‹ Bromures et l'Hypochloruration: Leur Emploi Dans Les AsilesChapitre 8 sur 13 · IV. — L'HYPOCHLORURATION RELATIVE · texte numérisé non relu

IV. — L'HYPOCHLORURATION RELATIVE

Il est bien vrai que le moindre taux de chlorure rend l'organisme plus accessible au bromure.

Le régime de M. Toulouse, réduisant la consommation du sel au minimum nécessaire, est bon, en ce sens que, scrupuleusement observé, il aura bien souvent pour effet d'améliorer un épileptique. Peut-être ce minimum est-il trop faible, et par là, il pourrait advenir des accidents qu'on n’est pas toujours à temps d'éviter. De plus, si l’on veut bien considérer que, avec notre organisation actuelle,les asiles départementaux d’aliénés, où l’hypochloruration a le plus de chances d’être suivie, ont une installation insuffisante et quelquefois défectueuse, un personnel subalterne laissant fort à désirer, on comprendra combien 1l serait difficile, pour ne pas dire impossible, de réaliser, même sur un nombre restreint d'individus, le régime de Toulouse. N'avrait-on que cette objection à faire, il nous semble qu'elle mérite d'être prise en sérieuse considération : et nous verrons qu'il en est d’autres, et que, bien souvent, en dépit des asserlions optimistes des aliénistes italiens, il faut aussi tenir compte de la difficulté réelle qu'on éprouve à convaincre les malades de la nécessité de la diète hypochlorurée.

Pour obvier à une partie de ces inconvénients, le docteur Broquère etle docteur Pain, nos chefs de service, ont eu recours à ce que nous appelions à l'asile une kypochloruration relative,

laquelle est du reste plus relative que celle expérimentée à Villejuif (1), a une action évidente, et permet tout au moins de diminuer les doses de bromure, tout en donnant la faculté de surveiller le malade au point de vue de l'intolérance gastrique.

Ce moyen, c'est tout simplement la soupe sans sel. Il à le grand avantage d'abaisser le taux du chlorure dans l’alimentation, et, partant, de rendre le malade plus sensible aux bro mures, et de plus, il a celui d'être assez scrupuleusement suivi, car il n'exige de la part de l'épileptique qu’un peu de bonne volonté, et de la part du personnel peu de surveillance et de préparations culinaires.

Sachant que :

Î kilogranme de pain contient approximativement 0 gr. 05 de NaCl ; :

Elogramme de. viande, environs 7 #12 gr: 40

il nous sera facile de nous convaincre que c’est bien un régime d'hypochloruration que l’on fait suivre aux malades de Mayenne.

Nous savons bien que le pain contient une assez grande proportion de sel. Mais si l’on a soin, comme on le fait à l'asile, de faire soigneusement à part la soupe des épileptiques, de n'y ajouler de sel, en aussi petite quantité que ce soit, nous nous retrouvons devant une proportion très limitée de NaCI, surtout si l’on considère que l’eau servant à la confection de la soupe s’est déminéralisée par l’ébullition, et si l’on suppose que la quantité du sel ajouté au pain pendant la fabrication

(4) Nous ne parlons pas de la diététique de Rümpfe, qui ressemble beaucoup à celle de Villejuif, bien que l'auteur ne croie pas à la théorie de Richet et Toulouse. :

Don

est relativement minime. Sans doute, la quantité de sel ajoutée au pain est parfois considérable. Mais si l'on veut obtenir un pain très peu salé, ne peut-on fabriquer un pain de soupe spécial ?

La soupe mise à part, le régime est semblable à celui des autres malades el nous croyons que la quantité de sel contenue dans une portion est assez minime pour nexercer aucune influence fâcheuse et laisser, grâce à la soupe non salée, l'épileptique dans un état de constante hypochloruration. À noter cependant, la suppression presque absolue de beurre dans les aliments. Le beurre, dans l'Ouest bien plus que dans nos régions méridionales, est un aliment dont un haut-manceau, un normand ou un breton se passera difficilement : mais, il y a lieu de tenir grand compte de la nécessité où l’on se trouve de saler le beurre si on*veut le conserver, surtout en été : aussi le remplace-t-on par du saindoux et les portions de viande servies aux malades sont-elles cuites avec de la graisse non salée.

En résumé, le régime que nous proposons et dont il nous a été donné de constater les résultats est à la portée de tous les asiles départementaux et d'une application facile : le premier repas, ou déjeuner du matin, se compose d’une soupe ordinairement maigre, privée de sel, vulgairement appelée panade, et dont les malades se contentsnt assez facilement, et le plus souvent d’un peu de marmelade de pommes, appelée « pommé » dans le pays. Comme boisson, 25 centilitres de lait, ou, en cas de refus où de répugnance instinctive pour le lait, d’an quart de cidre très léger.

Au deuxième repas, le plus important de la journée, de la soupe faite avec de la viande dégraissée et non salée-et une portion de viande bouillie où en ragoût et ressemblant absolument à celle des autres malades.

Le soir, deux heures avant le coucher, troisième repas avec

de la soupe maigre, des herbages, des pommes de terre ou des œufs, qu'il est facile de préparer d'une façon variée, de manière à ne pas lasser le goût ni l'estomac du malade. Même boisson qu'au repas du matin.

L'épileptique, soumis à ce régime, prend d'une façon constante 2 gr. de bromure de potassium ou de sodium, mais surtout de potassium. Le plus souvent, cela suffit, et l’on voit les crises s'espacer. Au reste, il est facile d'augmenter les doses, de façon à donner au malade 2 gr. 50, 3 gr., 3 gr. 50 au plus de bromure. Il est rare qu'on aille au-delà et au bout de quelques jours le malade voit ses accès diminuer de nombre et de durée, son état mental s'améliorer, ses impulsions faiblir d'intensité. Il est sous l'influence du médicament, en est saturé, ‘pas assez cependant pour donner prise à des accidents de bromisme. Il est bien entendu, au reste, qu'on ne cessera pas d'exercer sur le tractus gastro-intestinal une surveiliance spéciale, qu'on veillera à la liberté du ventre et que de fréquentes purgations assureront la hbre élimination des toxines, réalisant ainsi, autant que faire se peut, une partie du probleme de l’antisepsie intestinale.

Ce n’est pas tout : les bromures ne servent pas seulement dans la thérapeutique des crises convulsives. Nous avons vu que l’on s'adresse indifféremment aux bromures de sodium ou de potassium. En réalité, le choix n’est pas indifférent : le bromure de sodium est moins actif, et partant moins susceptible des accidents de bromisme que celui de potassium, en sorte qu'elle est bien justifiée là préférence que Richet accorde au premier. Nous avons jugé inutile d'étudier l’action des bromures au point de vue physiologique ; cependant, il n’est pas sans intérêt de bien connaître que ces deux bromures sont des vasoconstricteurs et possèdent l'incontesiable propriété d'ischémier les éléments de l’axe cérébro-spinal, et d’une façon générale toute l’économie. Nous avons ouï dire qu'on avait expéri-

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