Bruges
Je ne puis présenter ce livre an lecteur, sans remercier mon éditeur, qui lui a fait une toilette artistique, et M. Jérôme de Coninck, au talent si apprécié duquel nous devons la plupart des photographies, qui ont servi à l'illustration. Celle-ci a été épuisée avant la page 4g3, afin de permettre de renvoyer aux pages oii les gravures sont imprimées, au cours des promenades par la ville. Ces promenades deviennent aussi une table détaillée de tout ce qui est dit dans l'Histoire proprement dite de la Ville. On trouvera, à la p. Sgi, l'explication des sigles employés dans les notes. Les références se rapportent, en général, à des textes d'archives, soit inédits, soit publiés dans les ouvrages indiqués.
Ad. D.
Ces -nonts portes SUT la carfc, scrttt ceuy. bes Ucujî.connus par bes cljar- {es,anicri£urcs à Vanl004.CescTo\;« (+)tnbtûitcw les çijltses OUI élaieni paroissiales avi^S sic clc. Voir pplO et 20 - Ca carte ellcmcinc Tcpro^uai V^Ypsométrie actuelle
".svvc^a
D"î^,^Êla 0^11+^,
JVlaikerk,
□ im. sous lal)au{c mer auje vives cau;e.
□ c)c 2 à 3 m. sous la Viaufc mer au^t vives caujî.
AJ3 Ciintlc apprOjVimafive ôe la courbe livpsomctriouc Je 5 ni;le niveau moven Ocs bailles mers au,v vives eau^v.à 0sfcn^c,cfarI^^c+4.44.
C D Cimiie hcs alluvions mobcrncs.
Tierraiiis situes, ô" après la force be la ieinlc, depuis + 5^usqu' à + 13.30 au'bcssus Oes marées baufes au;e vives cau^î.
33arties boisées.
3^laac ci ounes.
(FiNiv. jonckticcre. ouvraac cité .2 note 4.)
lij
Jjc5 oiioinc5 î)u duaittcr &c Bnioes.
)nalement, de Cassel par Huoglede alice de Biuges descend des hau- ; bande de pays boisé sur terrain c'est la zone fluviale boisée. De
im.' /Ant' des pâturages.
^^"sj N parlant du quartier de Bruges, nous n'entendons pas parler d'une circon- ^^^^J scription politique, du Partis Flandrensis ' ; nous entendons ce mot dans un ^ J sens topographique, pour désigner notre ville et ses environs. ^^-^ La Flandre occidentale est coupée diat;
* vers Beernem par une ligne de ci été. La v teurs d'Aeririjcke, Torhout et Ruddervoorde par un sablonneux jusqu'au point central, qui est Bruges Bruges elle descend vers la mer: c'c--! ii v,\i,,. m-" i
Les parties basses de notre ville, à l'aval de la Reie, sont à la côte ± 4,00 ; les parties hautes vont jusqu'à la côte 10,19.
Tout autour de la ville, saut au Nord, le terrain monte et se tiouve au-dessus de la marée haute moyenne de vives eau.x.
Le roc primaire, Siluiien, de Phyllades violettes, se tiouve. dans nos parages à environ 3oo m. de profondeur. 11 est surmonte de ioi.s secondaires crétacés, d'une puissance degoàôS m.; puis viennent les etai;i.s tertiaires Landenien en bas et\ pi esR n en haut, d'une puissance de 170 m
A Bruges, au-dessus de 1 Ypresien, nous avons encore une couche de sable glauconifère, de l'étage Pani- 1 ^, •
selien, de 16 m. de puissance, qui émerge à Assebrouck, Sijsseele et dans toute
Nous montons ainsi jusqu'au Quaternair seul, d'oiigine marine, qui atteint à Ostende et à Blankenh{ puissance. Au haut de celui-ci se trouve la couche nli- 1 de la supérieur du sable flandrien.
Au-dessus de cette couche nous avons les terrains modernes. Ceu.vpar la tourbe et finissent par les alluvions.
Une couche d'alluvion marine avec alternances de sable et d'argile {air 2) s'étend sur toute la Flandre maritime. Les autres alluvions sont localisées ou d'allure ravinante. Ce sont: l'argile inférieure, plastique, [alp. i); un sable grossier, très coquillier (alq): une argile grise, plastique ou argile supérieure des Polders {alp 2). Ensemble, ces couches ont de 1.90 à 8 m. de puissance; la moyenne est de 4-38, pour toute la Flandre maiitime.
cette région, représenté
le sable flandrien jusqu'à 3o m. de
pa:
rghe carte géologique
commencent
LES ORIGINES
Exposons rapidement la formation des terrains quaternaires et modernes. Nous le ferons en abrégeant un travail éiendu que nous avons en portefeuille, et auquel nous employons, depuis dix ans, nos moments de loisir. Il n'est d'ailleurs que la continuation de celui que nous avons publié en 1873 '.
L'Angleterre était autrefois soudée à la France. La Manche entretemps fut creusée par l'Atlantique, dans les roches calcaires qui unissaient les deu.\ pays. La Mer du Nord formait un cul-de-sac, dans le fond duquel la marée était très forte.
C'est l'époque de la Mer Flandrienne qui couvrait toute la bande Nord-Oiiesl de la Flandre Occidentale et qui déposa le sable flandrien.
