‹ BrugesChapitre 2 sur 137 · II. Onoincs et développements De la ville · texte numérisé non relu

II. Onoincs et développements De la ville

Le vont Brugge. — Le plus ancien document qui nomme notre ville, est une série de monnaies Carolingiennes, du 1X<î siècle. Nous y trouvons les formes suivantes du nom de la ville : liru^ga. Biuggas ; Rriigia, Bniggia, Bruggias ; liiyggia. Biiiiggia '. La Tratislntio de St Wandrégisile (944, retouchée en 981) ^ nous

donne Bruggias ; car la lecture avec ;fî est certainement fautive. En 961, nous avons : Actitm Briigis. La plaque de Gunhild, au Musée de la Cathédrale, 1087, écrit transiens Bruggas. Galbert (i 127) donne Brtigas, Bruggas et Brudgis.

L'on voit que la forme Briicghe du XIV<= siècle, comme la forme actuelle Brugge, est établie par ces documents.

Ce sera bien le pont en bois sur la Suène, qui se trouve à l'origine du nom de notre cité.

Le pont figure sur les deux plus anciens sceaux de la ville. La question étymologique n'en

serait pas une : alors, à quoi bon aligner toutes les formes germaniques du mot pont'' '!

\. Le Vil" et le VIII' siècle. — Au.x origines de Bruges nous trouvons le Vieu.\

Burg. Nous en devons la reconstitution à Ch. Verschelde +.

Tout autour de la future ville de Bruges nous trouvons, à l'époque Franque, des forteresses ou Castra qu'on appelle du nom de Burg.

Nous avons /^o^eH^t.;-^ (707) devenu Aerdenburg au XI I !>: siècle ; nous trouvons Aldenburg (Oudenburg), dont un témoin du XI*^ siècle affirme avoir vu les ruines. A Torhout, où passait la route romaine de Couitrai à Oudenburg, il y avait un Burg,

: Hi tf^gc, pont, ou de B//tg, boni

2oi,*3.C.m,io 1 métatbèse.^ ^

DE LA VILLE. i5

solide encore du temps de Baudouin bias-de-fer, qui osa y confier les reliques de St Donatien, parceque, dit-on, le Burg dt Bruges était déclassé.

Cette tradition implique qu'il y avait, vers 860, à Bruges un Btirg, vétusté et peu sûr, autour duquel rayonnaient les autres.

Les Romains peuvent l'avoir construit '. Seulement, le nom Biugge, qui est certainement d'origine germanique, comme nous venons de le voir, semble nous apprendre que, s'il y a eu quelques habitations gallo-romaines, le hameau d'alors n'a pas été assez important peut-être pour prendre un nom. Le mot biirgus se trouve cependant en latin dans Végèce (383-g2), qui a connu les Germains et peut leur avoir emprunté ce vocable. Mais si les Romains n'avaient pas construit de Castiuiii, au pont sur la Suène, serait-il étonnant que les Francs l'eussent fait? Les anciens documents désignent la rue Vieu.x Bourg par in vetei i urbe, strate jeglien over de oudebiierch et Tivinstraeikin in de onde but g ^.

Le vieux Bourg construit dans un coude de l'étranglement de la Suène, avait au sud ce que nous appelons le Diver ; à l'est, la Reie, depuis le quai du Rosaire jusqu'à la Grand' Place. Eut-il des fossés des deu.v autres côtés ? Verschclde met la Boterbeke comme fossé septentrional '. Nous n'osons le soutenir. Le carré était peut-être complété par un fossé sur lequel aurait été faite la rue Neuve. En 1878-79, M. Teirlynck-Ranson reconstruisit sa maison, rue vieux Bourg, C. 32. J'ai vu alors, en compagnie de Verschelde. lors du creusement des caves, la trace évidente d'un cours d'eau comblé, qui allait tout droit vers le nord, dans le sens de l'axe de la rue Neuve. A treize mètres du front de rue se terminait brusquement ce fossé. Mais, en cet endroit s'en détachait, en angle droit, allant vers l'est, une galène construite en mouffes, dans laquelle on pouvait se tenir debout. Cette galerie se prolongeait très loin, sous les maisons contiguës vers l'est *. Serait-ce là une trace de la Boterbeke ou du fossé nord du vieux Bourg ? Nous pouvons nous faire une idée de ce vieux Bourg avec ses constructions en veltsteeii, en bois et en torchis. Il avait des ouvrages de défense en pierre; car Baudouin II, dit le chauve (879-918), en utilisa la pierre à de nouvelles fortifications ^

