‹ Bronzes grecs d'Égypte de la collection FouquetChapitre 40 sur 58 · LA PALESTRE · texte numérisé non relu

LA PALESTRE

HO. — PI. XXXIII, à gauche en haut. H. 35. Basse Egypte. Fonte pleine. Patine brune.

Deux lutteurs, qui commencent une passe, en se prenant parles avant-bras et les coudes. Le corps, plié en avant, porte sur la jambe droite. Les visages se tournent vers les spectateurs. Les têtes sont coiffées du serre-tête des athlètes (sur cette coiffure, cf. Rev. Archéol., 1903, II, p. 2i4, n. 2).

Le type des visages n’est pas grec. Notre bronze, pourtant, est bien grec ; mais c’est un bronze grec d’Egypte, représentant des lutteurs indigènes.

Les athlètes égyptiens de race indigène étaient réputés ; en Grèce même, ils disputaient aux athlètes grecs les couronnes les plus enviées (Pausanias, V, 21, § i5; Elien, Hist. var., IV, i5; Philostrate, Heroicus, p. 293 ; cf. Lumbroso, L’Egitto dei Greci e dei Romani, 2 éd.,p. 111). On trouvera dans le savant ouvrage de Pierre Jouguet, La vie municipale dans l'Egypte romaine , p. 103, l’indication des textes papyrologiques où il est question des athlètes. Ces « professionnels » avaient en Egypte, comme dans le reste de l’Empire, une importance dont nous aurions eu peine à nous faire idée, il y a seulement quelques années, avant l'invasion des métiers sportifs. Les athlètes d’Egypte étaient affiliés au puissant syndicat de la 'lepà 4’jff-c oaq 7teft.TO)aff-ax7] auvoSoj tùv tcsçI 'HçaxMa xal xôv ’Ayuvt.ov xal tov AÙTOXfàcoça, qui avait des ramifications partout. La vogue dont les jeux athlétiques en général, et les concours de lutte particulièrement, jouissaient dans l’Egypte gréco-romaine, est attestée par de nombreux petits groupes de bronze représentant des lutteurs : un provenant de la Basse Egypte, dans la collection Graf à Vienne ( Arch . Anzeiger, 1890, p. i58, 4); un autre au musée du Caire (Jd., 1893, p. i5o, fig. 4 c = Caire, n° 27.712, pl. V); un autre au Louvre (Bull, des Antiquaires de France, 1901,

p. 355, n° 99); le plus remarquable a passé de la collection Gréau (Frohner, Coll. Gréau, pl. XXXIII, n° 965) dans la collection De Clercq (De Ridder, Coll. De Clercq, n° 2 54, pl. XLI, 4).

Je ne sais pourquoi nombre d’archéologues français ont accoutumé de qualifier de syriens ou d 'arabes (Bull, des Antiq., 1. 1. ; Saint -Germain, p. 312 ; Coll. De Clercq, p. 166, 168) ces lutteurs trouvés en Egypte.

