FORMES ANATOMIQUES
Les formes nnntomiques de la broncho-pneumonie ont été multipliées comme à plaisir; on en a créé de diiïérentes suivant le siège des lésions, suivant leur degré, suivant leur confluence ou leur dissémination. Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'entrer dans le détail d'une description qui n'aurait aucun avantage, et de plus présenterait le défaut grave de rendre encore plus confuse une question déjà si complexe.
Parmi les formes nombreuses qu'on a décrites, nous en maintiendrons quelques-unes dont la distinction repose non seulement sur des données anatomiques bien établies, et sur une symptomatologie différente, mais peut-être aussi sur des origines microbiennes distinctes.
f. — La forme la plus fréquente et la plus caractéristique est la foî^me lobulaire à foyers disséminés, celle que son aspect a fait également nommer la bronchopneumonie mamelonnée : elle peut être considérée comme le type de la broncho-pneumonie; c'est d'ailleurs la forme la plus fréquente de la bronclw-pneumonie do l'enfant, et l'étiologie nous enseignera que la bronchopneumonie est une affection presque spéciale à l'enfance. Cette forme que nous avons prise pour type dans la description des lésions anatomiques de la bronchopneumonie, est, on se le rappelle, caractérisée par des lésions irrégulièrement réparties dans les régions inférieures et postérieures des deux poumons où les foyers lobtdaires enflammés forment dos mamelons saillants au-dessus des lobules sains qui les environnent. Isolés ou réunis en foyers d'étendue variable, les lobules
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enflammés se présentent tous h des degrés variables de l'évolution des lésions ; dans tous, la bronchiole et le lobule qui en dépend sont atteints, mais dans tel lobule la bronche sera légèrement lésée et les alvéoles à peine splénisés, alors que la bronchiole du lobule voisin sera détruite, et le lobule abcédé dans sa totalité.
II. — Dans la bronchite capillaire, les lésions sont plus confluenles, plus cohérentes; elles occupent dans les parties postérieures des poumons des territoires très étendus; elles sont donc groupées d'une façon diiïérente; elles sont aussi tout autrement réparties dans le lobule.
La bronchiole est lésée plus ou moins profondément, tandis que les alvéoles ne sont atteints que très suiierficiellement. Même on avait cru longtemps à la localisation stricte des lésions à la bronchiole et à l'intégrité des alvéoles ; mais en réalité, dans la bronchite capillaire, l'épithélium ah'éolaire est toujours lésé, si légèrement que ce soit.
La bronchite capillaire est en somme une bronchopneumonie dans laquelle les lésions lobiilaires sont si généralisées, si confluentes que la mort survient <à la période bronchitique, initiale, avant que l'alvéole ail pu être profondément lésé.
Aussi l'évolution clinique de la bronchite capillaire est-elle rapide, souvent même presque foudroyante : l'asphyxie détermine la mort bien avant que l'infection ait eu le temps de se généraliser; cela nous explique I;i dénomination de catarrhe suffocant sous laquelle on la désigne souvent en clinique.
m. — La forme pseudo-lobaire occiqie jiour ainsi dire une place inlermédiaii-e entre la foi'ine loltulaii'e disséminée et la bronchite capillaire : ses lésions sont plus group(;es, plus conglomérées que celles de la fornuj lobulaire disséminée ; elles sont moins étendues, plus limitées que celles de la bronchite capillaire.
Occupant également la bronchiole et le lobule, elles
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
y sont plus uniformément réparties que dans les formes précédentes; bronchiole et lobule sont lésés presque au même degré. Les lésions des divers lobules d'un même foyer sont enfin plus simultanées que dans la forme lobulaire disséminée.
En somme, la forme pseudo-lobaire de la bronchopneumonie est anatomiquement caractérisée par la répartition plus ou moins régulière des lésions inflammatoires, sinon dans un lobe entier, du moins dans un territoire toujours assez étendu du parenchyme pulmonaire. Le territoire entier qu'elles occupent est constitué par des lobules enflammés, sans interposition entre eux de lobules sains ou atteints de lésions d'ordre mécanique.
De nombreux caractères rapprochent donc cette forme de pneumonie lobulaire, de la pneumonie lobaire : la topographie des lésions, et, comme nous le verrons, le mode d'évolution clinique sont de nombreux points communs entre la broncbo-pneumonie pseudo-lobaire et la pneumonie lobaire franche.
Il est vrai que dans un foyer pseudo-lobaire de broncho-pneumonie, les lésions se présentent dans les lobules multiples qui le constituent, à des stades divers de leur évolution; les lésions des bronchioles y sont d'autre part plus accentuées que dans la pneumonie franche. Mais on n'ignore pas que dans un même foyer de pneumonie franche, les lésions ne sont pas dans tous les points au môme degré, et que les lésions bronchiques, si faibles qu'elles soient, y sont constantes.
On doit enfin noter, dans la broncho-pneumonie psimdo-lobaire, un caractère constant qui manque souvent dans la pneumonie lobaire: il s'agit du siège bilatéral des lésions. Presque toujours, en effet, un foyer pseudo-lobaire de broncho-pneumonie s'accompagne dans l'autre poumon d'un foyer toujours plus restreint de lésions inflammatoires, simulant souvent la forme lobulaire disséminée, n'était l'absence
BRONCHO-PNEUMOXIE
d'interposition de lobules sains entre les lohnlos lésf's.
Nous nous garderons d'interpréter ici la pathogénie de ces difTérentes formes de la broncho-pneumonie; cette question ne pourra être traitée que lorsque nous en aurons étudié les causes. Nous voulons nous en tenir à leur description anatomique, en faisant ressortir les caractères qui les distinguent, ceux qui les différencient comme ceux qui les rapprochent.
— Nous ne nous sommes appuyé, dans la diffcu-onciation de ces diverses formes, que sur la répartition topographique des lésions inflammatoires. Les lésions mécaniques, l'atclectasie et l'emphysème n'y jouent aucun rôle, car dans ces trois formes elles sont presque constantes chez l'enfant, beaucoup moins fréquentes chez le vieillard, très rares chez l'adulte. Seul en effet l'âge dti malade les provoque : l'étroitesse des bronches et le degré variable des forces respiratoires en sont la cause et nous verrons dans quelles proportions variables on doit faire intervenir ces causes dans leur détermination aux âges extrêmes de la vie.