Charles Verschelde nous faisait remarquer ^, dans l'espace occupé jadis par ce vieux Bourg, en se servant de documents plus récents : 1° Den otiden Steen, ancienne habitation du châtelain, construite en pierre, à l'emplacement des maisons marquées B. 29-31, rue aux Laines, qui devinrent plus tard la prison communale. — 2° De Zandberg, la motte du donjon, à l'emplacement de la maison attenante, B. 27. — 3" 't Oitd Schepenhinis, ancienne maison scabinale, au coin de la rue de Vieux Bourg et de celle des Chartreuses, C. i3, dans les soubassements de laquelle on voit encore de grandes briques du XI 11'= siècle. — 4° Le Wulliuus, entrepôt des laines, rue aux Laines, B. 33, qui fut racheté par la ville, en 1415, pour être exploité à son profit, — 5" Le Meersseniersstraetje, petite rue des merciers, aujourd'hui supprimée.

Voilà donc Le château, le donjon et sa motte contre la Reie, le siège du magistrat local, l'entrepôt et les merciers ; tout cela protégé par un mur dans un quadi ilalèie protégé de deux côtés par la Reie, et peut-être, sur les deux autres par un fossé. Tel fut sans doute le berceau de Bruges.

Ce ne sont là que des conjectures : mais elles deviennent très plausibles quand on les examine sans préjugé.

l. Plus haut, p. 6. ^ 2. C. .299, IJ. 371; IJ.4.Î5 (XIV s.) et RéR. pupill ^ i. f.ltiife su, les noms drs mes. etc., .AE. x.\vil. 50J-Ô04; 3io ôi?. ^ 4 RDH. VS.. AE, XXVII, 3ii Voir plus loin* 6. .AE, xxvii, 3i5-3.6.

ORIGINES ET DEVELOPPEMENTS

Ce Burg servait de tète de pont au Zwijn. à l'endroit où se croisaient les Diverticula romains, comme nous l'avons dit à la page 5.

11 est naturel de croire que des habitants se sont abrités sous la protection de ce liiii-^ et que des faubourgs se seront formés tout le long de la Reie et de la Boterbeke : l'un nous est représenté par la rue flamande, la rue haute et la place Mallenberg ; l'autre, du côté de St-Sauveur, bordait la Steenstrate.

Ce bourg ancien est d'origine payenne ; nous n'y trouvons aucune trace d'église ancienne : ce qu'on trouve dans tout Burg construit après l'évangélisation.

Nous croyons que c'est là le Municipium Flaudrense, dont parle St Ouen, dans la biographie qu'il écrivit de St Eloi, son maître et ami, dont un texte légèrement ' remanié nous est pai venu. ! I y est dit notamment que trois « municipes » furent confiés à son zèle : Flandicnù, Giiiuiciisi ctiain et Ciutracensi '. Un municipe est une petite ville dont les habitants oui certains droits et des obligations, sans être des citoyens romains, comme le disait si bien Olivier *de "Wree -. Un abrégé de cette vie de St Eloi, cité par Wastelain, remplace le mot Flaiidrens! pnv Brugensi.