Autre remarque : devant des bronzes comme ceux-là, certains antiquaires, qui ne peuvent voir de représentations de bossus sans penser à Esope (Bibl. Nat., n° 973), ne manquent pas de songer à Héraclès et Antée (Id., nos 5g5 et i42o). Je crois utile d’insister sur Bibl. Nat., n° i42o, car il s’agit d’un monument dont il ne paraît pas qu’on ait donné la description exacte, non plus que de l’objet similaire, possédé par le musée de Moulins (Saint-Germain, ^396). Ce sont des vases décorés de reliefs qui représentent des athlètes s’exerçant dans la palestre ou, plutôt, luttant dans le stade : deux se disputent le prix de la course, deux autres couples se disputent le prix de la lutte. Deux « hermes », l’un d’Héraclès, l’autre d’Hermès Agônios, représentent les divinités qui président à l’athlétisme. Il est étrange de reconnaître, comme le font les auteurs du Catalogue des Bronzes de la Bibliothèque Nationale, dans l’un des groupes de lutteurs (pourquoi dans l’un plutôt que dans l’autre?), Héraclès étouffant Antée : Héraclès aurait donc étouffé Antée dans une palestre, à côté de sa propre image ? De même, je ne puis croire que le groupe d’Abbeville (Saint-Germain, n° 124) représente Héraclès et Antée : ce sont deux éphèbes, deux beaux athlètes grecs, jeunes et minces. Au contraire, sur certaines monnaies d’Alexandrie (Poole, pl. VI, n° io54), où l’on voit deux lutteurs aux prises, il est croyable qu’il s’agit d’Héraclès et d’Antée. On ne pourrait nier, en effet, que la légende relative à cet exploit d’Héraclès, n’ait été populaire dans l’Egypte gréco-romaine. Le mythe faisait d’Antée un Libyen. Dans cette légende s’était symbolisée, dit-on, la lutte victorieuse des colonies grecques de Cyrénaïque contre l’hostilité des aborigènes (Pauly-Wissowa, art. Antaios), de même que dans la légende d’Héraclès et de Bou-

siris s’étaient symbolisées les luttes victorieuses des Hellènes contre les Égyptiens. La légende grecque de la lutte d’Héraclés contre Antée ayant pénétré de Cyrénaïque en Égypte, Antée fut assimilé avec un dieu indigène sur lequel les égyptologues sont encore très mal renseignés. Les monuments figurés qui le concernent datent de la période impériale ; ils le représentent comme une sorte de Zeus- Hélios-Sarapis (Golenischeff, dans la Zeitschrift für âgyptische Sprache, t. XXI, p. 135 et XXXII, p. 1 ; Maspero, Guide to tlie Cairo Muséum, p. 263 ; Edgar, Greek sculpture, p. 57, pl. XXVII) : « Les croyances du peuple égyptien pendant la période gréco-romaine, dit Erman ( Die âgypt. Religion, p. 223), sont souvent pour nous livre clos : qui est Thripis par exemple ? Qui est le dieu Phemnoer au Fayoum ? Et qui le grand dieu Antaios, dont une ville de la Moyenne Égypte, Antæopolis, avait pris le nom ? »

111. — Pl. XXXIII, au milieu. H. 123. Memphis. Vert gris. Fonte pleine.

Attache inférieure de Panse verticale d’une grande hydrie. En bas, palmette ; au-dessus de la palmette, dans un encadrement de rinceaux à boutons de lotus, un buste nu. Un fragment analogue dans la Collection Jules Samhon , pl. XXII, 403, est orné d’un masque tragique.

Le buste du fragment Fouquet représente un homme à forte carrure, au visage glabre, au crâne rasé (sauf une mèche sur le haut de la tête). Cette coiffure indique un athlète, et le type un athlète de race égyptienne. Cf. tant pour le type que pour la coiffure, le groupe de lutteurs, trouvé en Basse Égypte, qui de la collection Gréau (pl. XXXIII) a passé dans la collection De Clercq (pl. XLI, 4); le n° 953 de Bibl. Nat.; et la belle figurine trouvée à Autun (reproduite en dernier lieu dans les Jaliresliefte, 1909, fig. 63, d’où Rev. et. anc., 1910, p. 143), qui représente, non pas, comme le dit S. Reinach ( Saint-Germain , n°4gi), un bateleur, mais un pancratiaste. Nombre d’antiquaires français ont accoutumé d’appeler « arabes » ou « syriens » les athlètes de ce type. Je n'ai pas recherché à qui est due cette appellation. Elle est admissible, à la rigueur, pour des

monuments trouvés en Syrie, comme le vase d’Alep (Coll. Tyszkiewicz, pl. XIX), elle ne saurait convenir à des monuments trouvés en Égypte. Bien plus que l’Arabie et que la Syrie, l’Égypte produisait des lutteurs renommés. Pour les lutteurs égyptiens de la période romaine, voir le commentaire du numéro précédent ; pour la période hellénistique, cf. Hérondas, I, 27.

