53.

(2) M. Bailly.

venant prendre à l'Académie la place qu'y avait occupée Labrouste, constatait avec la même gratitude les services rendus par son éminent prédécesseur. « Devant une existence aussi parfaitement remplie, disait-il, on est saisi d'un profond respect. »

Je n'ajouterai rien à ces paroles. Elles résument une vie qui, depuis le point de départ jusqu'au terme, a eu l'inflexible continuité d'une ligne droite; elles caractérisent un talent dont l'importance ressort jdes efforts qu'il a suscités, des progrès qu'il a préparés autant que des œuvres mêmes qu'il a directement produites. S'élever et élever les autres du vrai et du certain jusqu'à l'idéal ; rajeunir, à une époque d'extrême civilisation comme la nôtre, l'art par la bonne foi et le beau traditionnel par l'application sévèrement raisonnée des moyens; chercher enfin et trouver l'originalité dans la sagesse, l'élégance du style dans la clarté même de la pensée, — voilà ce que Labrouste a voulu ; voilà ce qu'il a su faire avec une décision et une hardiesse qu'on a pu prendre autrefois pour les entraînements de la passion révolutionnaire, mais qui n'étaient en réalité que les inspirations d'une conscience intrépide et la probité d'un esprit convaincu.

Paris. — Typ. Firmin-Didot et C'', imp. de l'Institut, rue Jacob, 56. 7369.

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INSTITUT DE FRANCE

ACADEMIE DES BEAUX-ARTS

NOTICE

SUR LA VIE ET LES OUVRAGES

DE M. DUC

M. LE V^" HENRI DELABORDE

SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE l'aCADÉMIE

Lue dans la séance publique annuelle du 18 octobre 1879.

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IMPRIMEURS DE I.'lNSTITDT DE FRANCE, RUE JACOB, 56

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SUR LA VIE ET LES OUVRAGES

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M. LE \^^ HENRI DELABORDE

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Lue dans la séance publique annuelle du 18 octobre 1879.

PARIS TYPOGRAPHIE DE FIRMIN-DIDOT ET G-

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