lUiie bioiiée de Huyciix, t Ic-Coiiquér;iiit, £*' moitié (lu XI" s

Nous avons dans la Vie de St Kloi, la mention la plus ancienne du nom de la Flandre, et la désignation d'un Pugiis dont notre ville était le centre. La zone d'influence de ce Municipium, s'étendait depuis la limite du Courtraisis, jusqu'au pays de Gand et jusqu'à la Frise, dont le Sincfal nous séparait ; car le même auteur ■' nomme à part les Anversois, les Suèves, les Frisons et autres peuplades habitant, dit-il, le bord de la mer. Deux siècles plus tard. le territoire de la Flandre s'étendra au-delà du Zwijn, dans la Zélande actuelle, et l'Escaut deviendra sa limite. Le Pagus devient déjà sous Charlemagne, un Comté. Le Capitulaire de Servais, en Novembre 853, parle entre autres, des Comtés dLi Courtraisis et de la l'iaiidia K

* 4- VDK.,

DE LA VILLE

Tout cela semble révéler une organisation franque. Un Cornes, fonctionnaire royal, mais dont le titre n'a pas la valeur du sens que prendra plus tard le mot Comte, est préposé à l'organisation du district. Nous retrouvons encore dans la toponymie actuelle des traces d'une organisation franque. notamment l'existence du Malberg. entoure d'une clôture ou tiiin ; nous connaissons les fourches patibulaires, érigées à côté du Malberg et dont le nom s'est conservé longtemps dans le Galgeveld, ruelle derrière la chapelle de St Pierre, lue Philipstok.

La tradition nous rapporte la fondation, par St Eloi, de deux chapelles. Nous croyons devoir mettre dans les années 640 la fondation de St-Sauveur, qui fut l'églisemère, et celle de N. D., qui devint plus tard St-Donaiien. dans le nouveau Burg '. Si

St Eloi construit deux chapelles, c'est que le Municipe comptait un nombre assez considérable d'habitants, que son apostolat y était fructueux, et qu'il y avait deux hameau.v l'un sur les hauteurs du Sablon et le long de la Boterbeke, le plus imporlani. puisque sa chapelle, dédiée au Sauveur, a été la première à jouir de la paroissialilé. L'autre, sur les hauteurs du Mallenberg, sur la rive droite de la Suène, — notre Bourg avec la place St-Jean et la rue Haute, avait la chapelle subsidiaire dédiée à la mère du Christ. N'oublions pas que le Bourg de Baudouin Bras de fer n'e.xistait pas encore alors.

Les parties basses de la ville ne seront habitées que plus tard.

Je n'insiste pas sur les traditions qui concerneraient l'arrivée de St Willibrord (695 ou 696), ni de la fondation de N.-D. par St Boniface. vers 744. Je n'ai rien pour les appuyer.

Quels étaient les habitants de la Bourgade, à cette époque éloignée ? Tout semble nous dire que c'étaient des gens qui cherchaient leur sécurité, en s'agglomérant à l'abri d'un Bourg, contre les pirates, et sur des hauteurs, contre les lavnges des flots. Ils se sont ti.xés entre les gras pâturages du nord et des coteaux boisés du sud, qui devaient leur

ORIGINES ET DÉVELOPPEMENTS

fournir une nourriture abondante. Nous voyons d'ailleurs, dans les sermons de St Eloi que les habitants de notre contrée se livraient à l'élevage, étaient industrieux, qu'ils parcouraient le pays avec leurs marchandises, que les femmes s'occupaient du tissage et de la teinturerie. Donc, marchands, tisserands. Nous avons parlé des ateliers de poterie, plus haut, p. 7. 11 est évident qu'ils pratiquaient aussi la pèche. Ipres exerçait encore la pêche maiitime, en 11 27. Ici, la maison des poissonniers se trouve à la Grand' place, depuis un temps immémorial. C'est la seule maison de métier que nous ayons jamais eue à la Grand' place, et la chapelle de St Christophe, leur patron, s'y trouvait également, depuis les temps les plus anciens.

L'on a fait remarquer que, lors des joyeuses entrées, Bruges devait au prince un poisson de grande dimension ; mais c'était là un devoir féodal de la ville, qui avait suivi le rachat en 1290, du droit de pèche dans la Reie appartenant au seigneur d'Assebrouk.

Nous nous occupons plus loin de la situation juridique de cette population.