Noter le crâne rasé, sauf une mèche en haut de la tête. Non moins que le type du visage, cette particularité, que nous avons déjà constatée chez les nains boxeurs du type reproduit sur la planche XXIV et que nous retrouvons chez le bossu de la planche XXVIII et chez l’enfant de la planche XXXIII (n° 120), décèle l’origine indigène, égyptienne, de notre lutteur. Hérodote dit (III, 12) : « Dès l’enfance, les Égyptiens se font raser la tête; aussi le soleil leur durcit-il le crâne. » On sait que l’habitude d’avoir la tête rasée, sauf une mèche en haut du crâne, est scrupuleusement observée par les Musulmans. « Les Nubiens, comme les autres Musulmans, se rasent la tête, à l’exception du sinciput; les enfants, par un usage qui leur vient de l’Égypte antique, gardent une mèche au coin de l’oreille » (Rochemonteix, Œuvres diverses, p. 367).

LA GLADIATURE

112. — Pl. XXVII, en haut à droite. H. 60. Xoïs. Vert clair. Fonte pleine. Cette statuette, posée sur un fleuron, servait de manche de couteau.

Gladiateur de la catégorie des secutores, ou des « Samnites », la tête coiffée du morion à haute crête (galea cristata ), l’épais jambard ( ocrea ) à la jambe gauche, au bras droit le brassard (xsiç, manica; cf. Rev. ét. anc., 1903, p. 246). Il avance prudemment, pesamment, alourdi par son harnais, l’échine pliée, le corps abrité sous le bouclier. Le bras qui portait le bouclier a disparu. Le poignard ( sica ), que tenait la main droite, est cassé au ras de la garde.

Pour l’armement des gladiateurs a samnites » et secutores, cf. Friedlânder, Sittengeschichte6, p. 530 : « Die BewafTnung der secutores ist vollig

dieselbe, wie die der Samnites ». Le texte le plus détaillé est celui de Juvénal, VI, 256-8. L’armement de ces deux sortes de gladiateurs dérive de celui des anciens habitants du Samnium, sur lequel cf. Tite Live, IX, 4o.

Pour d’autres petits bronzes représentant des gladiateurs « samnites », cf. Saint-Germain, p. 206 ; Rép., II, 194; III, i56; IV, 112. Plusieurs de ces bronzes sont, comme les nôtres, des manches de couteaux ( Saint-Germain , p. 2o5; Coll. Gréau, pl. 56; Arc//. Anz., igo4, p. 39).

Il y avait un amphithéâtre à Alexandrie, dans le faubourg de Nicopolis ; comme Strabon, dont le voyage en Égypte date de l’an 730 de Rome, en fait déjà mention, les Romains durent le construire

dès que Octave eut pris possession de l’Égypte (Friedlânder, Sittengeschichte 6, II, p. 617). Une inscription mentionne un procurator ludi familiae gladiatoriae Caesaris Alexandreae ad Aegyptum (CIL, X, i685). Les gladiateurs d’Alexandrie se produisaient aussi dans les autres villes de l’Égypte. Mais les papy ri de la période impériale sont à peu près muets à leur sujet ; le seul qui parle de gladiateurs est le P. Leipzig 57 publié par Mitteis, où il s’agit d’une fourniture de manteaux de gladiateurs due par une ville indéterminée : [6 Setva ovojxa]a9elç \tzo xûv xtç tï6[Xsu'] xexayp&vov [ypappaxjéov dç 67up.sXet.av xai xaxaffxsu^v xai xamxcjJ-uVf v §Y]fj.oaù>)v Ijxaxiwv XcriSou fJLOVopiàyuv (je dois ces renseignements à Pierre Jouguet).

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