L'Océan d'une part, la Mer du Nord de l'autre continuèrent à ronger l'isthme qui reliait encore l'Anglererre à la France, et il vint un jour où les eaux des deux mers communiquèrent. La marée venant du Nord le long des côtes d'Ecosse et d'Angleterre, au lieu de se refouler par nos côtes jusqu'au Danemarck, trouva une issue vers la Manche. Elle tomba progressivement avec l'élargissement du détroit, jusqu'à 4.44 au-dessus du zéro d'Ostende, qui indique le niveau moyen des marées basses de vives eaux. Dès lors toute la partie de la plaine de Biuges qui se trouve au-dessus de cette côte, était émergée. Un phénomène Eolien vint compléter le phénomène Neptunien. Le vent qui soufHe, sur notre côte, deux fois de l'Ouest à l'Est, ou du S-O. vers le N-E., contre une fois dans le sens contraire, accumula les sables et les calcaires pulvérisés de l'acien isthme sur une ligne allant dans sa direction et forma de formidables dunes, constamment fortifiées par de nouveaux crachements de la Manche ^
Ces dunes s'étendaient jusqu'à 5 ou 10 kilomètres au large de notre plage actuelle, et les bancs de sable de notre côte en sont les derniers vestiges. La Flandre maritime ainsi protégée se trouvait à l'abri des invasions marines, quoique se trouvant alors, en moyenne à 3 m. au-dessous du niveau moyen des marées basses de vives eaux. Il n'est pas besoin d'imaginer des oscillations du sol pour expliquer les émersions et les immersions successives.
La correspondance de la limite de notre plaine d'alluvions avec cette côte de 4.44 ', rend inutile de tirer la ficelle pour produiie le petit jeu alterné de lelèvement et d'affaissement du sul, comme certains le font chaque fois qu'ils ont à expliquer un phénomène. Cette hypothèse ne prend donc pas la valeur d'un postulat. La carte ci-jointe est conçue d'après ces idées, qui concordent avec celles auxquelles nos études nous ont amenées depuis longtemps.
L'eau saumàtre stagnait cependant dans les bas- fonds d'où la marée était exclue. Mais l'humidité de l'athmosphère dessala peu à peu ces eaux. .\ la ioiite des neiges, les eaux fraîches des plateaux s'étalèrent en vallée. Dans celles-ci, se foimèrent des végétations tourbeuses, tandis que d'épaisses forêts couvraient les fonds plus élevés, se reliant à celles des coteaux de Torhout, de Ruddervoorde etc. Même des arbres se mirent à croître et à prospérer sur des bandes sablonneuses émergées et non submersibles par les eaux fluviales, entre les marais tourbeux et dans ceux-ci.
Avec la formation de la tourbe nous entrons dans l'ère géologique moderne.
L'époque de sa formation fait partie de la préhistoire, et nous ne croyons pas, pour
des raisons qu'il est impossible d'exposer ici, pouvoir reculer le commencement de sa
foimation en P'iandre maritime, au delà du V ou VI I>^ siècle avant l'ère chrétienne. Sa
filniiie flam., 1906 p. 124. ^ .î. Edw. Jo
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— Voir cepeiidaiii Raoul Hlanchab
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formation était presque terminée au temps de César. Nous ne croyons pas qu'il y en ait sous le territoire de la ville de Bruges, dans les parties hautes et sableuses qui forment les deux tiers de la ville. L'on en trouve dans les parties basses, en aval de la Reie.
Les environs de Bruges eurent-ils des habitants à l'époque de la formation tourbeuse ?
L'homme tertiaire est un être imaginaire, et les colithes ne le ressusciteront pas. Ajoutons que l'invasion marine du sable flandrien ai.nait du le chasser.
A l'époque de l'existence de la Mer Flandrienne, qui déposa ce sable flandrien ou notre quaternaire inférieur, certains endroiis élevés de la Flandre, comme Ter Hest, à Clercken, ont pu être habités. L'on y a découvert sur un quaternaire inférieur fluvial, qui manque dans la Flandre maritune. des silex taillés et polis mélangés, ayant servi
d'armes et d'outils, dont la matière première provient probablement de Spiennes ou d'Obourg, ainsi que des outils en corne, en os, en bois de cerf, des tessons de vases très grossiers, cuits imparfaitement.
utils semblables partout, dans la zone l'arrondissement de Bruges, de Tilleghem ; à Lophem; le long de la Leisbeice metière général) ; au bois de Rijckevelde, près de Maie. Dans la zone maritime : la mer en a rejeté sur la plage devant Ostende (fort Wellington), devant Knocke. etc. ce qui semble démontrer l'habitation humaine au large de notie côte actuelle ; on a trouvé des éclats de silex taillé ou utilisés près du Bassin de Commerce à Bruges, à l'amorcement du canal maritime, et, près de la côte, sous la digue du Comte
le chevaux, des ossements de bœufs et de sang
Fort- La pin.
LES ORIGINES
On a trouvé récemment à ces mêmes endroits, des poteries pré-romaines ou ménapiennes ; de même qu'à Zee-Brugge, près des écluses de Heysi et à lîruges même. Des poteries pré-romaines, trouvées à -Breedene et dans plusieurs localités du Nord de Bruges, sont signalées par le chanoine De Bast.
Notons que partout où ces antiquités ont été trouvées //( situ, elles reposaient dans les 3o centimètres supérieurs de la tourbe. Plusieurs de ces poteries sont de l'époque d'Hallstatt, qu'on appelle le premier âge du fer, et peuvent être contemporaines du bronze employé probablement avant le fer.
Il semble y avoir eu continuité d'habitation depuis l'âge néolithique jusqu'au temps des Romains.
