Pl. XII (deux vues). H. i45. Belle patine vert foncé
Anse verticaee, de vase à verser. Les motifs dionysiaques dont elle est décorée obligent à croire qu’elle provient d’un vase à verser du vin, donc d’une otvoxoïj. En haut se recourbe un pétale, à l’abri duquel est une panthère, qui avance la tête vers l’intérieur du vase. La panthère était consacrée à Bacchos. Aussi n’est-on pas surpris que l’applique inférieure soit un masque de Bacchos barbu. Le large menton rasé, la façon dont sont indiqués les poils de la barbe — par des incisions parallèles, fines et serrées — sont des archaïsmes, qui s’expliquent par l’origine très antique du type de Bacchos barbu. La coiffure en petites tresses étagées, qui dans l’art hellénistique caractérise non seulement les Éthiopiens et les Lybiens, mais les Indiens, pourrait bien faire allusion à l’expédition triomphale de Dionysos aux pays du Gange.
Les deux attaches supérieures de l’anse ne sont pas horizontales ; elles devaient être soudées à un orifice de section oblique. L’œnochoé devait donc avoir la même forme que celle de Condrieu ( Saint- Germain , p. 310), dont les reliefs garantissent la provenance alexandrine.
15. — PI. XXXIV, en haut à droite. H. 73. Basse Égypte. Très oxydé. Couleur vert clair.
Panthère ceinte du lierre dionysiaque. La patte droite de devant est levée. Salomon Reinach a traité savamment de ce geste, dans son mémoire sur la grande panthère dionysiaque, en bronze, de la collection Edmond de Rothschild (Monuments Piot, t. IV, p. io5-n4, pl. X).
16. — Pl. X, en haut. Long. 67. Basse Égypte. Vert foncé. Fondu ; épais.
Orifice a verser, en forme de tête d’âne ou de mulet. Le liquide sortait par un trou percé dans l’objet cpie la bête tient entre les dents de devant. D’après la petitesse de l’orifice, cette applique peut être le débris d’un vase servant à boire à la régalade (çy-ôv).
Le mulet était l’une des montures préférées de Dionysos, l’âne la monture du vieux Silène. Une tête comme celle-ci convenait donc bien pour décorer l’orifice d’un vase â boire. L’ouvrier s’est souvenu, je suppose, de quelque composition qui représentait, dans l’esprit humoristique de l’art alexandrin, le mulet de Dionysos ou l’âne de Silène, chipant un fruit : le cou tendu indique la promptitude du larcin, les oreilles rabattues en arrière laissent deviner que la bête craint d’être prise sur le fait et corrigée.
D’après les dimensions et la forme du fruit, il s’agit, je suppose, d’une figue de Barbarie. Cette sorte de figue est couverte d’une enveloppe épineuse ; pour en venir à bout, les ânes froncent la bouche d’une façon particulièrement drôle, que le modeleur du bronze Fouquet paraît avoir voulu imiter. Ainsi, ce petit monument porte témoignage, lui aussi, du goût de la période hellénistique pour le réalisme et l’humour. Il fait songer à une historiette racontée par Diogène de Laerte : Chrysippe, le grave Chrysippe. serait mort de rire
en voyant un âne manger des figues de cette sorte (Vit. philos., VII, 7, § iS5).
17. — Pl. X, en bas. Larg. 116. Ep. 2. Basse Égypte. Vert foncé, luisant.
Anse fondue, qui devait être soudée horizontalement sur le bord d’un canthare. La face supérieure décorée d’un canthare dionysiaque, de forme très stylisée, duquel sortent quatre rameaux, deux de vigne, deux de lierre. Le lierre et la vigne, on le sait de reste, étaient consacrés à Dionysos : cf. Pausanias, X, 29, 4, à propos du lien dont le Dieu, dans son expédition contre les Indiens, avait enchaîné l’Euphrate : xaXo'... àp.7tsXtvo(.ç 6p.oû TrsTcXsyjxsvo^ xai xtaaoü xXr]|x afft,. Les deux rameaux de vigne sortent de l’orifice du canthare, les deux rameaux de lierre sortent de la panse. Les uns et les autres sont chargés de fruits.
17bis. — Pl. XIX, en haut (deux vues). H. i45. Basse Égypte. Vert gris. Fondu.
Anse d’oenochoé. Ce n’est pas sans hésitation qu’on la classe ici, car il n’est nullement certain que le personnage représenté soit Dionysos. Il est nu, debout, immobile, le poids du corps portant sur la jambe gauche, une chlamyde ou une peau de bête sur l’épaule gauche. Les pieds, chaussés de bottines, sont posés sur un masque de jeune Satyre (chevelure en mèches hérissées, nez épaté, grosses lèvres rieuses, oreilles caprines, peau de bête nouée sur le cou). Dionysos a été souvent figuré nu, avec les bottines (se rappeler le soidisant « Narcisse » de Pompéi, et la statuette du Louvre, où Héron de Villefosse, Monum. Piot, I, p. io5, a voulu reconnaître, à tort, un athlète). Mais je ne connais pas d’image de Dionysos qui soit coiffée comme notre statuette et qui fasse le même geste : de la main droite, l’énigmatique personnage se découvre, il enlève sa coiffure, une sorte de « bonnet phrygien » sans brides. Que la statuette représente Dionysos ou quelqu’un de la pompe dionysiaque, cette coiffure de forme orientale fait songer que le Dionysos thrace, avant d’arriver en Grèce et de s’helléniser, avait longtemps pérégriné en Asie : nous reviendrons là-dessus plus loin (p. 19).