PI. XXXIV, deuxième rangée, à droite. H
Grenouille accroupie, la tête levée, sur une plinthe circulaire.
125. — PI. XXXVI, à droite. H. 27. Basse Égypte. Vert sombre. Fonte pleine.
Grenouille accroupie, la tête levée, sur une plinthe rectangulaire.
Trois grenouilles analogues, dans Bibl. Nat., nos 1232-1234 (Babelon et Blanchet n’en indiquent pas la provenance). Cf. encore Lettres de Paciaudi à Caylus, p. 99 ; Musei Franciani descriptio (Leipzig, 1781), t. II, p. 36 et 69; Overbeck, Katalog des rhein. Muséums, p. i46; Cat. Bourguignon (Paris, 1901), p. 56, n° 254; Rép., III, 225, n° 10; IV, 55o.
L’épigramme de Y Anthologie palatine (VII, 43), sur une grenouille de bronze consacrée par un voyageur altéré à qui des coassements avaient
indiqué la présence d’une source, n’est d’aucune utilité pour expliquer ces petits monuments. Au contraire, la grenouille votive d’art grec archaïque, qui porte en alphabet corinthien du Ve siècle la dédicace AM0N20N00YW0A20NI ( Arch .
Jahrbuch, 18S6, p. 48 ; Rép., II, 778, n° 1), n’est peut-être pas sans rapport avec nos grenouilles d’Égypte, s’il faut lire cette inscription ainsi : vAp.ov 2ov6oa Boàffovt.. Amon, le donateur, était, je suppose, quelque Grec né en Égypte, dont l’origine explique cette dédicace à Boàffuv, divinité insolite, inconnue au panthéon hellénique, et qui n’est autre, je crois, que la Grenouille divinisée : à la déesse-grenouille, Amon avait offert une image qui la représentait. Seul, le nom de cette déesse est grec : Boactov = « Celle qui coasse » (cf. Aristophane, Grenouilles, 212 : (Joàv <pOsy^up.£ôa). Mais la déesse doit être égyptienne. « La grenouille Haqît était une des déesses les plus anciennes de l’Égypte. Elle existait dans les eaux primordiales et avait présidé à la naissance du monde ; elle présida plus tard à l’accouchement des femmes et à la destinée des enfants » (Maspero, Cat. du musée égyptien de Marseille, p. 169 ; cf. du même, Les contes populaires de l’Égypte ancienne, 3e éd., p. 36, et Guide to the Cairo Muséum, p. 316; Pierret, Dict. d’archéol. égypt., au mot Grenouille; Jacoby et Spiegelberg, dans Sphinx, VII , p. 2 1 5-2 28 ; VIII, p. 78-79). La grenouille était consacrée aussi à Bastît. A Thèbes, Passalacqua a découvert des batraciens embaumés (Wilkinson-Birch, Manners and customsof the ancient Egyptians, t. III, p. 248).
Dans certaines contrées marécageuses du Midi, quand les pluies succèdent à une longue sécheresse, on voit avec une rapidité incroyable les batraciens apparaître à la vie et se multiplier. Ce phénomène est particulièrement frappant en Afrique, non seulement dans la vallée du Nil, mais dans les Oasis : le peintre Victor Prouvé me l’assure, pour en avoir été témoin à Gabès. Les historiens anciens (Appien, Illyr., 4 ; Justin, XV, 2 ; cf. Pauly-Wissowa, s. v. Antariatae ) racontent que sous le règne de Cassandre, le peuple illyrien des Antariates chercha un refuge en Macédoine, devant une invasion de grenouilles. Cette histoire fait songer à l’une des plaies dont l’Éternel per-
mit à Moïse et à Aaron de frapper l’Égypte : « Aaron étendit sa main sur les eaux du Nil; et les grenouilles montèrent du fleuve et couvrirent l’Égypte... Alors Moïse implora l’Éternel au sujet de ces grenouilles ; et l’Éternel fit ce que demandait Moïse; et les grenouilles périrent dans les maisons, dans les cours et dans les champs; on les entassait par monceaux ; le pays en fut infecté. » (Exode, VIII.)
