‹ Bronzes grecs d'Égypte de la collection FouquetChapitre 18 sur 58 · HERMÈS AU PÉTALE DE LOTUS · texte numérisé non relu

HERMÈS AU PÉTALE DE LOTUS

Nous décrivons sous cette rubrique une série de représentations, où Hermès est muni d’une caractéristique sur laquelle, pendant ces quinze dernières années, on a beaucoup discuté. Dans cette languette pointue et flexible qui se dresse sur le front du dieu, faut-il reconnaître un attribut végétal (feuille ou pétale), ou une plume ? J’ai opté autrefois pour la première hypothèse (Rev. Arch., 1903, I, p. 392); je dois reconnaître aujourd’hui que la plupart des archéologues qui se sont occupés de la question se sont, à la suite de Furtwângler ( Bonner Jahrbücher, t. CIII, p. 6 ; t. CVII, p. 45 ; t. CVIII/CIX, p. 24o ; t. CXIV/CXV, p. 192), prononcés pour la deuxième.

Avant Furtwângler, les archéologues qui tenaient pour la plume, en donnaient une explication inadmissible : « La tête de Mercure, écrivaient Babelon et Blanchet (Bibl. Nat., p. 157), est parfois surmontée d’une plume en guise d’aigrette. Comme dieu de l’éloquence, Mercure est uni à Apollon ; la plume cpii surmonte sa tête est un attribut des Muses. » Moyennant quoi, Babelon et Blanchet classaient sous les rubriques « Herm-Apollon « (sic) et « Hermès-panthée » les statuettes dont la tête est coiffée de l’attribut en

question (Bibl. Nat., n° 356-360). C’était faire erreur sur le sens du mot « panthée ». Il ne doit s’employer que pour des représentations syncrétiques, en qui s’amalgament les symboles d’une foule de divinités, omnium deorum argumenta habentes (Ausone, Epigr. XLVIII, p. 330, Peiper), telles que le relief de Phrygie publié dans BCH, 1899, pl* É les reliefs si curieux entrés naguère au Musée du Caire, ou encore certaines monnaies d’Alexandrie (Poole, pl. XXVI, 845, 85o, 853) ; et l’on ne connaît pas, que je sache, de Mercurius pantheus (cf. Roscher, Lexicon, s. v. Pantheus ; Archiv fur Papyrusforschung, II, p. 546, n° 24). Ajoutons, pour achever l’hypothèse de Babelon et Blanchet, que les Muses sont représentées avec deux plumes plantées dans les cheveux (deux des plumes qu’elles arrachèrent aux Sirènes, quand elles, les eurent vaincues au concours du chant, à Aptéra en Crète). Avec la double plume des Muses, l’attribut de nos Hermès n’a rien à voir.

Poole, dans son catalogue des monnaies d’Alexandrie et des Nomes, p. XLIV, fait cette remarque générale : Greeh types are not ajfected by Egyptian, but Egyptian by Greeh. Si la théorie de Furtwângler sur la « plume » d’Hermès était vraie, il faudrait admettre une importante dérogation à l’aphorisme de Poole. Car, d’après Furtwângler, la « plume » d’Hermès serait d’origine égyptienne. Elle témoignerait de l’assimilation qui aurait syncrétisé dans l’Égypte gréco-romaine l’Hermès grec et le Thot égyptien. Cette assimilation est certaine. Je n’en veux d’autre preuve que l’épitaphe, d’un jeune homme, natif de Lycopolis (Assiout), mort à Alexandrie et enterré en Abydos : vâv 6’ ’ÀD’jSï]vai.oi) xôv ’OasLftSo' oc.p.<pt.TCoXe''jCx> | Gôxov, xal çGipévcov où x sîcocrïjffa SépouT j àGavàrwv xal xéxva pspoppsvov olrov ïtzzigw, \ oCk)1 otxsï paxâjwv HXùatov TtsiVov' | IvG’ apa rca toi Gsôv p àyayùv Ki>XVi]vioç ’EppYj? | ÎSpuas, xal A-^Gï)? oùx stciov XtëâSa (CIG, n° 4708 ; Frohner, Insc. grecques du Louvre, n° 161 ; Cougny, Anth. pal., t. III, p. 137, n° 282). Ce jeune homme, que ses parents ensevelirent en terre sainte, près d’Osiris, selon le rite antique, était évidemment un Égyptien, mais un Égyptien hellénisé, pour qui les Champs Élysées étaient identiques aux Champs de Yalou, et l’Her-

mès du Cyllène identique au vieux Thot égyptien.

