‹ Bromures et l'Hypochloruration: Leur Emploi Dans Les AsilesChapitre 10 sur 13 · CE · texte numérisé non relu

CE

Ici, nous plaçons deux ou trois observations personnelles ; il s'agit de malades que nous avons pu suivre. Le régime métatrophique est celui dont nous avons parlé plus haut ; l'alimentation est semblable à celle des autres malades internés à l'asile, eu différant simplement par la soupe non salée et cuite du saindoux ou au beurre frais, et non salé.

Observation n° 41

P. (Joseph),42 ans, entre pour la deuxième fois à l'asile le 16 juillet 1897. Père alcoolique.

Caractère difficile. —’Epileptique depuis l’âge de 7 ans, à la suite, prétend le malade, de deux fièvres muqueuses. Il a une aura sensorielle : il sent un mauvais goût dans la bouche, et ensuite l'accès se déroule suivant les slades classiques.

Certificat de quinzaine. Atteint de dégénérescence intellectuelle et morale, avec impulsions et troubles de la mémoire, consécutivement au mal épileptique dont il est atteint. — D’ Broquère. »

Soumis.au régime de la soupe sans sel au mois de février 1902. Prend 2 gr. de bromure de potassium.

Crises en, janvier. 1902 PPS MIE — février — 7. . . 9

De plus, alors qu'un mois avant la mise au régime, les accès étaient violents, accompagnés d’une assez longue période d’agitation, dès le mois de février, ces accès, s'ils sont encore nombreux, sont beaucoup moins violents, et méritent presque le nom de verliges.

Nous ne rapporterons pas, mois par mois, le total des accès ;

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qu'il nous suflise de savoir qu'actuellementce malade se porte bien, prend sans répugnance aueune la soupe non salée, et n'a plus de crise convulsive que tous les deux ou trois mois.

Observation no 2

G. (François). Entré le...

Epileptique depuis l’âge de 12 ans. Impulsions et mauvais caractère. Cependant, à tout prendre, c’est un malade des plus maniables : il a un certain sentiment artistique, joue de l'accordéon. Il est susceptible d’un certain travail intellectuel, malgré ses absences assez fréquentes.

- Bromure, 2 gr. Soupe sans sel.

Actuellement, les grandes crises convulsives ont presque disparu, ou sont, du moins, très rares. Les absences etles vertiges sont cependant encore assez fréquents, moindres cependant qu'avant l'application de la diète.

Observation n03

A. (Constant). Entré à l'asile le 14 décembre 1899. 28 ans.

Père alcoolique. Très violent.

Mère épileptique. Attaques fréquentes.

Alcoolique lui-même. Méchant, sournois, impulsif et danger'eux.

Quinsaine. Atteint d'épilepsie. Attaques fréquentes pendant la quinzaine. Caractère irritable, tendances dangereuses. » La dose de 5 gr. de bromure qu'on lui a donnée en rentrantà l'asile

a été, en janvier 19092, abaissée à 2 gr., en même temps qu'on le mettait au régime. Les accès ont certainement diminué, mais encore l'amélioration n’est pas parfaite.

Janvier 1903 . 4 accès

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Mars — D —

Avril OR TN En AE EEE ED k Mai D MON A M RE

Juin Nepal. eee

A noler l'indiscipline du malade, en sorte que le régime a souvent été très mal appliqué par suite de cette indocilité.

Observation n°0 4

S. (Henri). Entré le 25 septembre 1899. 32 ans. Epileptique depuis l’âge de 9 ans.

Le père du malade met laffection de son fils sur le compte d'une frayeur qu’il a eue dans l'enfance. Dégénérescence somatique et mentale. Accès revenant tous les quinze jours environ, précédés etsuivis d’agilation violente. Le malade hurle, chante, danse, vocifère. |

Aura motrice : S. court droit devant lui et tombe.

Quinzaine. — Atteint d'épilepsie. Sujet, à la suite de ses accès, à des colères terribles, ete.

Nous avons vu appliquer à ce malade le régime d'hypochloruration. En aucun moment, il nous a paru avoir donné des résultats bien appréciables.

