‹ Brumes de fjordsChapitre 10 sur 17 · LA VIEILLE · texte numérisé non relu

LA VIEILLE

Mais elle reprit :

« Je sais toutes les voluptés. »

L'homme la repoussa avec horreur.

Mais elle lui dit :

« La beauté pâlit devant ma toute-puissance,

« Car je sais toutes les voluptés! »

Et elle le baisa sur la bouche.

Elle avait la hideur des taupes et des crapauds,

Mais l'homme lui rendit son baiser...

Le plus audacieux des hommes n'a jamais reparu dans son village.

11 demeure à jamais enchaîné par le monstrueux enlacement...

// est, au creux de la vallée, un étang que l'on appelle l'Étang Mystérieux...

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L'Épouse Acariâtre

VÈTOUSE cAC&L\IqAT\E

e meunier du village avait épousé la fille d'un fermier.

Elle avait de pâles yeux bleus, mais sa bouche se fronçait d'un pli méchant.

Le mariage du meunier fut assombri d'infortune,

Car sa femme était acariâtre et jalouse,

Ses paroles tourbillonnaient comme le vent dans les ailes du moulin.

Dès l'aurore, et durant tout le jour, et durant le soir et la nuit,

Le meunier subissait les incessants reproches et les âpres querelles,

Parce que, dans la petite église, il avait longuement regardé la plus blonde des filles du village.

Sa vie, pendant de longs mois, fut plus amère que celle du captif au fond de la geôle.

Enfin, l'épouse acariâtre et jalouse mourut.

Et le meunier, dont les cheveux grisonnaient déjà, s'épanouit dans la félicité.

Mais il dissimula sa joie sous des apparences de douleur,

En tout lieu, il vanta hautement les mérites de l'épouse défunte.

Il parla d'amour à la plus blonde des filles du village.

Elle lui répondit en souriant.

Et, dans l'âme du meunier, fleurit le rêve des noces heureuses.

Or, parmi les ténèbres, il entendit tournoyer les grandes ailes du moulin;

Leur souffle puissant lui apportait un écho de bruits plaintifs.

L ÉPOUSE ACARIATRE 71

Il reconnut la voix de l'Epouse défunte.

La Morte lui disait avec tristesse :

« Tu as frémi d'horreur au son de mes plaintes inachevées.

« Et tu as craint un instant que je ne surgisse de la tombe où tu m'as ensevelie avec des larmes feintes et de faux sanglots.

« Certes, je fus la femme acariâtre, à la jalousie toujours en éveil,

« Mais je fus aussi la vierge amoureuse qui pâlissait au soupir des aveux.

« Je fus la blanche épousée qui tremblait, lorsque, âprement, tu ravageas sa couche liliale.

« Évoque les heures nocturnes où tes lèvres s'enivraient de la saveur de mon corps.

« Songe aux longs sommeils dans la tiédeur de nos chairs mêlées.

« Revis, ô mon époux! les nuits où je t'aimais et où tu m'as aimée. »

Le meunier sentit se réveiller en lui le regret des ca-

resses d'autrefois.

11 oublia les tourments, les soucis et les querelles, et

ne retrouva plus dans sa mémoire que l'enchantement du premier amour.

Tout son être sombré en une immense douleur, il s'enfuit vers le fjord.

Et son cadavre flotta longtemps sur les ondes vertes.

Ainsi mourut le meunier du village.

L'aube de ses noces inaccomplies resplendissait dans l'azur serein.

Les Fleurs sans Parfum

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LES FLEURS ScAC^S ToA%FUéM

.La bergère cueillait des fleurs sur la montagne, Lorsque la montagne s'ouvrit,

Et, des profondeurs surgit un Troll hideux et noir, Plus noir que la nuit souterraine, Plus hideux que les monstres de la mer. Le Troll dit à la bergère :

« Pourquoi viens-tu cueillir les fleurs de la montagne? « Ce sont de pauvres fleurs sans éclat qui se flétriront dans tes mains. »

La bergère répondit :

« Elles ont fleuri librement dans l'air des sommets. »

La bergère cueillait des fleurs sur la montagne.

Le Troll dit à la bergère :

« Descends avec moi dans les profondeurs.

« Je te donnerai des fleurs qui ne se fanent jamais. . « Des fleurs plus roses que les roses du buisson,

« Plus bleues que les gentianes,

« Plus blanches que les pâquerettes.

« Viens cueillir avec moi les fleurs étemelles. »

La bergère répondit :

« Je ne respirerai plus l'air des sommets.

« Mes pas ne fouleront plus la neige virginale des cimes.

« Je ne verrai plus le soir illuminer les hauteurs. »

Le Troll dit à la bergère :

« Viens tresser avec moi les fleurs éternelles. »

La bergère descendit dans la profondeur des montagnes.

Elle cueillit dans un jardin de ténèbres les rubis,

Plus roses que les roses de la montagne.

Elle cueillit les saphirs,

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