INTRODUCTION
Entrée tardivement en possession de son autonomie, la Belgique, dans ses étroites frontières, constitue une nation au sens vrai du mot. Son organisme, autant que ses mœurs et ses institutions, portent l'empreinte des siècles, s'accusent en des monuments où survit un passé de singulière grandeur, qu'on l'envisage au point de vue politique, guerrier, artistique, commercial ou industriel.
Tandis que le nombre et la splendeur des édifices religieux attestent l'ardeur de la foi, de somptueux hôtels de ville, de majestueux beffrois « dont chaque pierre dit la fierté ' » proclament la puissance du principe communal, évoquent le souv'enir des siècles, où, au signal de leur cloche d'alarme, les milices bourgeoises s'armaient pour la défense de leurs
' Funck Brcntano : Philippe h- Bel en FlaiiJi\
Il INTRODUCTION
foyers et de leurs droits. Des halles, superbes autant que des églises, restent debout en témoignage de l'opulence de ces métiers, traitant de puissance à puissance avec les souverains, gardiens jaloux de privilèges conquis au prix de leur sang.
Divisés souvent d'intérêts, donnant parfois le spectacle de luttes fra-
Cofire aux privili/ges des Drapiers d'Vpres.
tricides nées des rivalités industrielles ou commerciales, souvent aussi armés pour servir les convoitises de quelque maître étranger, ces anciens centres d'activité n'en possèdent pas moins, et fréquemment aussi, d'attachants souvenirs communs. L'on est frappé, passant de Bruges ou de Cxand à Tournai ou à Mons, et nonobstant la différence des idiomes, de trouver peut-être plus de similitude encore que de contraste sous le rapport monumental.
A ce dernier point de vue, surtout, la Belgique est prodigieusement riche. l'.galement dignes d'intérêt pour l'archéologue et pour l'artiste, ses ensembles architecturaux, ses œuvres d'art résument avec non
INTRODUCTION m
moins d'éclat ciue d'éloquence une succession de siècles illustrés par quelques-uns des plus rares génies qui aient illuminé le monde, et dont l'influence se fit sentir bien au delà des limites étroites de leur pays d'origine.
La tâche de diriger l'attention du lecteur vers les plus marquantes d'entre ces richesses, vers les splendeurs de l'art que gardent de leur passé les provinces méridionales desPavs-Has, a été maintes fois abordée
^SBSîliP**'
Bruges. Le quai de la Vigne.
avant nous. Que le thème soit épuisé, nous ne le croyons pas. En pareille entreprise, vouloir se prévaloir d'une priorité serait absurde, autant que vaine la prétention d'être le dernier.
Longtemps opposé comme contraste à l'art italien, celui de la Flandre fut, durant une trop longue période, envisagé comme d'ordre inférieur. C'est d'hier, à peine, que la critique apprécie à sa valeur l'œuvre de ces « primitifs » que les collectionneurs se disputent aujourd'hui à prix d'or. Jean-Baptiste Descamps, un jjeintre. lorsqu'il publiait, en 1769, son Voyage pittoresque de la Flandre el du Brabant, accordait quelques lignes à peine à la châsse de .Sainte-Ursule, - tant vantée par van -Mander» et encore n'était-ce que pour signaler son fini et sa sécheresse. Paut-il