Le IX'^ et le X'' siècle. — Ici vient se placer un événement considérable. Baudouin I. dit Bras de fer, entre dans l'histoire, en 862. Il n'était peut-être qu'un riche seigneur, vassal du Roi, dont le fief primitif comprenait sans doute les doyennés de Bruges, d'Aerdenburg et d'Oudenburg ', quand son mariage avec la fille de Charles le chauve, le fit nommer Comte du royaume. Il reçut en bénéfice tout le pays compris entre

l'Escaut, la Sommeetl'Océan, en 864 ^ Ce pays n'était plus le petit pagiis Flatidrensis de l'organisation franque; il était devenu, par le traité de Verdun 1843), une Marche ou Marquisat, pays frontière, à défendre contre les incursions.

Ni Baudouin I, ni Baudouin II ne semblent avoir porté le titre de Marquis, titre que se donne Arnouid 1 (918- 065) en même temps que celui de Cornes.

Cette Marke de Flandre comprenait les Pagi de Waes, de Gand, de Courtrai, de Tournai, le Caribant, le Mélantois, la Pèvle. Il serait peut-être prématuré, à cette époque, d'y comprendre aussi la partie du diocèse de Térouane — Ternois, Boulonais et Mempisque — entre l'Isère et l'Aa.

Quelle que soit l'idée qti'on ait sur le rôle de Baudouin contre les Normands, il paraît que le quartier de Bruges n'a eu Phoi. d^ M.J.Dr. c,.„i„ck. à souffrir de leurs incursions qu'une

L'église de st Donatien au Bourg ;riap,ès un. able.upen,, , j-^j j g^ 3,^^^ -^

après 1710. Cabinet rie M. Alfred ne Mail. v.^ , t ' T

VUK, HCRH, iSq7. "06.

DE LA VILLE

Gand, leurs descentes de 979 et années suivantes furent fatales aux abbayes du mont Blandin et de Tronchiennes. En tout état de cause, ces incursions, comme celles de 880

où le monastère de Torhout, qui servait de séminaire pour les missions du Nord, fut dévasté, sont postérieures à la mort de Baudouin Bras de fer.

ORIGINES ET DEVELOPPEMENTS

Toujours esl-il qui si Baudouin voulait défendre le pays qui lui était confié, il ne pouvait pas se conienter du Bourg délabré qu'il y trouva.

Aussi, le nouveau feudataire n'osa-t-il y déposer les reliques de St Donatien qu'il avait obtenues de Reims; mais il les fit conserver dans son Bourg de Torhout.

Il s'empressa de hàtir un nouveau Bourg avec fossé de circonvallation renforcé d'un mur '.

Ce Biirg éuxiX compris entre ce que nous appelons la Grand' place, la rue Philipstok, le Mallenberg et le quai des Marbiieis. Dans celui-ci se trouvait l'antique chapelle de N. D. bâtie par St Eloi, qui devint plus tard l'église de St Donatien. C'est le liutg actuel.

Ce Bourg contenait le Sleen ou habitation du Seigneur, la maison des Otages [Ghiselhiins). Nous ne savons s'il contenait aussi la Monnaie ; mais cela est plus que probable.

Car Bruges avait sa monnaie vers celte époque. En i858, on a trouvé à Assebiouk dans les Rijke velden, un petit vase en tarie grise contenant entre 200 et ino pièces de monnaie carolingiennes, dont 2o5 ont pu être sauvées^. Parmi elles il y a 109 deniers d'argent, martelés à Bruges, les autres sont: 48 deniers d'Arras, i3 oboles de Quentovic (= Eiaples, Pas-de-Calais) et 5 obcjjes de Sl-Denys. Il y a sept types différents de monnaies brugeoises. La face porte un monogramme, qui est celui de Chailes le Ciiauve (840-877) ou de Charles le Simple 1893-929) avec les mots -4- GR.\TIA DEl REX. En pile, il y a une croix entourée de l'exergue BRUGIA MO. Nous y lisons ce nom de Bruges avec les variantes que nous avons signalées à la p. 14. Nous avons eu l'avantage de donner, à la même page, une photogravure représentant les pièces qui sont en possession de Mgr. le Baron de Béthune, Archidiacre du Chapitre de Bruges.

