‹ Bruges et YpresChapitre 3 sur 14 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

appeler la défaveur, ])Our ne pas dire le mépris dans lequel était, à une époque récente encore, tenu le style gothique ? Combien palpables et néfastes ses effets I

\ jucb. l.'iiusiiKc JV-Ut;, lUc Je Lilk'.

Les créations moins anciennes de l'art, celles où s'exprime avec le plus d'éloquence le génie flamand, devaient demeurer elles-mêmes incomprises tant c^ue dura ce c^ue l'on peut appeler le règne de David,

prolongé, clans les provinces belges, par le long séjour qu y fit le fameux artiste français. On veut qu'il ait prononcé cette parole : N'est pûs Boucher qui veut ; l'histoire ne àitpmnt qn'W aitjugé Rubensou Tart flamand avec une égale faveur.

C'est en réalité à la génération présente, à celle qui sut tirer presque de l'oubli Velasquez. Rembrandt. Frans liais, Adrien Brouwer qu'échoit l'honneur d'avoir mis en relief l'intérêt de ces manifestations d'art où se

Vpres. L'hôpital Xotre-D.ime.

reflète avec tant d'éloquence le génie des siècles et, à un degré non moindre, le génie de la race qui leur donna naissance.

Certes, le temps a lamentablement appauvri le patrimoine arti.stique des provinces belges. Après s'être vu ravir une première fois, au cours du xvi'' siècle, une partie de leurs trésors, emportés à pleine charge par les caravelles espagnoles, elles allaient connaître la dévastation de leurs principaux édifices religieux, par de modernes iconoclastes, et. plus tard. la moisson faite sur leur sol put servir à l'enrichissement des plus splendides galeries du monde.

Le xvir siècle représente, dans l'histoire de l'art flamand, une ]iérioile de production intense. Elle devait toutefois être suivie, outre le lamentable cortège des maux de la guerre, de la suppression des Jésuites et

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de In dispersion consécutive du vaste enseml)le de productions cirtisliques amassé par la compag-nie, de l'abolition des ordres rclio-ieux plus riches encore en œuvres d'art, enfin, de l'enlèvement, au profit du musée du Louvre, de ce qui pouvait encore, aux yeux des commissaires de la République, être jugé digne d'accroître ce ])rodigieux ensemble de richesses recueilli dans presque toute l'Iùirope.

Vpres. Maison, rue d'Elverdinghe, ij

Elle serait moins difficile que longue à faire, l'énumération des églises dont, après les avoir dépouillées de leur parure artistique, le régime républicain ordonna l'anéantissement. Et pour peu qu'on se souviennede la dissolution des corporations civiles, dont les générations successives avaient accumulé, dans leurs locaux, un respectable contingent de toiles dues au génie de maîtres renommés, l'on sera pleinement averti des modifications survenues, à bien des égards, dans les centres que nous aurons à parcourir.

IXTROnUCTIOX

Le régime impérial n'ouvrit point l'ère des réparations ; il fallut attendre sa chute pour récupérer, du moins en partie, les richesses détenues par le vainqueur. Les courants nouveaux du goût ne garantissaient plus que très imparfaitement alors leur bonne conservation. .Alalgré tant

:ue à'I-'vcrJii'iilu-.

de vicissitudes, la splendeur nionumenlale de la Belgique est, en ordre principal, encore, l'œuvre du passé. C'est chose remarquable et intéressante que, nonobstant l'intervention souvent heureuse des bâtisseurs modernes, les cités doivent leur principale parure à leurs monuments anciens.

La naissance de quartiers nouveau.x, le déplacement des centres n'empêchent que toujours, et quand même, les milieux primitifs gardent

vni INTRODUCTION

leur attirance. En maint endroit la prospérité, les exigences de l'hj'giène ont imposé la création de rues spacieuses, trop souvent tracées au détriment du pittoresque. La loi cpii veut Paris, Londres, Berlin, Vienne ou Madrid taillés sur un même patron n'a pas été sans faire sentir ses eifets en lielgique. Jusque dans les villes secondaires, la fureur, d'aligner et la rage de « faire grand » ont exercé leurs ravages.

L'abolition des octrois, il y a un tlemi siècie, n'a pas été, non plus sans influence sur la physionomie des vieilles cités. Les enceintes, les portes si souvent monumentales et toujours pittoresques, sont peu à peu tombées sous la pioche des démolisseurs. Actuellement aussi, la nécessité d'ouvrir des voies faciles et directes aux communications par voitures sur rails, oblige à des percements et des rectifications de rues, au préjudice du caractère.

3Iais trêve de regrets ! Liclinons-nous devant l'irréparable. Notre œuvre n'est point rétrospective, elle est actuelle et le jjrésent offre largement encore de quoi contribuer à notre joie comme à notre instruction.

Bruges. lÎListe de Cliarles-Quint, par Conrad iMeyt. musée de Gruuthuyse.

Vue a:énérale.

Du sommet de la tour des Halles, où le ciel lui paraît plus près de sa tète, que de ses pieds la ville endormie, le poète Longfellow évoque, en des stances superbes, le passé de splendeur de l'antique capitale des Forestiers de Flandre et des ducs de Bourgogne. Dans le lointain nébuleux « Roland ». la cloche du beffrtji de Gand, dont il distingue la cime couronnée du dragon légendaire, fait retentir la nue de ses appels aux armes, ou célèbre quelque victoire des communiers.

Ce rêve du barde américain, bien d'autres l'ont dû faire en foulant le sol de cette ville abandonnée de la mer, aux rues maintenant silencieuses, où tant de choses nous jiarlent encore des jours de grandeur évanouie.

Au jiointde vue monumental, Bruges n'est ])his que partiellement, à la vérité, ce qu'elle fut au mo3'en âge. quand. » Venise du Ncjrd », elle

voyait se concentrer dans ses murs le commerce de l'Occident, ijue dans ses entrepôts affluaient les produits de l'univers entier.

L'aspiration de tout Brugeois est de voir renaître ces jours, devoir le négoce rendre à sa cité une vie nouvelle grâce au canal à grande section, œuvre gigantesque des dernières années, la remettant en communication avec la mer. Elle a reçu le lo mars 1904 un premier navire

La porte Maréchale.

anglais. Jamais, pourtant, après son long sommeil, Bruges ne rednnnera aux nouvelles générations les joies profondes que procure, à la notre, l'aspect de ses rues et de ses places silencieuses, où plane toujours, en dépit des siècles révolus, l'atmosphère d'un passé plusieurs fois séculaire.

Il n'y a guère longtemps de cela, un groupe de citoyens zélés, s'inspirant d'une parole royale, jugea devoir prendre l'initiative d'un mouvement destiné à attirer et à retenir les étrangers et, pour ce faire, associer le nom de Nuremberg à celui de Bruges.

Certes, comme Bruges, Nuremberg est une évocation impressionnante du passé. Pourtant, à un degré bien moindre que sa sœur jadis impériale, la ville flamande s'est montrée soucieuse de la marche des choses. Stm état

de torpeur semljle traduire un arrêt plus brusque de la vitalité et, ([udI qu'on veuille, la pénétration inévitable, et l'on dirait à peine acceptée, du présent, revêt chez elle des apparences d'intrusion.

Confinée dans les limites de son enceinte de 1297, dont quatre portes encore subsistent : au nord celle d'Ostende, ou des « Baudets » ; au sud celle de Gand ; à l'est Sainte-Croix ; à l'ouest, enfin, la porte Maréchale ! avec moins de soixante mille haljitants, dont une proportion notable

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