Depuis le 1° janvier 1903 jusqu'au 15 juin, S... à eu 50 accès qui se répartissent ainsi:

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Or, nous ne coustatons pas de différences bien sensibles entre le nombre des accès avant la mise au régime et après; de plus, la dose de bromure de 2 gram , qui a souvent suffi, a été, malgré la soustraction d’une partie du sel de l’alimentaüon, absolument insuflisante. Cette dose a été successivement portée à 3, #4 et 5 gram., dose énorme si l'on considère que les effets du bromure sont, de par la diète hypochlorurée, pour ainsi dire décuplées. Il est évident que cette dose* n’est pas maintenue, et que, l'agitation passée, on redescend graduellement à des doses moins massives.

Nous pourrions citer bon nombre d’autres observations, toutes se ressemblent. La médication est efficace ou ne l’est pas, mais il parait bien qu’elle est réellement et le plus souvent efficace, et qu'elle est, en tous cas. un utile adjuvant du traitement par les bromures, à condition, bien entendu, que son application en soit facile et que le malade veuille bien l'accepter.

Nous avons le souvenir d’un malade, d'un certain âge, depuis assez longtemps déjà interné à l'asile de Mayenne et sujet à des crises d’épilepsie essentielle depuis lenfance. Ce malade travaille au jardin de l'asile, est un précieux auxiliaire du maître jardinier, Nous regrettons de ne pouvoir préciser, car son observation nous échappe; mais les crises ont tant et si bien diminué, que notre homme n’en a plus qu'une ou deux tous Jes deux ou trois mois, beaucoup moins violentes qu’autrefois et nocturnes. Iles sent venir ; elles lui sont annoncées

par une céphalée gravalive, el par une fatigue musculaire prononcée. Ce malade prend scrupuleusement le régime des épileptiques de l'asile ; c’est-à-dire la soupe sans sel; il s'y est habitué el attribue son amélioration à ce régime. Ne pourrait-0n, comme lui, estimer qu’en effet c’est là un résultat ?

Nous ajouterons enfin, que chez tous ces malades, de même que sur tous les hypochlorurés de l'asile, la nutrition n’a pas paru souffrir beaucoup.

Il est vrai que le régime est mitigé, et partant assez facilement supportable, puisque, en définitive, il n y a réellement que la soupe du malade qui soit le plus possible privée de sel, et le plus grand des inconvénients de celte soupe est peut-être sa fadeur particulière, que nous connaissons, puisque nous en avons à plusieurs reprises goûté.

Nos observations au point de vue de la nutrition, pour être.

complètes, exigéraient que nous ayons pénétré assez avant le processus de l'absorption, l’assimilation et la désassimilation, chez nos malades ; or, nous l’avouons, nous n'avons pas pratiqué, au moins d’une manière systématique et rigoureuse, l'analyse ües urines. Nous nous sommes contenté, par des pesées fréquentes et régulières, de nous assurer que le terrain ainsi privé d’un aliment tel que le NaCI, ne souffrait pas trop. Chez tous nos malades, en effet, le poids moyen a oscillé dans des limites assez faibles. Sur vingt malades hypochiorurés nous avons constaté, et 161 nous ne voulons pas avoir la rigueur pleine de précision d'une statistique, nous avons constaté une douzaine d'améliorations palpables, évidentes, et parmi elles se trouvaient des cas lypiques.

A côté de cela, les autres malades ne se sont trouvés ni mieux, ui pire du régime, plutôt mieux que pire. Nous né croyons pas avoir constaté d’aggravations. Cependant, nous pourrions citer un malade, hypochloruré depuis quelque temps, dont l'affection dégénéra en véritable état de mal, suivi de

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mort, et dont l’autopsie ne révéla rien, si ce n’est une congestion diffuse des méninges et de l’encéphales

En ce qui concerne les agités et les déchireurs non épileptiques, l’hypochlorüration associée au bromure a été d'une efficacité incontestable, et nous avons vu agir ce dernier dans des cas où, jusqu'à présent, il paraissait n'avoir aucune action.

1. — LES CHLORURES DANS L'ALIMENTATION. — L'INANITION CHLORURÉE. — INCONVÉNIENT D'UNE ALIMENTATION PAU- VRE EN CHLORURES. — BROMURES ET INTOLÉRANCE BRO- MIQUE. |

C'est là un fait bien connu des éleveurs que le bétail est friand de sel. Et, du reste, nous savons bien le rôle important Joué par le chlore dans le chimisme stomacal et dans la composition des humeurs. Certaines populations noires nous laissent bien en arrière au point de vue de la consommation du NaCI. Chez ces derniers, le sel ne constitue pas seulement un condiment obligé de toute préparation culinaire, mais presque un aliment de luxe, et nous avons maintes fois entendu parler de la valeur commerciale du sel dans le centre de l'Afrique: l'unité monétaire, pourrait-on dire, esl la livre de sel.

