‹ BrugesChapitre 77 sur 137 · CD, Acl · texte numérisé non relu

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l'avant-cour. avec escalier vers l'habitation. Au rez-de chaussée se trouvait la grande galerie ; puis il y avait l'étage, au-dessus duquel une galerie supérieure, d'où l'on pouvait voir, par dessus les murs du Bourg, ce qui se passait au centre du Marché. Le bâtiment était garni de gouttières de plomb. Un donjon dépassait la toiture du palais ^

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Avons-nous des repiésentations de ce bâtiment ? Peut-être le sceau de la Ville de Bruges, gravé avant 1261, reproduit ci-dessus, p. 124, donne-t-il une traduction de ce bâtiment, en style du XI 11^ siècle '. Si cette hypothèse était fondée, il faudrait croire que le palais de notre Comte, construit vers 1120. aurait eu des ressemblances avec le Palais épiscopal d'Auxerre, aujourd'hui Préfecture, contemporain de la Loove^.

Mais ne serait-ce pas trop beau ? Notre architecture, au commencement du XI1<' siècle, n'était sans doute pas encore aussi avancée.

* Le premier règlement pour les frères et les soeurs de l'Hôpital St-.lean est daté de janvier ii88-\ II existe, au-dessus de la chapelle de St Corneille, qui est du XVI' siècle, des restes d'une construction très intéressante, en tuf d'un ton grisjaune, où l'on voit un fraginent de hotte de cheminée construite sin- demi-cercle, dont le foyer était au rez-de-chaussée. Cette construction primitive doit avoir occupé l'emplacement de la tour, de la chapelle de St Corneille et peut-être celle de la porte d'entrée actuelle -t : elle doit être antérieure à l'an 1200.

Vient ensuite la construction de la salle romane, aujourd'hui salle de milieu de l'ancien Hôpital. Au.x façades sont employés les matériaux les plus divers : du reltsteeii. du tuf jaunâtre, de la pierre de Tournai, des blocs de grès et de grandes mouties rouges, du ton le plus ancien, de 0,34 sur o,io5. Les moufles de certains arcs de tenètres sont plus longues encore. Le style est touinaisien. La partie supérieure du pignon oriental et tout le pignon occidental, amsique les murs gouttereaux, à corniche moulurée en tuf, sont construits en grandes moufles rouges. Remarquez les petites fenêtres,

latérales et. au bas du pignon occidental, la construc- ';-^'",''érie"iiêss"'i 'i'e M°rovMrKotsL*'r'r'^^^ tion en assises alternées de moufl'es et de tuf. Les murs iSj.i p.^mier quart .1.. xiii- sièric. gouttereaux, de part et d'autre, ont été repris en sousœuvres sur une épine de colonnes, en 1289-91 ; et alors on a enlevé leurs contreforts, dont on voit encore des arrachements. Cette salle doit être construite vers l'an 1200.

Une troisième construction nous est révélée par les parties suivantes : la tour jusqu'à la base de ses pignons; la porte d'entrée; la pharmacie, dont les fenêtres latérales à l'étage furent refaites au XV'^ siècle, en même temps que les toitures ; le pignon donnant vers le Nord, de l'ancien presbytère, où l'on voit la lancette du pignon, contemporaine de la fenêtre tournaisienne de l'étage ; le mur jusqu'à l'angle des façades de l'Hospice actuel de la Maternité. Ici, nous avons partout la même brique de o,3o sui' o.oyS à 0,08, de ton rouge ; et tous les ébrasements sont à arête vive. Les détails de construction nous ramènent à la partie la plus ancienne de l'église de Lisseweglie. Ces parties nous semblent donc construites vers 1220.

En 1289-91, les murs gouttereaux de la salle de l'Hôpital furent donc repris en scusœuvre, pour la construction des deux salles latérales. Les comptes de cette construction

