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ÉVOLUTION DES LÉSIONS

Les lésions que nous venons d'étudier, pour ne ])arl('r que des lésions inflammatoires, peuvent évoluer dans divers sens. Les lésions mécaniques disparaissent avec la cause qui les a déterminées, c'est-à-dire avec les lésions inflammatoires : elles disparaissent généralement sans laisser de traces; seul l'emphysème peut être l'origine de lésions emphysémateuses chroniques, indélébiles, que nous nous contentons de signaler sans y insister davantage.

L'évolution des lésions inflammatoires est d'autant plus facile et plus intéressante à suivre que, comme nous l'avons vu, chaque foyer de broncho-pneumonie

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

évolue pour ainsi dire pour son propre compte, et que, pour peu que la pneumonie lobulaire dure plus d'une semaine, ce qui est la règle, on peut, dans un même poumon, observer en certains points des lésions récentes, alors que dans d'autres on les verra entrer en résolution, *ou bien suppurer, ou bien même commencer à se scléroser.

Les lésions inflammatoires de la broncho-pneumonie peuvent aboutir en efl'et :

À la résolution; A la suppuration; A la sclérose.

1° Résolution. — Toute lésion de broncho-pneumonie, quel que soit le degré qu'elle ait atteint, peut aboutir à la résorption de l'exsudat et à la guérison, sans qu'il persiste de trace apparente de la lésion. L'exsudat subit la transformation granulo-graisseuse et disparaît par résorption; l'épithélium alvéolaire et bronchique se reconstitue, et toute trace de lésion disparaît.

Malheureusement, ce mode de terminaison est loin d'être le plus fréquent, et en tous cas la résolution est extrêmement lente.

2" C'est à la suppuration qu'aboutissent le plus souvent les lésions de la broncho-pneumonie. — La suppuration ne survient que lorsque l'affection dure un certain temps ; on ne la constate guère que 8 on 10 jours après le début; elle est extrêmement fréquente chez l'enfant où la durée de la broncho-pneumonie dépasse le plus souvent cette limite de temps. En un mot, la bronchopneumonie suraiguc ne suppure pas, la broncho-pneumonie subaiguë suppure presque toujours.

Nous avons vu que dans le lobule l'inflammation progressait toujours de la bronche vers l'alvéole, et que les lésions étaient toujours plus anciennes et plus marquées dans les bronches que dans les alvéoles qui en dépendent.

Mais, pendant que l'inflammation se propage suivant

BHONCHO-PNEUMONIK

La conlinuité des voies aériennes de la bronche à l'alvéole, elle s'étend aussi en contiguïté; c'est ainsi que la bronchite et la péribronchite aboutissent à la constitution de ce que M. Cliarcot a étudié et décrit sous le nom de nodule peribronchique.

L'infiltration leucocytique qui occupe les paroTs des bronchioles, gagne progressivement le tissu conjonctif qui les entoure, refoule d'abord les alvéoles voisins puis les englobe dans sa masse, ainsi que l'artériole pulmonaire satellite de la bronche. On voit alors autour d'une bronchiole dont les parois sont détruites et la lumière comblée par les leucocytes, une infiltration leucocytique plus ou moins étendue, englobant les alvéoles les plus proches et comblant leur cavité : ces alvéoles sont déformés, aplatis, allongés, incurvés en croissants qui enveloppent la bronche d'une série de cercles concentriques ou excentriques par rapport à la bronche, suivant les hasards de la coupe. Généralement, ce nodule est plus étendu du côté de la bronche opposée à l'artériole : celle-ci semble s'opposer dans une certaine mesure à l'extension de l'infiltration des leucocytes vers les alvéoles qu'elle sépare de la bronche.

Ce nodule péribronchique, si fréquent qu'il soit dans les broncho-pneumonies subaiguës, n'est donc qu'un accident de l'évolution de la péribronchite : la propagation de l'inflammation suivant la continuité des voies aériennes est la règle; son extension, suivant la contiguïté des tissus, est l'exception.

L'infiltration leucocytique, qui progresse de la bronche comme centre vers la périphérie du lobule, aboutit à la suppuration qui natur(>llenient jirogresse dans le même ordre.