Si l’assimilation qui a amalgamé Thot et Hermès est un fait indéniable, les raisons de ce syncrétisme sont complexes et assez obscures. Ce qu’on entrevoit de plus clair dans les explications proposées (L. Ménard, Hermès Trismégiste, 3' éd., p. XXXIV; Pietschmann, Hermes Trismegistos, Leipzig, 1S75, p. 29), c’est, premièrement, que Thot, étant le dieu de la parole, a rappelé aux Grecs leur rEp{JL*q^ — deuxièmement, que les Grecs durent établir un rapport entre leur Hermès, dieu de l’invention ingénieuse (sp|j.tjvs!.'a), et Thot, qui selon les Égpytiens avait inventé toute science — troisièmement, que le rôle funéraire dévolu à Thot rappelait aux Grecs les fonctions d’Hermès psychopompe : Thot, qui avait ressuscité Osiris par la magie, rendait le même service aux morts osiriaques ; il les instruisait et les munissait des formules nécessaires pour échapper aux dangers dont était semé le chemin d’outre-tombe ; parfois même, il les transportait sur ses ailes dans la salle du jugement (Sourdille, Hérodote et la religion de l’Egypte, p. 205), car Thot est un dieuoiseau, l’oiseau Tehouti, l’ibis. Et ceci a dû être une raison de plus, pour l’identifier avec Hermès : l’un et l’autre participaient de la nature des oiseaux, Thot par sa tête d’ibis, Hermès par les ailerons de ses pieds, de sa tête et de son caducée (nuntius aies : Ovide, Héroides, XVI, 68. Cyllenius aies: Valerius Flaccus, Argon., IV, 385).

Ainsi, d’après Furtwângler, les monuments figurés qui montrent Hermès portant sur le haut de la tête, entre les deux ailerons, une plume droite, seraient en réalité des images syncrétiques d’Hermès-Thot ou, pour parler comme l’Égypte grecque, d’Hermès Trismégiste.

Quelle que soit l’autorité de Furtwângler et des savants qui ont adopté son interprétation, Loeschcke ( Bonner Jahrbücher, t. CVII, p. 48) et Th. Schreiber (Studien uber das Bi/dnis Alexanders, p. i46), il ne faut pas se dissimuler qu’elle ne s’impose pas encore comme vérité démontrée. Nous connaissons d’autres divinités grecques et gréco-égyptiennes qui portent des plumes sur le front — les Muses, comme nous le rappelions

tantôt, et Isis, qui à l’époque gréco-romaine a souvent deux plumes sur le front, l’une à droite, l’autre à gauche des symboles lunaires de son diadème. Or, il n’y a aucune ressemblance entre les plumes dont sont parées les Muses ou Isis, et la soi-disant plume qui surmonte le front d’Hermès. Cet attribut, qui dans la plupart des cas rappelle tout à fait la feuille qui s’érige sur la corne d’abondance, est parfois, dans les plus grandes statuettes (par exemple pl. XVII), creusé d’un fort sillon en son milieu et recourbé en arrière d’une façon qui ne semble guère vraisemblable pour une plume. D’autre part, s’il est vrai que les Gréco-Égyptiens ont mêlé dans un syncrétisme bizarre Hermès et Thot, ce syncrétisme n’a eu cours, ce semble, qu’en Égypte seulement, alors que les statuettes d’Hermès à la plume se sont rencontrées dans tout le monde gréco-romain.

Hermès Trismégiste n’a de grec que le nom. Son surnom de Trismégiste n’est grec qu’en apparence; c’est le superlatif d’un superlatif, la traduction d’une expression égyptienne. Le texte grec de l’inscription de Rosette (Dittenberger, OGIS, n° 90, 1. 19) parle d’'Eç>[rî]Ç 0 piyocç xal [jiéyaçr ; d’autres inscriptions grecques qualifient tel ou tel dieu égyptien — notamment Soûyoç, le dieu-crocodile — de 0eoç fiiyaç, piyaç. Ces expressions sont calquées sur le superlatif égyptien, lequel s’obtenait par la répétition du positif (Pietschmann, Hermes Trismegistos, p. 35). Le surnom de TpujpiyiaTOÇ, dont Hermès-Thot fut gratifié à l’époque romaine, équivaut au surnom de « neuf fois grand » que lui donne un texte démotique, du Ier ou du IIe siècle de notre ère (Maspero, Contes populaires de l’Egypte, 3e édition, p. i46). Mais, pour le dieu que désigne le nom grec d’rEç>[vfç Tpiffpiyurcoç, il est égyptien uniquement, car l’Hermès grec n’a pas créé le monde, il n’entend rien à la magie. Ainsi, Hermès Trismégiste, c’est Thot afFublé d’un nom grec.