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existent. L'épine de colonnes placée alors, fait panser aux vieilles colonnes de notre lFfl/6'r/î^//e, à celles dOostkerke et de quelques caves existant encore en notre ville. A ce travail appartiennent les deux salles ; mais le pignon oriental de celle du nord a été remplacé par une abside, en 1473-74. Le p )rtail occidental de la salle primitive fait partie des constructions de 1289-1291. — Toute la construction est faite en magnifiques briques jaunâtres de o,3o sur 0,08 '. Les pignons de la tour ont été reconstruits avec les mêmes briques ; et nous prions le lecteur d'observer la façon de construire l'oculus à redeiits, au moyen de douze mouffes plates, procédé que nous croyons brugeois, et qui nous permet de prendre date. Toute cette construction est très tournaisienne. La fenêtre tournaisienne domine aux deux façades occidentales. Mais à la façade vers la rue, du côié de la Reie, la seule des deux qui soit conservée, nous avons de larges fenêtres gothiques, à meneaux déjà variés, en briques, — tous ne sont pas anciens — , à ébrasements avec petits chapiteaux, de notre seconde période du style de la brique, où les arêtes vives sont mêlées aux tores et aux chanfreins; tandis que, au rez-de-chaussée des façades intérieures, nous avons d'élégantes lancettes, profondément ébrasées. Ces fenêtres si différentes de forme nous présentent de beaux types de style, de date certaine.

* La grauge de l'abbaye de Ter Doest, à Lisseweghe, est une construction monumentale 2. C'est une construction en briques, où apparaît, aux pignons, entre les contreforts, qui, du reste, sont fort décoratifs, un essai du grand élément de la travée, qui fera le fond du décor brugeois jusqu'au XVII= siècle. Au rez-dechaussée les fenêtres décoratives sont complètes et indépendantes. La moulure d'encadrement des deux tenêtres superposées n'existe pas encore. L'élément brugeois de la travée ne s'y trouve donc pas, dans sa forme définitive. 11 n'y a qu'un essai. La construction est faite entièrement en briques jaunâtres, qui mesurent de 0,34 à o,3o sur une épaisseur variant de 0,07 à 0,09.

L'on n'a apporté aucune raison pour appuyer la date, vers 12S0, qu'on assignait à cette construction '. Tous les ébrasements sont à arête vive ; les petites baies aveugles, à l'intérieur, sont très primitives ; les petitesfenêtres latérales sont en plein cintre, ainsique la porte d'entrée. Dès 1220, la nécessité doit s'être fait sentir à Ter Doest d'avoir une grande grange. C'est surtout pendant le premier quart du XIIli^ siècle que les terres et les dîmes de l'abbaye se sont accrues. Ce fait combuié avec les éléments constructifs, me pousse à proposer de classer provisoirement cette grange vers 1220.

* Le Beffroi et les Halles. — Je constate la construction, avec les mêmes briques rouges, d'un même ton général (de 0,29 à o,3o sur o,o65 à 0,075) des parties suivantes du Beffroi : les fondations que nous avons pu voir, en 1880 •» ; l'extérieur des deux étages carrés ; les échauguettes de l'étage inférieur (sauf les créneaux), et la galerie qui relie les échauguettes, ainsi que les arcatures sur lesquelles celle-ci porte ; les tourelles d'angle du second étage, sans leurs flèches datant, avec la galerie et l'octogone de la tour, de 1482- 86 ; enfin tout l'mtérieur de la tour, sauf le revêtement de l'étage supérieur et sa voûte (1482-86).

Sont construites avec des mouffes semblables, certains revêtements des murs des Halles : d'abord, sur les quatre faces extérieures, notamment la zone comprise entre les deux cordons en pierre blanche, lesquels sont du XV !« siècle; ensuite la grande partie des murs dans la cour. Notons toutefois qu'il sied d'être prudent et d'éviter de se laisser

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tromper par les apparences. Lors de la grande réparation des Halles, vers i525, continuée de i56i à 1564,011 fit cuire expressément de grandes briques, qui sont portées aux comptes, en même temps que de petites briques ' ; et il est bien possible que ie bon goût de Ciirétien Sixdeniers, Matthieu van Eede, plus tard de Jacques Beyts et de ses compagnons, maçons entrepreneurs des travaux, les aura poussé à faire confectionner des briques des dimensions de celles des anciens parements, par respect pour le monument. Car il est de fait que le cubage des briques achetées en 1561-64 peut avoir suffi à une reconstruction presque complète des murs.