Uabcès péribronchique s'élargit de plus en phis et l'orme ainsi ce que l'on a nommé les grains jaunes et les vacuoles.

Si tous les anatomistes s'accordent h donner le nom de grains jaunes aux abcès péribronchiques, tous ne

AXATOMIE PATHOLOGIQUE

s'accordent pas sur ce que l'on doit désigner sous le nom ÛQ vacuoles; tandis que quelques-uns accordent cette dernière dénomination aux abcès lobulaires, d'autres la réservent aux vésicules d'emphysème dans lesquelles du pus aurait été mécaniquement projeté.

Parfois, mais très rarement, l'ouverture de ces abcès dans la cavité pleurale peut donner lieu à la formation d'un pyo-pneumothorax.

30 Sclérose. — La suppuration n'est pas précoce,^ et nous venons de voir que le nodule et les abcès péribroncliiques étaient des accidents plus ou moins tardifs de l'évolution de la broncho-pneumonie n'appartenant déjà plus à sa phase aiguë. Si la mort ne survient pas au moment de la suppuration, les lésions peuvent tendre à la réparation, réparation toujours incomplète, qui se manifeste anatomiquement par la tendance à la sclérose, cliniquement par une allure plus torpide des phénomènes généraux et une gravité moindre des troubles fonctionnels.

A cette phase chronique de la broncho-pneumonie, les poumons ont un aspect tout différent de celui qu'ils présentent pendant les périodes aiguës ou subaiguës : les zones d'inflammation de la période aiguë, c'est-àdire les parties postérieures et inférieures des poumons, ont une couleur rose, violacée, leur consistance est dense, . leur coupe lisse, sèche, dépourvue de granulations ; en ces points le tissu pulmonaire offre l'aspect de la chair musculaire, d'oii le nom de carnisation que Legendre et Bailly avaient donné à l'ensemble de ces lésions dont MM. Gharcot, Rendu, Ollivier et Balzer ont fait une étude très complète. La coupe des poumons carnisés y montre les orifices nombreux, arrondis, des bronches dilatées dont les parois sont détruites et la cavité remplie d'un pus jaunâtre épais. Cette dilatation des bronches est parfois tellement prononcée qu'elle donne aux poumons un aspect aréolaire qu'on a comparé à la coupe d'un fromage de gruyère.

UHOXCllO-l^NEUMOX IK

L'examen microscopique dénote autour des bronches la formation de tissu conjonctif jeune avec des noyaux nombreux où se montrent quelques fibrilles conjonctives : c'est le début de la sclérose. Ces parois conjonctives sont revêtues d'un épithélium cubique, mais les fibres musculaires y ont disparu. Dans cette plaque de sclérose au milieu de laquelle est percée la lumière de la bronche, on trouve près de celle-ci l'artériole dont les parois sont également épaissies, mais sans que sa lumière soit rétrécis.

Ces lésions de réparation, ou pour mieux dire de sclérose au début, se retrouvent dans les parois des alvéoles qui sont extrêmement épaissies par du tissu conjonctif jeune et dont l'épithélium aplati est remplacé par des cellules cubiques. Par places on trouve encore, dans la cavité de l'alvéole, les traces de dégénérescence graisseuse des cellules desquamées et en voie de résorption.

Les espaces interacineux et interlobulaires sont également épaissis par la sclérose.

Ces lésions, on le voit, tendent à la sclérose, h la cirrhose du poumon, et, en effet, Valrophie scléreuse de cet organe sera le terme ultime de leur évolution.

Le poumon peut être réduit au volume du poing : sa couleur est ardoisée, sa surface sèche et lisse, sa consistance dure; il crie sous lè couteau. La plèvre lui forme une coque épaisse; ;\ la coupe apparaissent les orifices toujours plus ou moins dilatés des bronches. On comprend la conséquence de cette atrophie scléreuse du poumon, les déformations thoraciques et fréquemment les lésions cardiaques qui s'en suivent; aussi peut-on prévoir que de telles lésions, heureusement assez rares et en tous cas très rarement aussi prononcées, seront incompatibles avec une longue durée de l'existence.

ÉVOLUTION CLINIQUE

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