Malheureusement l'on n'a découvert jusqu'ici aucune trace de Palaffites ni à Bi uges, ni dans l'arrondissement. Les palaffites, dans les parties méridionales de la Flandre, comme à Denterghem, sont contemporaines du néolithique et de la formation tourbeuse Les sépultures aussi manquent encore au tableau des découvertes scientifiquement explorées.Nous ne parlerons donc pas du squelette, ni des cendres et des tisons à moitié brûlés qu'on a trouvés à Clemskerke,au dire des habitants, sur la partie supérieured'une tourbière. S'il fallait se demander quand ces populations sont venues s'établir dans nns parages, la question deviendrait difficile à résoudre. Car ce n'est pas seulement dans les parties supérieures des tourbières qu'on tiouve ces traces d'habitants, mais aussi à des endioits situés entre les tourbières, qui peuvent avoir été habités antérieurement à la formation de celles-ci. Ces habitants peuvent avoir fait partie des invasions celtiques en Gaule, dont les premières se placent entre le XV'^ et le HW'^ siècle avant notre ère.
Les lacs tourbeux desséchés pendant l'été, mais inondés d'eau de rivière pendant l'hiver, étaient protégés contre l'invasion marnie par les fortes dunes, jusqu'à une ou deu.v lieues au large de la plage actuelle.
César a trouvé les Ménapiens dans notre contrée: leur limite occidentale ou la ligne de séparation d'avec les Morins, dont se forma plus tard le diocèse de Térouane, semble se confondre assez bien avec l'iser actuel, qui n'e.xistait pas alors. Pendant l'été, ils transféraient leurs tentes et leur bétail sur leurs marais tourbeu.K desséchés. Les Morins et les Ménapiens faisaient usage de monnaies de bronze.
Avec César, nous entrons dans l'histoire.
Les traces de l'occupation romaine (Sy av. J. C.
jusque vers 45o) se découvrent sur les hauteurs, émergées depuis la rupture de i'isthme et supérieures à la haute marée de 4.44, à Aertiijcke, Zedelgheiii, au Vrijgeweid entre Lichtervelde et
.\ 1! .Moii.i.ni- .le cuivie .uie.u-s M.iniis. c. Moiin.iie ileimivic. .lue Meii.ipi.-Miie SwCvezeele, à Oedelem, à
,Cuii,.ct..u.M.. le ir.ieiied e). Si - M ichcl ■ lez- Bruges. Mais
elles se trouvent également, en quantité, sur KnUe la /.une inanlim*: quoiqu'elle li'it alors sensiblement inférieure à la marée basse.
L'on a trouvé des médailles, des monnaies, des poteries romaines sur les territoires actuels d'Oudenburg, Breedene, Clcmskerke. Houttave, Meelkerke, Nieuvv-
munster, Uitkerke, Wenduine ; dans les tranchées pour le nouveau canal maritime tout contre la digue du Comte Jean et au Fort-Lapin à Bruges.
Cela prouve qu'cà l'époque romaine les dunes protégeaient les marais de la Flandre marilime et que la mer n'avait pas encore formé les grands estuaires dont nous constaterons l'existence plus tard.
Ce pays devait être boisé: de grands arbres couchés sur la tourbe, tombés dans la direction du N-O. au S-E., trouvés j-Zee-Brugge, sont trouvés sur toutes nos tourbières, et dans plusieurs on a trotj^vé de forts troncs, coupés à quelques pieds de hauteur, encore debout sur leurs racines, ainsi que des souches de taillis de saules, des noisettes.
Les ingénieurs des armées romaines n'ont pas toujours évité les bas- fonds marécageu.\ quand ils établissaient des routes. N'avaient-ils pas les Marais Ponlins, au.\ portes de Rome même ?
11 est vrai que l'Itinéraire d'An;onin (IV*" s.) et la Table Théodosienne, dite de Peutinger, qui ne semble pas être antérieure à l'an SSy, ne signalent aucune voie romaine dans le pays des Ménapiens au nord de celle qui reliait Bavai par Tournai, Wervick, Cassel et Térouar.e à Boulogne sur-mer. Mais M. Gauchez releva les traces de nombreux dircrticiila \ Il relève d'abord celui de Cassel à Aardenburg, par Bruges (route 2|), qui passait au sud d'Ichteghem et par Aertrijcke ; puis celui de Cassel à Leisele, où s'amorçaient trois routes, l'une vers Gand par Loo, "Wercken, 'Wingene, l'autre par Oostduinkerke vers Bruges, où il croit reconnaître deux tracés : l'un par Mannekensvere, Ghistelles. Rc).\em, passant au nord de Zedelghem, et l'autre par Slijpe, Leffinghe, Snaeskeike, Oudcnluirg qtii se leicugnaient entre "Vaissenare et St-André (route 28J.
11 signale la route de Bavai par Thielt, certaine jusqu'à Oostcamp (route 23), qui continuait probablement par Bruges jusqu'à 'Wenduine.
Les diverses étapes de ces routes sont jalonnées par des découvertes d'antiquités romaines du 1I<= et du IH^ siècle. Ces routes 24 et 28 entraient sur le territoire actuel de Bruges par les portes de la Bouverie et des Maréchaux pour sortir par la porte de Ste-Croix ; la route 23 entrait par la porte Ste-Catherine pour sortir par la porte des Baudets. Il y avait entrecroisement à la Grand' place.