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Appartiennent encore à la construction primitive, les parties suivantes, en pierre bleue de Tournai : les colonnettes engagées aux quatre angles des Halles et du Beffroi, et les parties adjacentes jusqu'aux pierres de taille bleues, qui portent des marques de tâcherons, et sont de 1561-64 ; les tympans aveugles des fenêtres du premier étage, face au Marché ; les deux fenêtres intérieures de la tour, derrière les créneaux des Halles ; à l'intérieur de la tour, l'appareillage de certaines baies, murées sans doute vers 1281. Puis, en pierre blanche, les masques qui portent les trumeaux, à la face septentrionale de la salle de Trésorerie.

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Tout cela repiésente le carré actuel des Halles et les étages carrés du Beffroi.

Cette construction n'a pas été élevée après l'incendie de 1280. La preuve en est fournie par les réparations relativement peu importantes faites alors, et par la perception, sans interruption, des droits de place dans les Halles '. Ajoutons qu'entre 1285 et 1208. on coustruisait, à grands frais, le gros œuvre de la nouvelle Halle ou Walerhalle, a l'est du Marché. — Nous constatons l'existence de l'aile orientale des Halles, en i;io4, i3o7 etc. ; nous trouvons mention de la cour intérieure, en 1291. L'on appelle Nouvelle Halle, dès 1284, le bàimient de la Waterhalle, pour le distinguer de la Vieille Halle, auisi déjà désignée au compte de 1 298. — Cette construction n'est pas de 1 3oo- 1 3 1 8, période pour laquelle nous avons presque tous les comptes, et où nous ne trouvons que des dépenses d'entretien à la toiture =. — Elle ne peut être de la période de i3i9-3o, pour laquelle les comptes sont perdus. En voici les raisons. D'abord, pendant cette période, on aurait donné plus de soin au tracé des tympans aveugles des fenêtres tournaisiennes du premier étage, côté de la Grand'place ; et Jes masques de la salle de la Trésorerie auraient eu un caractère se rapprochant davantage de celui des clefs des voûtes du premier et du second étage de la tour. Ensuite, ces années représentent une époque fort troublée, où les amendes à payer au Roi et a Louis de Nevers. mangent plus que les ressources de la Ville. C'est à tel point qu'on n'a pas coiuiiuie la construction de la Waterhalle, dont le gros ouvrage fut commence en 1284, qui fut à peine couverte en 1294^, et dont on nentiepnt la partie décorative qu'en i33i-36 ^. Les 1400 livres de Flandre d'intérêts que la Ville avait à payer pour les constitutions de rentes, établies à sa charge, entre i3i9 et i33o ', représentent un capital qui pourra avoir été absorbé par les amendes politiques à payer.

Disons, au surplus, que toute cette construction n'est pas postérieure à 1 33o. D'abord, les briques commençaient à perdre, au moins en épaisseur ; et le style des parties indiquées ne correspond plus avec l'époque. Ensuite, la série de nos comptes pour ce temps n'indique, tout au plus, que de grosses réparations ; nullement une reconstruction. Nous connaissons également la portée exacte des reconstructions de 1561-64.

Ayant écarté toute la période i282-i33o, nous nous demanderons quand turent construites nos Halles, et la partie carrée du Beffroi. D'après les raisons que nous avons apportées plus haut '^, une Halle e.vistait avant 1211, contemporaine ou antérieure à la reorganisation de notre foire, le i 5 août 1 200, et construite peut-être en bois. On y tenait une toire aux draps le jour de la St Donatien, avant 1239 '. Damme obtint le privilège d'avoir une Halle, en 1241 * : le privilège de Bruges doit être antérieur Nous savons, d'autre part, que l'aile orientale des Halles et le Beffroi d'Ypres, en pierre, furent terminés vers i23o. Bruges n'aura pas été en retard sur cette ville. Puis, nous savons que Thomas de Savoie constitua, en 1239, une rente, à prendre sur son revenu de la Halle de Bruges, en faveur de l'abbaye de Clairvaux, pour le terrain sur lequel se trouve la Vieille Halle ". La Ville payait cette rente, comme il appert du plus ancien de nos comptes '° et d'une quittance donnée en 1282". Serait-il étonnant que cette constitution de rente fût connexe avec la construction du bâtiment, en matériaux résistants ? — L'appareil si régulier de la maçonnerie se trouve déjà vers 1 200, à St-Sauveur ■= ; à l'église de Stalhille, vers 1 249, etc. Les masques, dans la Trésorerie, ont l'allure de sculptures bien antérieures à la tin du Xllle siècle.

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