Avec les images de l’Hermès « à la plume », il en va tout autrement ; sauf cette « plume », hypothétique, qu’y a-t-il pour Thot dans ces innombrables effigies? Rien. Elles représentent inlassablement Hermès avec ses attributs hellé-

niques, le caducée, insigne des messagers, la bourse, symbole des échanges commerciaux, le coq, symbole de l’agonistique. Jamais elles ne lui prêtent l’ibis, qui est la forme animale de Thot, ou aucun autre symbole égyptien. Si, dans les livres hermétiques, Hermès Trismégiste n’est autre que Thot, inversement les statuettes d’Hermès a à la plume » ne nous montrent que l’Hermès grec.

A cet égard, l’une des statuettes de la collection Fouquet me semble particulièrement instructive. C’est le grand Hermès « à la plume » reproduit sur la planche XVII. Le dieu, qui portait peut-être le petit Dionysos dans le pan de sa chlamyde, tenait dans la main droite la corne d’abondance. Cette statuette représentait donc Hermès, non pas comme magicien, mais comme dieu de l’abondance, 7c)vouToSérr)£. Or, Thot n’est pas un dieu TuXou'coSd'nrjç. L’argument a d’autant plus de valeur, que la statuette en question paraît bien la plus ancienne de toutes celles qui représentent Hermès « à la plume » : c’est, je crois, une œuvre de la période hellénistique, et plutôt de la première partie de cette période que de la dernière.

Je crois donc devoir persister dans l’opinion que je soutenais en 1903, à savoir que la prétendue plume qui se dresse sur le front de la plupart des statuettes d’Hermès datant de l’époque impériale, est en réalité un pétale de lotus. Dans ce que j’écrivais à ce sujet, je voudrais corriger seulement le passage concernant la tête de marbre blanc, trouvée à Carthage et conservée aujourd’hui au musée d’Alger (Rev. Arch., 1903, I, p. 394). Elle représente un jeune homme imberbe, aux joues encadrées de longs cheveux et coiffé du modius. A cause du modius, Audollent (Carthage romaine, p. 649) s’est obstiné à y reconnaître Sarapis. Mais Sarapis n’a jamais été figuré sous les traits d’un éphèbe imberbe, et il ne pouvait l’être. Ne connaissant cette tête que par une photographie à petite échelle, j’avais cru y reconnaître Antinoos divinisé, assimilé à Sarapis (on sait qu’ Antinoos périt dans le Nil, et reçut en Égypte, plus encore que dans le reste de l'Orient grec, les honneurs divins). Gsell a certifié que cette explication était impossible, la tête en

question ne ressemblant point au type ordinaire d’Antinoos (Mélanges de Rome, 1903, p. 317). Mais Gsell se bornait à ce résultat négatif. J’aurais trouvé la solution juste, si j’avais eu en ce temps-là entre les mains une description illustrée des monnaies d’Alexandrie. Poole, dans son admirable catalogue (pl. XVIII, i5o6, 1678, p. LXVIII), en a reproduit deux où l’on voit le dieu que représentait la tête de Carthage, Hermanoubis, avec le modius et devant le modius, le pétale de lotos. Le vrai nom de la tête de Carthage a été donné par Fôrster (A rch. Jahrbuch, 1904, p. i42) suivi par Furtwângler (Bonner Studien, t. CXIV|CXV, p. i95).

Anoubis, à cause du rôle qu’il jouait dans le Jugement des âmes, avait été assimilé par les Grecs avec Hermès. D’où le nom d’Hermanoubis (Plutarque, De Is. et Osir., 61), sous lequel l’adoraient les Alexandrins, dont il était l’une des principales divinités. Le modius dont il est coiffé prouve qu’il appartenait au cycle de Sarapis; et la tête trouvée à Carthage, que son culte avait été transporté hors d’Alexandrie, dans les grandes villes commerçantes où les négociants d’Alexandrie avaient des comptoirs. On est surpris qu’il 11e soit point question d’Hermanoubis dans le livre de Lafaye, Les divinités d'Alexandrie hors de l’Egypte. A Alexandrie même et en Égypte, le culte d’Hermanoubis est attesté par d’autres monuments encore que des monnaies, par le relief de la collection Hérold à Alexandrie (Arch. Anz., 1905, p. 68 et 1906, col. i4i, fig. 13), par le moule de Memphis où Hauser (Jahreshefte, 1905, p. 85 ; cf. les réfutations d’Edgar, dans Jahreshefte, 1906, p. 27 et de Furtwângler, dans Bonner Jahrbïicher, t. CXIV/CXV, p. ig5), a voulu, à tort, reconnaître Pliilopator, par la statuette en bronze de la collection Sinadino, où Schreiber (Studien zur Bildnis Alexanders des Grossen, p. i45) a cru reconnaître Alexandre le Grand ; mais les attributs du bronze Sinadino n’ont rien à voir avec le dieu Alexandre ; ils s’expliquent par la nature complexe d’Hermanoubis, qui tient à la fois d’Anoubis, dieu funéraire, et d’Hermès, dieu du commerce et de l’agonistique : le bronze en question est coiffé du modius (symbole funéraire), et il