On retrouve partout des bouts de ces routes sous le nom de steenstratc ou de heiiipech. Je ne sais jusqu'à quel point on peut considérer les heirti'egen et sleensti aten comme beaucoup antérieurs au ^\<= siècle. Il n'y a que la route de Cassel à Winendale, par Poperinghe, Elverdinghe, Merckem et Zanen. qu'on puisse suivre sans grande hésitaiion, et qui était faite en grès diestien de Cassel, surmonté de gravier pris dans les exploitations les plus proches. Celle-ci semble bien dater du temps des Romains '.
Formation des estuaires. — La mer par les tempêtes de N-0. entamait les dunes, si fortes fussent-elles. Les grands apports de jadis du Détroit ne les reconstituaient plus ; et les vents les ramenaient peu à peu à leur ligne actuelle. Les eaux fraîches des parties élevées du pays, s'étendant en lacs dans les parties les plus basses, préparaient les bassins des estuaires. Aux tempêtes du S-E., elles entamèrent les dunes, par l'intérieur. Il vint un moment où ces deux forces réunies trouèrent la ligne des dunes. La marée entra par ces goulets et s'étendit.
Nous n'avons ^pas à nous occuper ici de l'immense estuaire allant peut-être des Moeres à l'ouest de Furnes jusqu'en Zélande, communiquant avec la mer par des goulets devenant de plus en plus nombreux, dont la toponymie et l'hypsométrie com-
I. Ann. Acad. d^Arc/tt'vL de Belg., xx.wiii. ^ 2. Raoul Blanchard, Ln /•hiidre, Dunkerque, ioo(">, p. 445.
LES ORIGINES
binées avec la géologie nous conservent le souvenir ; mais Jont plusieurs se feimèreiit. Cet estuaue finit par en foimer- plusieurs. Celui du Zwijn, relié encore à celui de Nieuport-Oudenbuig par le ravinement qui devint l'Iperlée. forma bieniôt avec celui du Honl, de vastes lagunes [Wadden en Fiise) couviant les îles de la Zélande, le Braeckman et presque tout le Nord de Bruges.
Cette formation des estuaires de notre côte doit remonter au commencement du V*' siècle '.
La mer a du couvrir, au nord de notre ville, deux fois par jour, toutes les terres alors à une côte légèrement supérieure à la marée basse, et tenir sous eau. d'une manière permanente, toutes celles qui étaient inférieures à cette côte. La marée allait, en temps normal, jusqu'à la ligne hypsométrique 4.44; au.v marées e.vtraordinaires, cette ligne n'était pas respectée. Peut-être émergeaient d'ordinaire quelques terres à Ramscapelle, à Dudzeele, à Oostkerke. Une ligne allant de St-André et des hautes plaines sablonneuses lie Bruges par Dudzeék et Zuienkerke a pu former la côte occidentale de l'estuaire — songez a St-Piene-sur-la-digue — que la dune séparait de la mer jusqu'au territoire de Knocke.
Les parties basses de la ville de Bruges se trouvaient dans le bassin de l'estuaire, qui s'étendait, à travers la ville et jusqu'au sud de celle-ci par les marécages des Wulpenbroeken jusque contre le village d'Oostcamp. Restaient émergées à Bruges les parties hautes, sableuses : le Sablon et le Haut de Bruges, les deux côtés de la rue des Pierres avec la rue Vieux Bourg, le Bourg et le Mallenberg, la rue Haute et les régions de la paroisse actuelle de la Madelaine, montant vers Assebrouck.
Nous trouvons ainsi l'estuaire du Zwijn ou Sincfal. connu dans l'histoire à partir de la (in du VI 11^ siècle ^ C'est le Hogge des lois d'Ethelied (866-871). On aurait tort de le confondre avec ÏHedenxee ^. Jacques van Maerlant emploie encore son nom de Sincfal à la tin du XI 11= siècle. Nous n'oserions mettre ce nom, encore obscur, en rapport linguistique avec le nom de Ziyijn. Ce nom de Zwijn (pluriel : Swene), appartient au radical germanique de Sweinmen, Sompe etc. Nous croyons qu'il vient des peuplades germaniques qui, sous le nom de Francs ou avec la confédération de ceux-ci, sont venues occuper la Belgique vers le IV» siècle.
Nos estuaires n'e.iistaient pas au temps de César, qui en mentionne chez les Nerviens, et n'en indique pas chez les Méiiapiens et les Morins. Mais ils se sont formés comme nous venons de le dire, vers la fin de la période romaine. Serait-il étonnant que les dernières légions romaines établies par ici eussent construit à Bruges, sur la Suène, au point d'étranglement de son bassin entre les hauteurs sablonneuses du Sablon et de la rue Haute, une de ces passerelles sur pilots, comme celle de Wercken, ou même un pont sur arches, comme celui d'Aileu.x, pour réunir les deux tronçons de leur direrticulum d'Oudenburg à Aardenburg, que l'envahissement marin aurait disjoints? Qui sait si la longue série de pilotis trouvés sous la rue des pierres, en 1880, plantés de la Place Simon Stevin vers le Marché, n'étaient pas les bases des ouvrages avancés de ce pont ? Nous pouvons nous demander aussi si les Romains n'ont pas construit à Bruges, soit un Caslrtim pour défendre leur pont, soit une de ces Mansiones, où l'on entretenait les chevaux de rechange pour le service des courriers, comme Auguste en établit beaucoup dans les Gaules, soit un Diyersoi iitni, comme Végèce appelle une sorte d'hôtellerie destinée à recevoir les voyageurs.
