Epilogue
A quelques jours de là les jeunes mariés, au foyer -du père Biunelle occupaient la place d'honneur; Jacques et sa mère, des amis, quelques-uns des colons de la baie "Saint-Jacques" les entouraient. La grande cheminée flambe joyeusement, et les gerbes d'étincelles illuminent la grande salle, et se perdent bientôt dans le rougeoiement sombre du foyer.
C'est la dernière veillée, car demain, tous partent pour les terres neuves du lac des Quinze. Quelques novices encore jeunes, robustes, pleins de coeur s'en iront là-bas eux aussi, suivre l'exemple de Jacques. . . .
Le vieux Brunelle, essuie une larme furtivement, mais c'est une larme de joie. Il a donné à la terre le meilleur de lui-même, son temps, sa vie, ses enfants ; aussi, ce n!est pas ce vieillard, faiseur de terre, qui s'apitoie sur le sort des jeunes, espoirs des moissons futures du canton Latulippe. Le vieux se dit que c'est un essaim qui part, le trop plein des vieux foyers féconds des plaines laurentiennes, fondateurs de foyers, nouveaux défricheurs et semeurs de blé. . . .
"Je regrette de n'être plus jeune," fit le bon vieillard avec une pointe d'amertume. "Je serais des vôtres ; vous êtes les privilégiés du sol, des amoureux de la terre, les bien-aimés de notre grande amie!"
Soyez braves, soyez forts, soyez économes, vivez votre foi de chrétien! Et se tournant vers Jacques, son ancien "laboureux :" Voilà votre ouvrage, Jacques", et, d'un geste large, il montre ces jeunes gens, qui demain partiront avec lui; "grâce à votre énergie, toute une paroisse est en train de se former. . . . allez vers les terres verdoyantes, fécondes, capables de produire d'abondantes moissons.... Allez vers le devoir .... je Vous bénis tous ensemble". Et le vieux Bru-
nelle, étend les mains sur les têtes courbées religieuse^ment, et trace dans l'air, un grand signe de croix. Onse relève, émus de cette scène sublime dans sa simplicité.
Alors Cécile s'approche de son frère, et elle épingle sur sa poitrine la médaille d'argent, retenue à un ruban doré par une agrafe d'or à fleur de lys, au centre, distincts, bien en relief, ces mots: "Ense, cruce, aratro," "par l'épée, par la croix, par la charrue", éloquente devise du laboureur patriote et chrétien. C'est la médaille du père, que Jacques vient de recevoir en sa qualité de chef de la famille, continuateur de la lignée. Il y sera fidèle, celui qui, devant tous, sans fausse honte, pleure d'émotion. Le passé! L'avenir! Il voit l'un couvert d'un crêpe, l'autre souriant, cou- ;onnée de feuillage vert. Les traditions, il les perpétrera, là-bas, sur les bords du lac des Quinze, où l'attend son humble cabane de défricheur.
Et l'on se donne rendez-vous pour le matin, à la gare.
Dans la nuit montante, les scintillements d'étoiles éclairent vaguement la route, tandis que, tout près, vers la gauche, à l'ombre des peupliers élancés, la vieille maison des Lanthier dort.