tient la palme et le caducée. Dans la pompe isiaque de Cenchrées, le prêtre qui ibat tertius attolens palman aitro subtiliter foliatam nec non Mercuriale etiam caduceum, portait les symboles d’Hermanoubis.

Les statuettes d’Hermès au pétale de lotus sont légion. Il n’est pas de collection de bronzes antiques un peu importante qui n’en possède un certain nombre. A la liste donnée dans le Lexicon de Roscher, t. I, col. 242 5 sq., on ajoutera Saint- Germain, nos 48 sq (bibliographie à la page 67, note 3); Bonner Jahrbücher, t. CIII, p. 7 ; t. CVII, p. 48 ; Animal of tlie British School at Athens, t. III, pl. X; BCH, 1902, p. 231 (où l’on a parlé, par inadvertance, de bouton de lotus) ; Coll. De Clercq, pl. XXXVIII, 2, nos 230-231; Caire, n° 2763S ; Rép., II, p. i54, nos 4, 5, 8, p. 162, n° 9 ; III, p. 43, n° S, p. 46, nos 7 et 10, p. 48, n° 6; IV, 78, n° S, 92, nos 3 et 6, 98, n° 3. Ces indications n’ont pas la prétention d’être complètes ; je ne les donne que pour montrer combien sont nombreux les Hermès de bronze qui offrent cette particularité. Il y faut joindre des Hermès de terre cuite, d’époque impériale, trouvés en Egypte (un dans la collection Furtwângler, publiée dans les Bonner Jahrbücher, CVIII/CIX, p. 24o, pl. VIII; un autre, inédit, haut de 207, dans la collection Fouquet ; d’autres au musée du Caire, publiés par Edgar, Jahreshefte, 1906, p. 27).

On notera que la prétendue « plume » de ces Hermès de terre cuite n’est pas sans analogie avec le prétendu « apex » qui surmonte la tête de certaines statuettes d’Asie Mineure ( Myrina , p. 44g, pl. XL1, 1). Les Isiaques sur les fresques du musée de Naples (Moret, Rois et Dieux d’Égypte, pl. XV) ont sur la tête un ornement qui ressemble à celui dont nous parlons. Enfin, dans une peinture de Pompéi ( Museo Borbonico. t. X, pl. 2 = Roscher, Lexicon, t. II, col. 275), qui représente l’arrivée d’Io en Egypte, la fleur de lotus surmonte la tête d’Isis, d’Harpocrate, du Sphinx et des prêtresses d’Isis, comme elle surmonte la tête des Sphinx barbus des stucs de la Farnésine (Monumenti, XII, pl. 18). Si nos Hermès portaient sur la tête eux aussi une fleur de lotus, on n’en serait pas surpris ; car le lotus est en Égypte le sym-

bole religieux par excellence (cf. Rochemonteix, Œuvres diverses, t. III, p. 177-178). Mais ils portent, au lieu de la fleur entière, simplement un pétale de cette fleur. De plus habiles sauront trouver pourquoi.

40. — PL XVII. H. 290. Tell Moqdam. Devenu noirâtre, à la suite d’un nettoyage mal fait. Fonte pleine.

Hermès nu, debout, marchant, la jambe droite avancée, la tête de trois quarts à droite, l’œil fier. La chlamyde est agrafée sur l’épaule droite ; la main gauche en tient le bord à poignée, et relève l’étoffe ; dans le repli ainsi formé devait se trouver je ne sais quoi, qui a disparu (peut-être le petit Dionysos). Le bras droit formait une pièce à part. La main droite tenait une corne d’abondance, dont il ne reste que le bas (comparer la corne d’abondance décrite infra, n° 4i et reproduite pl. XXXIV). La tête est coiffée d’un strophion. Les cheveux en courtes mèches. Le blanc de l’œil est formé par une plaque d’argent, au milieu de laquelle une pièce rapportée, disparue aujourd’hui, indiquait la pupille.