L'existence de cet atelier monétaire démontre la présence d'un marché à transactions importantes, un rendez-vous des marchands. La présence, au surplus, dans le même dépôt, de toutes ces monnaies d'Arras, d'Etaples et même de St-Denys, près de Paris, fait supposer des relations étendues.

C'est vers 875 qu'on croit pouvoir placer la fondation de l'église que nous appelons encore Notie-Dame. Un document de loyS '" affirme que l'église d'Utrecht la possédait alors depuis près de deux cents ans ; mais il paraît que cette église ne reçut les reliques de Si Bonitace qu'en 11 14 ■*. Construite sur le territoire de la seigneurie de Sijsseele, il est vraisemblable qu'elle était bàlie sur l<i rive droite de la Suène, tandis qu'elle se trouve aujourd'hui sur la rive gauche de la Reie. Or la Suène (Sincfal) était la limite méridionale du diocèse des Frisons. La Reie ne représenterait donc plus le tracé de l'ancien Zwiju, et l'ancien lit de celui-ci se serait trouvé à l'ouest de N.-D. et au nord de celte église, pour couler tout droit dans la direction du Dijver. Telle devait encore être la situation en 1089, oii il est affirmé que v la paroisse de St Sauveur u se trouvait dans le Castelliim forinsecum, ce qui n'est dit ni de la partie principale de la « paroisse de N.D. de Bruges », ni de la « terre de Prat », qui se trouvait dan.f celle-ci ^ L'enceinte méridionale de la ville ne pouvait suivre alors que l'ancien lit du Zwijn, sur lequel l'immense tour de N. D. a été construite plus tard ". Ainsi s'explique aussi la tradition d'après laquelle les pilotis qui soutiennent la tour auraient été enfoncés jusqu'à la place Simon-Stevin. La question reste ouverte.

La baie du Zwijn était déjà très retrécie, par les apports d'alluvion. Peut-être que

I. JoAH. I.OXGI (=Iperii) Oiron S. Hertini. Mon. Geivt.. SS.. .\xv. 768. ^ 2. Vaderlanduh M,nr,„n. m. 417; - V. UaillahI), Rechct dus sur /es .\/ouu„ies des CumU-s de FI., 1. S. ^ 3. M, II. 9<9. ^ 4. KeaucoUKT., N. D.. 58. ^ 5. CP. II. i5.

DE LA VILLE

la partie en amont de Bruges, était déjà devenue la Roia, s'épanouissant au Dijver et aux coudes, peut-être que la Siiène n'amenait plus les eaux de marée que sur les terres de Praet, formant la paroisse actuelle de St Gilles, à peuie jusqu'à la Cour de Gand.

Toute la Flandre brugeoise était devenue très praticable.

l,e récit de la Translation du corps de St Wandregisile, de Boulogne siu-mer à Gand, en 944, est très intéressant pour nous faire connaître noire contrée et le degré d'avancement de Bruges à cette époque. Le récit, écrit par un contemporain, fut retouché en 981 \ Nous y voyons que le cortège suivit l'ancienne route romaine de Leisele, Loo, Werken, Aertrike, Bruges. Aussi longtemps qu'on marche dans la vallée de l'Isère, l'on n'a que des criques, dans lesquelles l'eau de la mer s'engouffre. Il y a là jusque trois estuaires qu'on doit passera gué. et le marquis Arnould, qui conduit l'e.xpédition, ne s'en tire avec tout son charriage, qu'à force de chevaux. Une fois dans la contrée qui est devenue le Franc de Bruges, tout change. Adèle, la mère du Marquis, vient au-devant de lui avec ses gens et une foule nombreuse de peuple, et le conduit passer la nuit dans son château. Winendale est antérieur à Robert le Frison. De bon matin l'on se diiige sur Aertrike. Et voici qu'un nombreux clergé, suivi de gens de toutes conditions, arrive processionnellemeiit de Bruges, sous la conduite de l'archichapelain Leuthon, avec croix et lanternes, en chantant des hymnes. Et, sous leur conduite, aux accents de leuis cantiques, les relique» sont conduites à Bruges et déposées provisoirement dans la basilique de St Donatien de Bruges, d'où l'on va à Gand par Tionchiennes.