Dans la Statisiique chimique des animaux, appliquée spécialement à l'emploi agricole du sel. Paris, 1850, de Barral, cité par J.-N. Laufer, nous voyons que, ce qui est aujourd’hui de notoriété publique, le sel favorise l’engraissement et donne du «brillant » au pelage des animaux. Les maquignons connaissent bien cette propriété, et, pour se débarrasser de bêtes parfois fourbuës, ils ne s'adressent guère qu’à l’arsenie ou au chlorure de sodium.

On à fait des expériences sur les animaux.

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Ces expériences sont relatées tout au long dans la thèse de Laufer, déjà bien souvent citée, et nous ne les rapporterons pas. Cependant il est bien avéré que de tous les animaux, les herbivores ont le plus besoin de sel, les carnivores ayant pour lui une répugnaunce relative. En parlant des éleveurs, nous aurions pu dire que dans les villes les laiteries urbaines n'ont à leur disposition qu'une nourriture peu substantielle. Pour remédier à cet inconvénient, les laitiers ne manquent pas d'arroser avee une solution de sel marin la drêche ou la luzerne peu grasse qu'ils offrent à leurs vaches.

Cependant chez l’homme, qui bénéficie d’un régime mixte, la consommation du sel est bien au-dessus de ce qu’elle devrait être, puisqu'il a été dit plus haut que, en matière ne NaCI, il y avait une véritable consommation de luxe.

Bunge a cherché à expliquer cette appétition pour le sel, chez les herbivores, et en a trouvé la raison dans la richesse en sels de potasse d'une alimentation purement végétale, et ceci a une apparence de raison si l'on considère que le besoin du sel se fait d'autant plus sentir que l’on use d’une alimentation plus exclusivement végétale. Cependant, on pourrait peutêtre invoquer ce que nous avons dit plus haut, à savoir qu'il est des êtres humains très friands de sel, et que ces êtres sont nomades, vivent de leur chasse, empruntant peu au sol, et anthropophages à leur heure.

L'étude chimique et physiologique du sel dans l’organisme et dans l'alimentation n'entre pas dans notre cadre. Qu'il nous suffise de savoir que toutes uos humeurs contiennent en proportion variable du NaCI, alors que les sels de potasse sont surtout renfermés dans les tissus organisés. À ce titre, le chlorure de ‘sodium est un aliment, puisqu'il est contenu dans l'organisme, et que celui-ci à sans cesse besoin de réparer ses pertes.

Reste à connaitre la quantité de sel nécessaire à l'organisme pour couvrir ses pertes : cette quantité, nous la connaissons

déjà, puisque Ch. Richet et Lapieque nous l'ont apprise, et onl approximativement fixé la consommation maxima à 16 grammes par jour et la consommation minima nécessaire à 2 gr. 40.

Il est dès lors évident que si l'alimentation ne peut suflire à donner à l'organisme le sel marin dont il ne peut se passer, cet organisme souffrira et dépérira, ce que, pour citer encore l'art vétérinaire, nous voyons se produire chez les animaux privés de sel, qui maigrissent et deviennent cachectiques. I y à une inanition sulfurée, phosphorée; il y a aussi une « inanition chlorurée » : alors que cet excès de sel qüe nous absorbons chaque jour, celte consommation de luxe, n’a aucun bien sensible inconvénient, la disette salée peut en avoir, et de gros. Les milieux de notre être sont alcalins, et encore que le sel ne soit pas le seul facteur de cette alcalinité, cependant, sa suppression, où même sa diminution, peut tendre à diminuer aussi notre alcalinité normale. De là, un gros danger.

Sans insister davantage.sur ces questions d'un haut intérêt, qu'il nous suffise de dire que d’aucuns, et Rommelære en particulier, ont déclaré, avec apparence de raison, qu’un organisme appauvri en sel était un terrain tout prêt pour le bacille de Koch.