La statuette était fixée sur un support, dont il ne reste plus qu’une partie, et qui avait la forme, ce semble, d’une fleur ouverte. M. Marty, dans sa pliototypie, a supprimé ce support. Je me suis aperçu de cette suppression trop tard, quand la planche était déjà faite. Je donne ci-après un dessin du détail en question, qui a son importance, s’il y a un rapport entre la fleur qui sert de support à Hermès, et l’attribut végétal, pétale ou feuille, qui s’érige sur le front du dieu.

Les représentations qui donnent la corne d’abondance comme attribut à Hermès sont extrêmement rares. Ni Pottier (article Cornucopia dans le Dict. des antiquités), ni Sieveking ( Das Füllhorn bei den Rômern, diss. Erlangen, i8g5), n’en citent d’exemples. Le Lexicon de Roscher (t. I, col. 242 0), n’en cite qu’un, le relief attique publié par Conze ( Arch . Zeitung, 1SS0, pl. II, 4, p. 8). De la même époque est un relief reproduit par Schüne ( Griech . Reliefs, n° 11 S; Müller-Wieseler, Handbuch, II, 2, pl. 29, n° 325). Plus récente de près de deux cents ans était cette statue d’Hermès à la corne

d’abondance, qui servait d’horloge à eau sur le marché de Pergame (Kirchhoff, dans les Sitzungsbenchte der Berliner Ahademie, iSS4, p. 10; Inschriften von Pergamon, VIII, 1, n° 1S3). La corne d’abondance caractérisait Hermès comme dispensateur de la richesse. Sous l’empire romain, Hermès 7tXouTo86nr]ç est caractérisé par le sac d’argent. La substitution du sac rempli de monnaie à la corne remplie des fruits de la terre symbolise le changement économique qui s’opéra entre la pé-

riode grecque, où l’agriculture était la source principale de richesse, et la période impériale, où, grâce à la paix romaine, le commerce prit une importance prépondérante.

On n'hésitera pas, d’après le style de notre statuette, à la dater de la période hellénistique, et même d’une époque assez haute dans cette période. Le port de la tète, le regard léonin, la petitesse du crâne par rapport à l’élancement du corps, autant de caractéristiques du type créé au quatrième siècle par Lysippe (sous l’influence, pour le visage, du type scopasique). Ainsi, à 1 époque hellénistique, Hermès aurait gardé, en

Égypte aussi bien qu’à Pergame, l’antique attribut hellénique de la corne d’abondance, symbole de l’sijxaç7tta. Cet attribut lui convenait particulièrement bien en Égypte, où la richesse vient si évidemment de la terre, et où, pour cette raison, tant de divinités portent la cornucopia, Isis, Tyché, Éniautos, le Nil, les Souverains (cf. Nilsson, Timbres amphoriques de Lindos, dans le Bull, de P Acad. de Danemark, 190g, pp. 16S-173 du tirage à part).

41. — PL XXXIV, à gauche en haut. H. 120. Basse Égypte. Belle patine vert sombre.

Corne d’abondance, détachée d’une statuette. Elle est pareille à celle que devait porter l’Hermès de la planche XVII.

42. — PL XVI, à droite en bas. fl. 77. Athribis. Vert sombre.

Peson en forme de tête d’hermès, de type athlétique, emprunté à l’art du quatrième siècle. Sur le haut de la tête, les ailerons saillent hors de la chevelure. Entre les ailerons, s’érige le pétale de lotus.

43. — PL XVI, au milieu. H. 121. Patine vert clair, luisante. Fonte pleine.

Hermès nu, debout, le poids du corps portant sur la jambe droite. Il est couronné de feuillage, d’olivier probablement. Au dessus de la couronne, entre les ailerons, le pétale de lotus, accoté de deux petits objets indistincts, où je me demande si l’on ne pourrait pas reconnaître, sinon des bourgeons (cf. Guimet, Le dieu aux bourgeons, dans les C. R. de P Acad, des Inscr., 1905, p. 121), du moins des boutons de lotus ou de papyrus. La main droite tendait un sac d’argent, qui est aujourd’hui cassé au ras du poing. Le manteau plié pend de l’avant-bras gauche. Dans la main gauche le caducée. Les têtes des deux serpents sont surmontées d’une crête. Peut-être ces deux serpents sont-ils des Agathodémons, et plus précisément les deux Agathodémons (l’un mâle, l’autre femelle) d’Alexandrie.

44. — PL XVI, rangée du milieu, à droite. H. 37. Vert foncé. Fonte pleine.

Petite applique en forme de buste d’hermès. Manteau agrafé sur l’épaule droite. La tête regarde en haut à gauche. Elle portait le pétale (aujourd’hui brisé) entre les deux ailerons.

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