La science populaire ne se pique point d’exactitude ; le folklore aime le merveilleux ; l’histoire naturelle, telle qu’il l’entend, ne connaît que les Tcapàôo^a. Avec une exagération qui, peut-être, comme les galéjades de nos Méridionaux, comportait une forte dose d’humour, les Égyptiens racontaient que les grenouilles naissaient des mottes de terre ; quand l’inondation se retirait, on en trouvait dans les champs, en train de naître, grenouilles par devant, mottes par derrière : cf. Ovide, Métamorphoses, I, 42 2-42 9 :
Sic uhi deseruit madidos septemfluus agros Nilus et antiquo sua flumina reddidit alveo ,
Ætherioque recens exarsit sidéré limus,
Plurima cultores versis animalia glaebis Inveniunt, et in his quaedam modo coepta sub ipsum Nascendi spatium, quaedam imperfecta suisque Trunca vident numeris, et eodem in corpore saepe Altéra pars vivit, rudis est pars altéra tellus ,
et Horapollon, I, 2 5, p. 33 et 234 de l’édition deLeemans : àitXajTov àvGpwTuov ypâtpovTS ç (iar payov Çoypaçoûaiv, sttî(.§T| t( toi tou ysvsarç sx ttç toû T:oTa[j.où ÜXûoç aTCOTsXeÏTac, * oGevxal eaG’ ots o parat tô” psv STSÇ6) fjtipei auTOÜ, PaT^ayo, tû Ss XoitccT, ysuSst. Ttvl sjjlçsçtç, <lç xai. sxXeuuovT!. tô jroTapw, ffuvexXeiTCStv. La même histoire se disait aussi des petits rongeurs, souris ou mulots, musaraignes ou campagnols (Diodore, I, 10 ; cf. Wiedemann, Herodotos erklârt, p. 290). Ces racçaSo^a avaient un grand succès, ils donnaient une idée saisissante de la fertilité de la terre d’Égypte, Qamouît, « la Terre Noire », comme ses habitants l’appelaient (cf. Virgile, Géorgiques, IV, 291 : Et viridem Ægyptum nigra fecundat arena ).
Il existe dans la collection Fouquet un objet qui n’est peut-être pas sans rapport avec les récits que les Égyptiens faisaient des grenouilles : c’est la poignée d’une grande lampe de terre cuite ; on
y voit le dieu Nil couché dans ses roseaux, et autour de lui, des grenouilles en grand nombre, tenant conseil. Sur un relief hellénistique du Louvre, la grenouille est figurée comme caractéristique de l’humidité fluviale (Schreiber, Relief bilder, pl. XXXI).
Qui voudrait être complet sur le folklore de la grenouille dans l’Égypte grecque, ne devrait pas négliger la Batrachomyomachie, si, comme quelques savants l’ont pensé, cette parodie est une production d’un bel esprit de l’Égypte ptolémaïque. Le thème parodique des combats entre rats et grenouilles est peut-être la déformation de vieux mythes égyptiens, dans lesquels ces animaux avaient rang de divinités, ou la transformation en conte à rire de récits relatifs aux luttes séculaires entre deux villes égyptiennes.
D’après ce que nous avons dit tantôt de Haqît, on comprend que la grenouille soit devenue, aux bas temps du paganisme égyptien, un symbole, non seulement de naissance, mais de résurrection. Les chrétiens d’Égypte, qui ont si souvent mis, malgré la parole de l’Apôtre, le vin nouveau dans les vieilles jarres, conservèrent ce symbole : il figure sur les lampes chrétiennes d’Égypte, avec cette légende empruntée à l’Évangile de Jean : èyca ei![u oLvrxaztxaiç. Cf. Lefebvre, Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes d’Egypte, nos 7 I I-746, qui donne une bibliographie à laquelle on ajoutera : Antiquitatis reliquiae a marchione Jac. Musellio collectae (Vérone, 1756), p. i48, et Leclercq, Dict. d’archéol. chrét., t. II, p. 521, 2. Une lampe chrétienne d’Égypte, sans inscription, au musée Borély, est décorée d’une grenouille en relief.