Nous avons conservé à cette relation, tout en l'abrégeant, les propres termes dont s'est servi l'auteur.

Nous voyons donc que notre contrée était alors bien habitée, et qu'elle offrait des routes praticables, puisqu'on marclia procession nellement d'Aeitrike à Bruges.

.Au surplus il y avait déjà plusieurs églises dans les environs de Bruges. Elles sont mentionnées dans l'acte de fondation du chapitre de St-Donatien, qui est de 961 - :

l'église de St Michel dans la W//rt Weniebrigga ; la parois- p;,„/. aw,. i ■ ,. cdeii<Ui<.i cde'^t lusie mi sade

se de Ste Croix ; la chapelle de

Ware (Wardamme) et celle de Ridevorda ; les paroisses Oskeika près de Biidanflit (L'écluse). Redembuig, Holtawe, Utkerke. Madkerka ; l'église d'Orscamp. les lieux dits Liswega, Dudzela. Que la Suène etit beaucoup perdu en étendue, Lisseweghe, surtout Meetkerke et Oostkerke, en disent long.

Ce même acte de 961 mentionne encore dans nos alentours, Dudzela, Aertrike, Sarkemghem, et Jabbekka. II y a déjà sur le futur territoire de notre ville trois églises

ORIGINES ET DEVELOPPEMENTS

paroissiales : celle de St Sauveur dans le castelliim forinsecum ; celle de N. D. dans le Bourg, qui prendra le nom de St-Donatien ; une autre église de N. D., sur la Seigneurie de Sijsseele. Le diplôme de 961 parle de deux courtils dans la paroisse de St-Sauveur ; de quatre courtils et d'un pré dans la paroisse de N. D. de Bruges ; de 32 mesures dans la terre Praet de la paroisse N.-D. Cette terre de Praet désigne St Gilles, découpé au XIII'' siècle dans la paroisse de N. D. de Sijsseele. Il cite la chapelle de St Chiistophe, sise dit-il, prés du marché (juxta forum). Par cet acte, Arnould le grand érigeait dans l'église de St Donatien, qui était régie quelques années plus tôt par un archichapelain du nom de Leutho ', un chapitre de douze chanoines et d'un Prévôt, à élire par eux ". L'érection de ce chapitre prouverait à elle seule, l'importance de la localité et le développement qu'y avait atteint le clergé.

L'on a si bien endigué l'estuaire de la Suène, dans la traversée de la ville, pour construire, établir des chantiers et des qiiais d'accostage ; et la mer a déposé tant de sédiment dans les parties basses, que la ville n'est plus traversée que par la Roia, large et profonde, le viai fleuve de l'ancienne Bruges, dans lequel la marée se fait encore sentir.

Pouvons-nous nous faire une idée de la topographie de Bruges, à cette époque?

Certes, au moyen de la toponymie. Nous ne voulons pas dire que toutes les appellations dont nous allons nous servir, remontent à une époque aussi éloignée que le X'' siècle ;

Cliché du Bulletin des Miliers tCarl.

Lautel .le l.i cliapelle de St Basile. Xlf siècle ; rest:

nous croyons même que quelques unes peuvent avoir une origine bien étrangère à la topologie. II est cependant certain que de leur ensemble ressort une peinture assez e.vacte de la physionomie antique du territoire de notre ville, surtout si l'on tient compte en nriême temps des données hypsométriques •'.

Nous avons le Sablon, terres peu productives, qui montent à l'ouest vers St-André et Varssenare, et s'élèvent, en bruyères, vers Aertrike au sud-

Aiilel lie la chapelle de St Basile. XU' siècle. A. Hase ancienne.— n. Chapiteau (restauration).—Table primitive.

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