La villa gallo-romaine dont les traces viennent d'èire constatées à 3 mètres sous le sol actuel, au lieu à'\X Fort Lapin ^ . qm occupait plus d'iui demi-hectare dans un tiianyle d"e plus de trois iieciares de superticie, a été habitée dès avant les Romains et jusque dans le haut moyen-âge ; puis à l'époque romaine, par des gens de distuiction.
jjTort Capin
comme le prouvent les objets de toilette, de style gallo-romain, en bronze, qu'on y a trouves. Dans ce triangle, il y a un emplacement pré- romain, deux points galloromains, deux emplacements à poteries du haut moyen-âge, qui semblent indiquer qu'il y eut là une fabrique de poterie, sur la rive gauche de la Suène, comme il y en a eu une, peut-être dès avant le XI' siècle, sur la rive droite, dont l'Hospice de la Poterie nous a conservé le nom.
'.Soc. d Anthropot.
LES ORIGINES
Pouirait-on trouver dans tous ces renseignements et dans les hypothèses qui semblent s'y grerter, assez de raisons pour donner des origines romaines à la première bourgade qui devint plus tara la ville de Bruges ?
L'invasion maritime, qui a créé nos estuaires vers Tan 400, a été tellement désastreuse que les noms mêmes des lieux habités par les populations pré-romaines ne paraissent pas avoir laissé de traces dans la toponymie des environs de Bruges. Nous avons seulement au miui des bassins de nos estuaires, quelques noms qui semblent de formation linguistique hiiiiie : Ati ecias (Aertrijcke), Clarc (Cleicken), Sarra (Zarrenj, Fuma (Veunic), Woma (Wouir.cii), Wcrkin (VVerken), Wingiiia (Wijngcnej.
Cunqucte du bassin de noire estuaire. — Vers l'an 400 de noire ère, l'inondation commença à déposer ooucenient dans nos estuaires sur les tourbières et même sur le sable qui les séparait, des couches successives de ce sédiment marin — sables et coquillages — que nous avons décrit plus haut, .p. 1 ; tandis que les eaux fraîches amenaient des sables, des glaises, des détritus végétaux, et que l'eau saline, se mêlant à l'eau fraîche produisait des réactions chimiques, auxquelles on doit la nature spéciale des alluvions de nos Polders '.
Peu à peu le tond du bassin des estuaires se releva, d'une manière irrégulière, d'après les côtes et d'après les ravinements produits par les mouvements des eaux. C'est ainsi que la mer, en inondant, travaillait elle-même à restreindre son domaine. L'on arriva à une période oi!i, en temps normal, beaucoup de terres n'étaient inondées qu'à marée haute et découvertes, deux fois par jour. Peu à peu, ce ne furent plus que les marées équinoxiales accompagnées de tempêtes, qui tirent irruption. La mer aura pu, dans des circonstances toutes spéciales, se porter jusqu'à l'endroit où l'on a bâti plus tard la tour des Halles, à Bruges, qui était à une côte de ± 7.26, vers l'an 1200 ^.
Dans l'estuaire de la Suène doit s'être trouvée émergée tout d'abord l'île allongée comprenant Knocke, Uitkerke, Lisseweghe -et Dudzeele.
Vers le VI 1'= siècle notre estuaire était déjà fort réduit ; et le Nord de Bruges, assez habité. Nous ne pouvons nous rallier au système de M. Hutot qui fait amener des dépôts de sédiment jusque vers la hn du XU': siècle et même jusqu'au X.Vl'^ ■*.
Une seule des couches d alluvion couvre touie la Flandre maritime. C'est la couche air 2. Les autres (<.i//? 1; atq; alp 2} sont localisées ou d'allure ravinante ■*. Mais la puissance de ces alluvions varie de 1.90 à 8.00, avec une moyenne de 4.38.
Une grande partie de nos terres poldriennes pouvait être émergée vers l'an 600, et presque tout le reste vers la hn du IX'^ siècle.
L'archéologie vient conhrmer ces hypothèses. Le bateau ■" immergé près du Fort Lapin, croyons nous, vers 570, était couvert de 5.5o d'alluvion. Or, vers le IX"^ siècle, il y eut en cet endroit une fabrique de poterie du haut moyen âge.
Nous coiinaisboiis aussi un village du haut moyen âge sur l'alluvion et sur 3 à 4 m. ue tourbe, à Zeebrugge, dans le canal maritime à l'endroit où celui-ci coupe la digue du Comte Jean ". Là on a déterré des poteries prè-romames, d'autres qui sont gallo-romaines, d'autres au haut moyen âge, du Xlll« et du XIV'= s. Cet endroit a donc été habité avant la constitution de nos estuaires, et presque immédiatement après que la mer lût exclue : car nous y avons aussi des poteries du IX= ou du X^ siècle.
I. lihLl'AlKB, La flaine maritime, lu-,. * 2. Cùtc actuelle 7.61 ; KUU, XV. l5J. ^ ô. Coilifc. hist. ue tiaiul, lliyû, 1. a? ; et KuTÛT, Antiquilès dit ^5. Voir cependant JoNCKiiimitit, 1. c, 2" partie; Kvx^yx, AuiiqiiiUs..., 19*13, p. tirtixôtles, XXI. j^ 6. KuTor, AnUqnitis, 14.
LES ORIGINES
Des poieiies de \;\ même époque oni éié délenées à Ostende, à Lisseweglie. Le cliiinoine De Bast donne les gravures de poteries semblables déterrées à Breedene, Clemskerke. Wenduine (pi. IX et X).
