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PRÉFACE

Appelé en mission, au printemps de 1913, par M. le Général LyauTEY, Résident Général de la République Française au Maroc, pour travailler avec M. LoTu, Directeur du Service de l’Instruction Publique, à l’organisation de l’enseignement des indigènes dans notre nouvelle colonie. nord-africaine, je pus, de temps à autre, en attendant l’heure du départ des convois, jeter un coup d œil sur les HOAtes d'art marocain et converser avec les artisans. : |

Mon voyage dura moins de trois mois. Débarqué à Casablanca, le 16 avril, je me rendis quelques jours après, en suivant un littoral généralement sablonneux et plat, à Rabat, où je fis plusieurs séjours successifs d’une durée totale d'environ trois semaines.

C'est de Salé que je me dirigeai sur Fès, le 2 mai, par la route d'étapes longeant, au Sud, la grande et alors dangereuse forêt de chènes-lièges et de poiriers sauvages de la Mamora. Les postes militaires du Camp Monod, de Tiflet, de Khemisset, Souk-el-Arba des Zemmour, Aïn-Lorma, installés dans des régions incultes, mais pourtant fertiles, m’abritérent successivement jusqu’à Meknès.

Cette dernière ville me retint pendant une huitaine de jours. L'intérêt que je pris à examiner une partie de sa population, à visiter ses monuments grandioses, vestiges d’un | passé encore proche, à assister à ses fêtes, fit que je la quittai à regret. |

Par le poste volant d’Ain-Chkef, je gagnai ensuite Fès en deux étapes, à travers un pays peu accidenté. Une douzaine de jours furent consacrés à la première capitale marocaine dont la silhouette générale m'éblouit. Le dédale si déconcertant de ses rues m'entraîna dans de nombreux quartiers où je découvris mille sujets d'étude sans pouvoir toutefois pousser mon enquête aussi loin que je l’eusse désiré. Lorsque je repris | la route de Rabat, ma curiosité était loin d'être satisfaite. Fès est tout un monde dont la pénétration m’apparaît comme devant exiger beaucoup de temps et de patience.

En quatre étapes, par la Nzala des Oudaïa, le col de Zeggota, Sidi-Kacem, devenu Petitjean, et Dar Bel Hamri, j'atteignis le tronçon du chemin de fer militaire qui devait me conduire en un jour seulement à Knitra. le |

J'avais ainsi contourné, par le Nord, le massif du Zerhoun, sorte de Kabylie aux sommets dénudés, aux flancs boisés, aux pieds ondulés riches de cultures céréalifères, puis de nouveau la forêt de Mamora, plus que jamais inhospitalière, puisqu'il me fut donné d'assister, en route, à l’inhumation de huit soldats du tabor chérifien tués la veille en patrouillant sur la ligne de chemin de fer. |

Après une courte promenade à Mehdiya, une nouvelle journée de convoi ne ramena, par une chaude et poussiéreuse journée, à Salé, puis à Rabat, le 1* juin.

Je devais abandonner là les convois. La tournée suivante, Casablanca -Marrakech, s’effectua pendant la dernière quinzaine de juin, en sept heures, par l’automobile, sur une excellente piste, même temps et même distance (250 kilomètres environ) que d’Alger à

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Bou-Saâda. Pour effectuer le trajet plus court de Salé à Fès, il m'avait fallu huit jours ! C’est ainsi qu’en vitesse furent traversées les terres riches et plates de la Chaouïa, cette année infertiles faute de pluie, et le pays des Rehamna, analogue à nos Hauts-Plateaux algériens, propre seulement à l’élevage du mouton. | | Marrakech, avec ses places et ses souks animés, ses maisons innombrables, ses constructions imposantes, son aspect mi-tellien, mi-saharien, sa banlieue verdoyante et immense, son belvédère naturel qu'est la montagne voisine du Gueliz, son imposant rempart du Sud qu'est le Haut Atlas, comptera parmi les spectacles les plus impressionnants qu’il n'ait élé donné de contempler. | Si les cités traversées étaient encore pleines du bruit sourd des convois, du cliquetis des armes, si la plaine conservait encore une odeur de poudre qui rendait plus vigilantes et plus actives nos courageuses troupes de toutes armes, les heures que je vécus au Maroc n’en eurent peut-être que plus de charme. Elles s'écoulèrent, du moins, avec une rapidité dont je n’eus réellement conscience qu’au jour de réembarquement pour Alger, le 29 juin. Par habitude j'interrogeai, au cours de mon voyage, les ouvriers et les artisans. Je relevai ainsi, sommairement, de nombreuses observations sur les industries marocaines. Mais je me rendis bientôt compte que ces industries étaient encore trop nombreuses et trop actives pour qu'il me fût permis derecueillir, sur elles, des renseignements suffisamment complets. Je pensai qu’il serait peut-être plus sage de n’en étudier que quelques-unes, sinon dans leur ensemble — le temps me faisait par trop défaut — du moins sur des points que j'étais, de par les fonctions que j’exerce en Algérie, mieux à même de mettre en lumière. En la circonstance, ce sont les procédés techniques de décor et de fabrication qui ont le plus longtemps retenu morr attention. | Dans ce premier travail, je me borne à présenter un fragment de ma documentation se rapportant aux broderies marocaines, si curieuses et si diverses, parfois si empreintes d'art, et qui soulèvent les problèmes ethnographiques les plus inattendus. En terminant cet avant-propos, je tiens à exprimer mes sentiments de profonde

gratitude à M. LuTauD, Gouverneur général de l’Algérie, à M. Luctani, Directeur des

Affaires indigènes au Gouvernement général, à M. ARDAILLON, Recteur de l'Académie d'Alger, dont l’aide m'a été si précieuse pour la publication du présent travail et surtout à M. le Général LYauTEY, Haut Commissaire Résident général de France au Maroc, qui m'a en outre fourni l'occasion de me documenter d’une façon aussi complète sur des sujets d’études qui me sont chers. |

Mes remerciements vont enfin à l’adresse du personnel du Cabinet de Dessin annexé à l'Inspection de l'Enseignement artistique et industriel dans les Ecolesd’indigènes d'Algérie, notamment à la personne de son Chef, M': CuvELLIER, dont la collaboration active et dévouée m'a permis d'appuyer d’une abondante illustration un texte que le lecteur m’excusera d'avoir rendu peut-être trop technique.

Alger, le 30 Juin 1914.

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