Sans même aller si loin, rappelons ce que nous avons déjà dit: ne serait-il qu'un condiment, le selest déjà d'une utilité absolue ; 1l favorise la sécrétion des liquides digestifs. Nous savons bien qu'il appert, d'expériences relativement récentes, que le sel produit sur les glandes muqueuses de l’estomac une action telle que celles-ci sécrètent avec abondance du mucus, qui vient tapisser les parois de l'organe, dilue le sue

gastrique et le rend moins apte à la digestion. Mais ne s’agit-il

pas là d'expériences de laboratoire, et le sel administré ne l’at-il pas été à des doses en quelque sorte expérimentales et non alimentaires ?

Aussi, quil nous soit permis de ne pas trop partager l’optimisme général en ce qui concerne la rapidité de l’accoutumance chez les malades. Si le sel en assez grande quantité nuit à la digestion en produisant une hypersécrétion des glandes muqueuses des voies digestives supérieures, cela n'a rien qui doive nous étonner. En notre qualité d’interne des asiles, nous avons bien souvent eu recours à un moyen héroïque pour corriger une catégorie de malades obstinés et leur faire accepter la nourriture : nous voulons parler des aliénés nourris à la sonde œsophagienne pendant des mois et même des années. Il nous est arrivé de dissoudre dans le lait donné aux malades de peliles quantités de sel, dans l’espcrance de les dégoûter dû régime.

Quelques-uns acceptaient les aliments au repas suivant; beaucoup continuaient comme par le passé, d’autres enfin, rejetaient le lait salé.

Mais, pris à minime proportion, le sel exerce son action sapide sur toute la muqueuse digestive, et la privation absolue aboutirait rapidement à une hypochlorhydrie par défaut, au lieu que l’exagération aboutit à l’hypochlorhydrie par excès.

Garbini, d'Orméa, Maragliano vantent la rapidité avec laquelle les malades d'Italie se sont accoutumés au régime métatrophique.

C'est possible ; mais que de bonne volonté n’a-t-il pas fallu de la part de ces pauvres malades, dans un pays où l’on n'augmente son acidité gastrique qu'en ingérant du poivre, des oignons et des piments |

Arrêtons-nous là, en ce qui concerne les chlorures et contentons-ncus de remarquer que pour si documenté que nous le soyons, nous ne le serons pas autant que nos devanciers el d’ailleurs l’étude conscieuse de Laufer ne nous laisse pas. grand’chose à éclaircir à ce point de vue.

Nous avons parlé à plusieurs reprises du bromisme. Quelle

LS est done la modalité suivant laquelle les bromures s'accumulent dans l'organisme, en assez grande quantité pour produire des accidents d'intoxication ou d'intolérance?

Les bromures s’éliminent par les urines, mais si l’ingestion est telle que l'élimination en soit en quelque sorte réduite à la banqueroute, il se produit une véritable intoxication aiguë. Quant aux doses pouvant produire cette intoxication, on doit pour les estimer tenir compte de l’idiosyncrasie individuelle. Cette intoxication aiguë est caractérisée par du vertige, de la titubation, de la somnolence et de l'incapacité cérébrale ; l'attention, la mémoire et l'intelligence sont manifestement atteintes et constituent une sorte de langueur spéciale qu'on appelle ivresse bromique (Trousseau et Pidoux).

À côté de ces accidents, il faut surtout considérer l’intoxication chronique, ce que A. Voisin a appelé la cachexie bromique.

Dans une £lude historique el thérapeutique sur le bromure de potassium, publiée en 1872-73 par Auguste Voisin dans les Archives générales de médecine, cette cachexie bromique est décrite avec science et compétence.

Pour résumer les conclusions de Voisin, nous dirons simplement que cet état morbide se caractérise par une décoloration considérable des téguments et des muqueuses, des symptômes cardio-vasculaires, un état particulier d'anémie et de débilitation générale. De plus, on observe d’autres troubles, en particulier du côté des voies respiratoires (toux sèche et quinteuse avec vomissements alimentaires ou biñieux), du tube digestif (langue saburrale, embarras gastro-intestinal, anorexie, anesthésie bucco-pharyngée gênant la déglulition), de la peau (aené bromique). Il nous à été donné d'observer assez souvent un commencement d'intolérance se manifestant par des alternatives de diarrhée et de constipation, la défécation laborieuse de quelques seybales allernant avec de véritables

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débâcles. À signaler aussi la fétidité de l'haleine des gens qui = prennent du bromuüre depuis assez longtemps et des infections ; secondaires des voies respiratoires, produites par la pénétration de particules alimentaires dans le canal laryngo-trachéal ou par de June de la sonde œsophagienne, le tout, du

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