1, 'habitation de noire plaine maritime, par des poptilations franques ou frisonnes est d'ailleurs attestée par la topologie pré-chiétienne. Roxein. qui figure déjà dans les documents, en 745, Bekcghem, Zerkeghem, Etielghem, Lophem, Zedelghem, Riiddervooide, Sweve^eele, Onstcamp, Sijsseele, etc. se trouvent sur la zone fluviale. Mais, sur la zone maritime, à côté de Waescapelle (Westcapelle d'aujourd'hui), Nieinvmunster, Meuttikenredc, Coolkeike etc., l'on a des noms qui semblent antérieurs aux grandes missions chrétiennes de la seconde moitié du VIli^ siècle, savoir : Kiiocke, Lisseiveghe, Hoiicke. Houttave. Scheljliet (plus tard Stalhille), Wenduine, Mtide, Dud^eele. noms d'origine franque ou frisonne, probablement contemporains de ceux de la zone haute que nous venons de signaler '.
Ces populations, dans le Nord de Bruges, étaient friso-franques. Guillaume le Breton avait vu notre population, au XI1<= siècle. Il la décrit haute de taille et d'une grande beauté de forme, ayant de beau.x cheveux, la peau blanche et le teint haut en couleur''. N'est-ce pas surtout le type frison qu'il a rencontré' Il serait absurde de croire que ces Frisons, peuple réputé d'endigueurs, n'eussent pas essayé leurs forces contre les efforts de la mer, dans nos parages. Et, quoique la Suène et le Hont formassent un double estuaire, d'une vaste étendue, au VIl"^ siècle, nous devons admettre cependant l'évangélisation des Frisons du Nord de Bruges et de la Zélande par St Eloi, vers le milieu de ce siècle. Nous ne devrions pas repousser, pour des raisons de formation géologique, l'évangélisation d'Oostkerke près de Budanflit, par les irlandais Guthago et Gildo, la fondation du couvent à Odeghem (Steenbrugge?) par St Trond, l'évangélisation d'Oudenburg par St Amand, celle de Wulpen en Cadzant par St 'Willibrord, toutes choses qui se rapporteraient au VI 1« siècle ; ni même l'existence de la ville d'Oudenburg, au Ve siècle. Mais la critique historique serait peut-être plus exigeante. Nous ne devons pas nous étonner de trouver, parmi les documents rares du X<= siècle, une charte de g6i, qui nous nomme les lieux dits Lisseweglie, Diid\eele, Wulpen (Cadzant) et les paroisses organisées d'Oostkerke, d'Houttave, d'Uitkerke, de Meetkerke.
Nos documents nous renseignent sur la zone d'alluvion du canton de Bruges avant l'an nyo, douze noms de paroisses. Tous ces noms reviennent dans les chartes entre 1 170 et l'an 1200. Pendant le X11I« siècle, seulement six paroisses sont venues s'y ajouter. L'on a tort de tabler sur les inondations du XI I« siècle, pour prolonger jusqu'au delà de celui-ci la période du dépôt régulier des alluvions marines. Tout ce que nous savons d'une manière pertinente, par l'histoiie, pour le Nord de Bruges, c'est que les inondations du Xllf: siècle, qui devinrent la cause d'émigialions vers l'Allemagne, furent ou bien locales ou bien n'eurent que des effets passagèrement désastreux. Il y a eu des pertes, même plus tard. Ainsi en i334, Scarphout. A la suite de l'inondation de 1404, on constate comme perdu : 8 mesures et un hameau assez important, à l'exception de deux maisonnettes, à l'Est de Ste-Catherine, sous Knocke ; sous les vvateringhes de Heyst et de Reingaertsvliete, 100 mesures et un village de pêcheurs: devant Heyst, le village Ter panne et 80 mesures ; le village de Harendijke. entre Blankenberghe et Wenduine ; 5o mesures à Wenduine au moulin ten Bleckaerde; 20 mesures vers le hameau 'Vogeldike, situé un peu plus à l'ouest ; plus de i5oo mesures, enterrées sous le tolm:^and (hel halm^and
1 reyistieloponymiquecie textes extraits (ie cluii tes. ^ 2. Piii/ipfiiih\éi\\t. Soc. lîmi
des dunes ?), sous Vlissegliem, Clemskerke, Bieedene et qui renfermaient de beaux villages ; — entre i56o et 1617, la perte de l'ancien Wenduine, au large du village actuel ; plus tard encore, l'inondation périodique des environs de Meetkerke et la création de la Moere de Meetkerke par la destruction de l'écluse de Blankenberghe, en 1Û26. Et c'est tout, pour le Nord de Bruges '.
Mais presque toutes ces pertes ne constituent qu'un recul de dunes : la Moere de Meetkerke seule se trouve au loin derrière les dunes et son inondation est due à la destruction d'une œuvre d'art.
Nos chroniques mêmes ne pailent pas de ces fameuses inondations qu'on qualifie de quasi définitives, du XI Ii^ siècle. Tout ce que nous trouvons, c'est une irruption d'une partie du Nord de Bruges, par les eaux de la Suène, en 1 180. Alors fut construite la nouvelle digue dite le Dam, malgré laquelle la mer fit encore irruption, en 1214. Mais son incursion ne fut que passagère, et les dégâts vite réparés.
Le Nord de Bruges était habité par ces mêmes races Frisonnes qui habitaient la Zélande. Or, Isendike, dont le nom renferme la notion de digue, est désigné comme villa, en 984. Pendant ce même X« siècle, l'abbaye de St Pierre au Mont Blandin avait de grandes propriétés en Zélande ^. Comment le Nord de Bruges aurait-il été abandonné aux flots de la mer? Le service de certaines 'Wateringhes du Nord de Bruges était organisé dès longtemps avant 1239. Nos documents nous citent des Polders en Zélande, au commencement du Xl« siècle. Beaucoup de nos digues flamandes datent du XI I*^ siècle. Mais rien n'empêche de croire que nos Wateringhes du XI 1^ siècle auront remplacé d'autres associations d'organisation plus fruste, il est vrai, dont les premières pourraient remonter très haut.