Les croyances égyptiennes expliquent le rôle de la grenouille comme amulette. Caylus ( Recueil d’antiquités, t. V, p. 239, pl. 85, n° 6) a publié une pendeloque en forme de grenouille, sculptée dans une agate verte et blanche; le dessin qu’il en donne est sans doute fortement grossi ; l’auteur du Répertoire, II, 778, n° S, qui reproduit ce dessin, aurait dû prévenir le lecteur de ce grossissement. A propos de ce petit monument, Caylus fait une observation judicieuse : « Quand une figure dont le volume est médiocre se trouve percée ou qu’elle porte une bélière, on ne peut
BRONZES GRECS o’ÉGYPTE
s’empêcher de la regarder comme un objet de superstition ou de parure... J’ai rencontré plusieurs pendeloques en forme de grenouille, et constamment antiques : cette répétition m’a engagé à rapporter la plus belle de celles que le hasard m’a procurées.» Le même Caylus, Recueil, t. III, p. 82, n° 3, reproduit une autre grenouille-pendeloque en verre. Le musée de Marseille (Maspero, op. laud., p. 16g) en possède une en jaspe vert. La collection Fouquet contient une grenouille haute de 20, en racine d’émeraude, qui a dù servir de talisman ; cf. encore Maspero, Arch. égypt., fig. 206. Otto Jahn a publié un collier formé de diverses amulettes en verre, dont une petite grenouille ( liber den Aberglauben des b'ôsen Blicks bei den Alten, dans les Berichte der k. sâchs. Ges. der IViss., phil.-hist. Classe, i855, pl. 8, n° 2, p. 99). Une grenouille orne le fermoir d’un collier d’or trouvé à Pompéi ( Museo Burbonico, II, i4). Les intailles qui représentent une grenouille (Furtwângler, Antike Gemmen, pl. XLV, 60), étaient sans doute considérées comme talismaniques. De même, c’était un talisman que la petite grenouille-<pcx.XXo£ de la Bibl. Nat., n° 1234. La grenouille est l’un des attributs figurés en relief sur les mains de bronze vouées à Sabazios (Jahn, art. laud., pl. IV, 2 b, 3 ; Blinkenberg, Archàologische Studien, p. 82), et sur des monuments magiques, tels que la lampe publiée par Jahn (pl. IV, 1), ou que les médailles contre le mauvais œil (Jahn, pl. III, 5, 6). Sur la grenouille dans la magie égyptienne, cf. Jacoby et Spiegelberg, art. laud., p. 222. On trouvera dans Y Histoire naturelle de Pline, 1. XXXII, ch. 5, et dans Marcellus, De medicamentis, XXVIII, 123 (cf. Frazer, Golden Bouglf, t. III, p. 23), une foule de renseignements sur les propriétés magiques que le folklore antique prêtait à la grenouille. Pline, sur ce sujet, conclut ainsi : « Les gens qui s’occupent de magie, supposent encore à ce batracien bien d’autres vertus ; s’ils disaient vrai, il faudrait regarder les grenouilles comme bien plus utiles à la société que les lois »: addunt alia magi, quae si vera sint, multo utiliores vitae existimentur ranae, quam leges.
126. — Pl. XXXVI, à gauche. Long. 44. Vert foncé. Fonte pleine.
Canard dans une attitude de repos béat, digérant ou dormant.
Cf. un canard en porcelaine émaillée, de provenance égyptienne figuré dans la Collection Hoffmann (1899), p. 2, n° 6; un autre, trouvé à Mégiddo, en Palestine ( Arch . Anz., 1907, col. 290), servait de vase à parfum. Sauf erreur, 1’ « ascos » à figures rouges, trouvé à Olbia {Arch. Anz., 1909, col. 175), représente un canard dans la pose du nôtre.
127. — Pl. XXXVI, en bas à droite. Larg. 72. Achmounéin. Non nettoyé, gangue jaunâtre. Fondu en creux.
Couffin de sparterie, contenant deux canards, qui tendent la tête, aux deux bouts. Comprenons qu’ils sont liés l’un à l’autre, par les pattes. C’est ainsi attachés et dans un panier de cette forme, que les fellahs d’Egypte, depuis un temps immémorial, ont accoutumé de porter au marché les paires de canards ou de cailles : on en aura la preuve en flânant dans les rues du Caire : dans les pays chauds, où « la viande va vite », il faut colporter le gibier encore vivant. La collection Fouquet renferme un panier en sparterie de la forme de celui-ci (h. 71 ;prov. Memphis). Un autre, en plâtre, dans la collection Warocqué (n° 129 du catalogue, avec figure). Les reliefs des tombes de l’Ancien Empire offrent plus d’une représentation des canards dans le couffin : cf. Bissing, Die Mastaba des Gem-ni-Kai, I (igoâ), pl. XXVIII, nos i4S et i5o.
128. — Pl. XXXVI, au milieu de la première rangée. H. 53. Gris mat. Fonte pleine.
Coq. Les détails soigneusement indiqués, des deux côtés. Les pattes manquent, et le haut de la crête.
Autres petits bronzes représentant des coqs : Répertoire , II, 774-775; III, 224; IV, 536-538.