‹ Broncho-pneumonieChapitre 10 sur 29 · DESCRIPTION DES LÉSIONS MACROSCOPIQUES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES LÉSIONS MACROSCOPIQUES

Lorsqu'on pratique l'autopsie d'un sujet mort de broncho-pneumonie et qu'on en examine les poumons, on est tout d'abord frappé de la différence d'aspects que présentent ces organes suivant les points que l'on considère.

A la base et au bord postérieur des deux poumons, le parenchyme a une couleur rouge plus ou moins foncée, sa consistance est accrue ; çà et là parfois des taches ecchymotiques d'un brun noirâtre sont irrégulièrement disséminées sous la plèvre. Un fragment de poumon excisé en ces points plonge au fond de l'eau. Ce sont là les lésions de splénisation et dliépatisation, celles-ci n'étant d'ailleurs qu'un degré plus avancé des premières.

Leur siège est d'ordinaire bilatéral, mais non symétrique. On les retrouve le plus souvent à la base et aux bords postérieurs, fréquemment aussi au pourtour du bile. Elles font une légère saillie sur le parenchyme sain qui les environne, bien que souvent la distension emphysémateuse des lobules voisins vienne en quelque sorte atténuer cette saillie des portions hépatisées et les rendre moins apparentes au premier coup d'œil. Cet aspect mamelonné des foyers de broncho-pneumonie avait d'ailleurs attiré l'attention des premiers observateurs.

Généralement, les lobules hépatisés sont disséminés, séparés les uns des autres par des lobules sains, emphysémateux ou atélectasiés. D'autres fois, leur confluence est telle qu'ils occupent la majeure partie ou la totalité

d'un lobe pulmonaire, sans qu'aucun lobule sain ou atteint de lésions mécaniques s'interpose entre eux. Nous reviendrons plus loin sur la description de ces deux formes anatomiques lobulaire et pseudo-lobaire de la broncho-pneumonie.

D'autres portions des poumons, plus étendues que les parties hépatisées, dont la consistance est aussi légèrement accrue, offrent pourtant un aspect qui, dès l'abord, les en fait distinguer et laisse pressentir qu'il s'agit là de lésions toutes différentes. Leur couleur est bleuâtre , ardoisée ; elles sont en dépression sur les parties voisines dont un bourrelet saillant les sépare. Sur cette tache bleuâtre se détache un fin réseau rougeâtre qui limite plus nettement qu'à l'état normal les interstices interlobulaires. Ce sont des lésions d'affaissement du parenchyme pulmonaire, autrement dit de collapsiis ou d'atélectasie. Contrairement aux lésions précédentes, l'atélectasie se retrouve surtout sur les faces antérieures ou latérales du poumon, sur ses bords antérieurs, parfois même à son sommet.

Les zones d'atélectasie ont une consistance élastique; elles ne crépitent pas; elles surnagent généralement lorsqu'on en excise une portion et qu'on la projette dans un vase rempli d'eau. L'insufflation qui ne modifie pas l'aspect des lobules hépatisés rend aux globules atélectasiés leur aspect normal. Une grande partie des lobules pulmonaires que l'hépatisation ou l'atélectasie ont respectés, est distendue par l'emphysème. Ces lobules emphysémateux, translucides, mamelonnés s'interposent aussi bien entre les foyers d'hépatisation et d'atélactasie qu'entre les lobules d'un même foyer. Saillants, crépitant sous le doigt comme de lasoicqu'on froisse sous la main, la pression les affaisse, tandis que l'insufflation des bronches les fait à nouveau saillir.

La cavité pleurale est toujours exempte d'adhérences, à moins de lésions tuberculeuses anciennes du poumon, et ne contient pas d'épanchement liquide. Mais d'habi-

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tude la plèvre offre des lésions inflammatoires presque toujours limitées h son feuillet viscéral, et aux portions de ce dernier qui recouvrent les zones splénisées ou hépatisées de parenchyme pulmonaire : le feuillet viscéral de la plèvre est alors dépoli, chagriné, rugueux, et recouvert d'un mince exsudât fibrineux qu'un simple raclage avec le couteau enlève avec la plus grande facilité. Un examen plus minutieux peut dès lors montrer sous la plèvre de fmes traînées blanchâtres de lymphangite qui accentuent plus nettement les interstices des lobules.

Cette pleurite n'existe qu'au niveau des foyers d'hépatisation; on ne la retrouve au niveau des zones atélectasiées que lorsque celles-ci ont été ultérieurement envahies par l'inflammation.

Les ganglions lymphatiques du hile du poumon et les ganglions trachéo-bronchiques sont parfois, mais non toujours, légèrement tuméfiés; leur couleur est rosée, leur consistance molle. Ils n'ont subi la dégénérescence caséeuse que lorsqu'il existe dans les poumons des lésions tuberculeuses.

Si maintenant on pratique des coupes dans les poumons où un premier examen superficiel nous a permis de dénoter ces lésions, on observe tout d'abord que ces zones d'atélectasie ou d'hépatisation affectent la forme générale d'un triangle dont la base correspond a la plèvre. Cette forme triangulaire tient au mode de division normal des bronches et à l'origine bronchique des lésions du parenchyme.

Les zones enflammées (splénisation et hépatisation),. qui sont de beaucoup les moins étendues, présentent à la coupe une surface lisse ou quelquefois très légèrement granuleuse; . il s'en écoule une quantité très faible de suc sanguinolent et spumeux, qui n'est pas à comparer avec l'énorme quantité de liquide que donne la coupe d'un foyer de pneumonie franche. — La surface de coupe présente un aspect tantôt rouge

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uniforme, tantôt bigarré : les noyaux de pneumonie plus ou moins rouges suivant le degré de leui's lésions, tranchent en saillie sur les parties voisines. Çà et là se montrent disséminés les orifices arrondis, élargis, béants des bronchioles d'où la pression fait sourdre des gouttelettes de pus jaunâtre épais.

Quant aux grosses bronches, leur muqueuse est presque intacte, à peine un peu rosée ; parfois sur leurs parois se dépose une mince couche de pus jaunâtre, spumeux, qui vient des lobules et des bronchioles abcédés.

La surface de la coupe des zones atélectasiées est remarquablement sèche et unie; sa couleur est d'un bleu violacé ; la pression n'y fait sourdre des orifices normaux des bronchioles qu'un peu de mucus sanguinolent, mais jamais de pus. Déprimées par rapport aux parties voisines, la coupe leur rend d'habitude leur aspect normal, sans qu'il soit besoin pour cela d'avoir recours à l'insufflation.

La coupe des lobules distendus par Vemphysème détermine leur afîaiblissement immédiat : on ne voit plus dès lors à leur place qu'un tissu spongieux crépitant sous la pression du doigt.

On pourrait presque passer sous silcnci' les lésions dos organes autres que le poumon, tant elles sont rares, inconstantes dans la broncho-pneumonie.

La rate est parfois légèrement hypertrophiée, toujours dure, surtout dans les cas suraigus, principalement chez l'adulte.

Parfois aussi on note de la congestion du foie, des reins, des méninges, lésions plus vraisemblahlemonl imputables à l'asphyxie qui a précédé la mort qu'à l'infection qui est assez peu fréquente, dans la bronchopneumonie, surtout chez l'enfant.

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