Remarquons encore que les inondations de mars 1906, de l'Escaut à Baesrode, Buggenhout etc., ont démontré comment une irruption passagère peut produire en peu de semaines de profonds ravinements dans les couches qu'on trouve sur notre côte : ravinements sur lesquels certains géologues modernes s'appuient pour reculer même jusqu'au XV1'= siècle la formation définitive de notre plaine maritime. En peu de jours, d'énorme blocs de tourbe pesant jusqu'à i5oo kgr. étaient enlevés et déplacés, des couches de sable de i.5o m. de puissance étaient étalées dans des ravinements creusés par les remous de l'eau ; une couche de vase de 3o à 40 centimètres recouvrait le sol dans les maisons envahies. Les géologues futurs pourront, en suivant certains systèmes en vogue aujourd'hui, voir le travail de plusieurs siècles dans ce qui s'est produit entre le 1 1 mars et la mi-mai 1906, à Baesrode et à Moerzeke.
Au 1X« siècle les parties en aval de nos rivières avaient déjà trouvé des ravinements dans les anciens bassins d'estuaire que la marée normale n'atteignait plus.
Le Zwijn notamment, endigué peut-être par des Comités des rois Francs, ne s'étendait plus en vallée dans le Nord de Bruges, mais pouvait encore faire sentir le flux et le refiux jusqu'à V Oitde Zwijn tout contre le village d'Oostcamp.
11 recevait la Reie, gonflée elle-même de la Boterbeke, et l'iperlée.
Un cours d'eau venant d'Eeghem, se gonflant des eaux du Kerkebeke, du Wardammebeke et autres petits affluents, prenait le nom de Roia — forme qui se trouve jusqu'au milieu du XV' siècle sur le territoire de St-Michel. Il est difficile de dire s'il s'est jeté dans le Zwijn au Mengeltvater dit Minnewater, ou s'il en est resté indépendant jusque
I. Transport dOudenbiirg . 1408, IG, IV, 19. ^ 2. Ar.n. Favsn. Liber tradil. S. Pttri Blandintmis, 1906, paisim-
LES ORIGINES
bien en aval de la ville. La Reie s'est confondue avec le Zwijn, s'est peut-être substituée à lui, à mesure qui celui-ci perdait en largeur et en profondeur. L'on trouve le nom de /^oia entre Bruges et Damme, sur le territoire de Coolkerke, de Damme, de Lisseweghe, même de Ste-Croix dans des textes allant du XIII<= au XV"^ siècle, La Reie alors traversait depuis longtemps la ville de Bruges à partir du Miniieivater. Aujourd'hui elle longe l'Hôpital, contourne N. D., devient le Dijvei-, passe à l'ouest de la chapelle du St Sang, sous les bâtiments du Gouvernement Provincial, derrière les maisons du côté oriental de la rue flamande, est voûtée au Kraiie-reitje, reparaît au Quai du Miroir, pour continuer son cours par le Quai Long jusqu'en aval de la ville. Ce tracé, sauf peut-être pour le tronçon entre l'Hôpital et le Dijver. n'a sans doute pas varié depuis le IX<= siècle. L'importance relative de cette rivière a fait étendre le nom de Reie à tous les canaux inléi leurs, qui portent concurremment le nom de Dijk, Kaai ou Graclit et qui sont d'anciens fossés d'enceinte, comme nous le dirons plus loin.
La Bolerbeke venait grossir la Reie sur le territoire actuel de la ville. Elle descendait des plateaux de Varssenare et de St-André, venait à Bruges par St- Michel, où elle est connue jusqu'aujourd'hui. Cette rivière devait exister avant le VI 1<^ siècle.
"Verscheide nous en fait suivre le cours sur le territoire actuel de la ville '. Elle y entrait au sud de St-Julien, passait au sud de la Cathédrale, coulait entre la rue du Vieux Bourg et la rue des pierres, pour se jeter dans le Zwijn, plus tard Reie, à peu près vers la maison B. 2, de la rue aux laines. On trouve des réminiscences de ce tracé. Dans la rue Vieux Bourg, la maison C. 8, était jadis désignée huis staeiuie in de poorte tei- Ware, c'est-à-dire la porte donnant accès à la rivière (ware).
La maison C. 4, dans la rue derrière la Halle, appelée, en 1579, de Schaepsclaeii, était auparavant la Bueterbeke ^. Nous croyons qu'on a eu tort de préposer in de •', à ce dernier mot pour s'amuser à le présenter comme une enseigne quelconque de cabaret.
Ajoutons ici un détail qui a son importance. Nous avons vu ouvrir en 1880, un cours d'eau, d'environ 8 m. de large, dans la cour des Halles, tout près du mur méridional du Beffroi. 11 était limité par de gros pieux en chêne ; et dans la vase noire on a trouvé des ossements d'animaux, une arête de poisson, des herbes et des écorces de bouleaux, ainsi qu'une fleur de lys en cuivre, paraissant être du XI II"^ siècle 1.
Verscheide a fait observer que la maison Biieteibeke, rue derrière la Halle, se trouve sur la ligne prolongée de ce cours d'eau. Celle qui est marquée B. 2, rue aux laines, se trouverait également sur son lit ; tout comme l'auberge Het Stei retje, rue derrière la Halle, C. 6, qui n'avait pas encore de nom en 1 679.
L'ancien cours d'eau, dans la cour des Halles, est un fait indéniable. L'ouvrage enfoui sous la rue des pierres ^ en est un autre. Malgré l'exhaussement du quartier — le premier de la bourgade — si souvent rebâti depuis le VI 1^ siècle, il y a encore une légère dépression entre la rue des pierres et celle du Vieux Bourg, ce qui viendrait appuyer le système de Verscheide.
Un autre système fait couler la livièie de St-.iuhcn par le Marais, le l'uits aux Oies vers la Reie, au coude du Dijver, soit au pont de Gruuthuse ".
Il y aurait bien des observations à présenter contre cette hypothèse. S'engageant au Marais et au Puits aux Oies, la rivière aurait dû se perdre dans les bas-fonds du Béguinage.
^ 4. KUH, XV,
Quant au cours d'eau au Nord de Notre-Dame, allant par la ruelle de Gruuthuse au Dijver, il serait bien plus raisonnable d'y voir un ancien bras de la Reie. Car la Suène s'est probablement étalée jadis sur le Béguinage, le Marais, le puits aux Oies et l'enclos actuel de l'Hôpital. Endiguée et devenue la Reie, elle peut avoir laissé deux bras formant une île sur laquelle aurait été construite l'église de N. D ; ou bien, ce qui semble plus probable, avoir eu ses eaux anciennement, avant la fondation de N. D.. au nord de cette église. Car nous savons que, lors de sa fondation, cette église dépendait de Sijsseele, et se trouvait en Frise : donc sur la rive droite de la Suène. Le cours actuel de la Reie, formant coude au sud et à l'est de N. D., ne serait-il pas un fossé creusé par les moines de l'Eeckhoutte pour défendre ou abreuver leur monastère ; et qui serait devenu plus tard la seule voie d'écoulement de la rivière détournée?
Quoi qu'il en soit, la charte de ± iiqo, indique la Botrebeika comme limite de l'échevinage de Bruges, entre le pont de N. D. et la maison de Baudouin le chauve, et la limite passait de là jusqu'à la maison d'un charpentier sur la terre de Baudouin de Praet. Elle semblerait avoir suivi alors le fossé de la ville, au .'îablon. La porte de la Bouverie qui a remplacé celle du Sud du Sablon, portait encore quelquefois au commencement du XIV*: siècle, le nom de die porte ter Biieterbeke et autres noms similaires '. Ce nom aura été sans doute, avant la fin du XII 1= siècle, un nom de rechange de la porte Sud du Sablon : car nous voyons temporairement, dans les documents, passer aux portes de la nouvelle enceinte, les noms de celles de l'ancienne.
Mais où chercher aujourd'hui la Boterbeke tn ville? Elle doit avoir été absorbée dans le rempart de Baudouin II (878-918) et tout au plus tard, dans celui de 1128. Nous voyons, au compte de 1297, lors du creusement de la grande enceinte, l'amorcement de la Biieterbeke et du rempart -.
Nous avons un tronçon de cours d'eau que la carte de Marc Glieeraeris ne donne plus, sur la carte peinte du Musée archéologique, qui est antérieure. Il traversait la partie de territoire incorporée dans la ville à la fin du XI 11'^ siècle, depuis le bout de la rue des Bouchers jusqu'au sud de Ste-Claire. Le compte pour 1282 parle de la réparation des gués de la Boeterbeke et de ceux qui se trouvent devant Sie-Claire '. Mais devant Ste-Claire nous avons, à ce que je crois, une portion de l'ancien Iperleet ; mais on peut y avoir eu également une dérivation des eaux de la Biieterbeke.
Nos comptes parlent de la Boterbeke jusqu'au milieu du XIV>= siècle, et l'on entretient l'abreuvoir qui y était installé, .le crois que les textes plus récents se rapportent à la rivière sur le territoire de ?t-Michel. Tout cela est bien vague, et je ne crois pas que la question du cours de la Boterbeke dans U ville actuelle soit soluble.
Nous devons mentionner encore l'Ipeilée. Cette rivière, indépendante de l'Iser jusqu'à des temps assez rapprochés de nous, se jetait primitivement dans l'estuaire de Dixmude. Celui-ci s'étant réduit, elle continua à couler par Schoore. Slijpe, Snaeskerke, Oudenburg, Plasschendale et Scipstalle. Ce C(jurs est établi par des textes du Xlli= siècle. Cette dernière section de l'Iperlée a été absorbée dans le canal de Bruges à Ostende. L'Iperlée, à ce qu'il me paraît, passait, avant la fin du XI 11»= siècle, sur le territoire actuel de la ville, depuis la porte des Maréchaux 1?), et à l'Ouest de Ste-Claire (Couvent actuel des Capucins), pour se décharger dans la Reie près de la Poterie, à la rue du Comie. Les gués, en cet endroit, sont connus par des textes de la fin du XI IK- siècle. Deux cents ans plus tard.
ORIGINES ET DEVELOPPEMENTS
riperlce est signalée encore au coin du '.v Gravenstraet et à la porte de St Léonard. Mais les remaniements lors de la construction de l.i grande enceinte de la ville, l'ont fait rectifier. Il fut récieusé, en 1417. et devint le canal de Plassciiendale à Nieuport. Veis 1460 il ne passait plus que par Scipsialle, par où son bras principal coulait depuis longtemps vers la Suène.