‹ Brumes de fjordsChapitre 2 sur 17 · LES VENTS · texte numérisé non relu

LES VENTS

Il était vêtu d'or et sa couronne d'étoiles resplendissait.

Il me dit : « Laisse-moi t'emporter vers l'azur.

« Tu verras les forêts aux végétations paradoxales, la grâce des lionnes et la subtilité des panthères, les reptiles indolents et splendides, les temples et les ruines, les sphinx accroupis dans les déserts, les oasis et les mirages, et l'inexprimable magnificence des fleurs. »

Je répondis au Vent du Sud :

« Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d'une vierge. »

Le Vent du Sud s'enfuit dans un frisson d'ailes.

Comme je m'acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent de l'Ouest.

11 était vêtu de vert tendre et sa couronne de perles rayonnait.

Il me dit : « Laisse-moi t'emporter vers la mer.

« Tu verras l'infini des horizons ruisselants et le charme mystique des brumes, le passage des voiles dont la blancheur légère se colore, vers le soir, de violet et d'orange, et l'étendue fabuleuse des Océans. »

Je répondis au Vent de l'Ouest :

« Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d'une vierge. »

Le Vent de l'Ouest s'enfuit dans un frisson d'ailes.

Le

Cygne

noir

LE CTG^CE ^dOI\

v3 u r les oncles appesanties, flottait un nuage de cygnes clairs.

Ils laissaient un reflet d'argent dans leur sillage.

Vus de loin, ils semblaient une neige ondoyante.

Mais, un jour, ils aperçurent un cygne noir dont l'aspect étrange détruisait l'harmonie de leurs blancheurs assemblées.

Il avait un plumage de deuil et son bec était d'un rouge sanglant.

Les cygnes s'épouvantèrent de leur singulier compagnon.

Leur terreur devint de la haine et ils assaillirent le cygne noir si furieusement qu'il faillit périr.

Et le cygne noir se dit : « Je suis las des cruautés de mes semblables qui ne sont pas mes pareils.

« Je suis las des inimitiés sournoises et des colères déclarées.

« Je fuirai à jamais dans les vastes solitudes.

« Je prendrai l'essor et je m'envolerai vers la mer.

« Je connaîtrai le goût des acres brises du large et les voluptés de la tempête.

« Les ondes tumultueuses berceront mon sommeil, et je me reposerai dans l'orage.

« La foudre sera ma sœur mystérieuse, et le tonnerre, mon frère bien-aimé. »

Il prit l'essor et s'envola vers la mer.

La paix des fjords ne le retint pas, et il ne s'attarda point aux reflets irréels des arbres et de l'herbe dans l'eau; il dédaigna l'immobilité austère des montagnes.

11 entendait bruire le rythme lointain des vagues...

LE CYGNE NOIR If

Mais, un jour, l'ouragan le surprit et l'abattit et lui brisa les ailes...

Le cygne noir comprit obscurément qu'il allait mourir sans avoir vu la mer...

Et pourtant, il sentait dans l'air l'odeur du large...

Le vent lui apportait un goût de sel et l'aphrodisiaque parfum des algues...

Ses ailes brisées se soulevèrent dans un dernier élan d'amour.

Et le vent charria son cadavre vers la mer.

Lamentation

LcASTE^CTcATIO^C

Iréia la Déesse a disparu.

Elle est venue jadis à l'aube du printemps. Elle est l'incarnation de la beauté de l'Univers. Ses cheveux ont l'or triste des feuillages d'automne. Ses yeux sont verts et bleus comme les fjords, Sa chair est plus blanche que le clair de lune sur la neige mystérieuse au sommet des montagnes. Ses veines sont pareilles aux fleuves.

Sa robe a le rythme des vagues.

Elle est l'incarnation de la beauté de l'Univers.

Fréia la Déesse est venue jadis à l'aube du printemps.

Elle est venue de la mer lointaine:

Un vol de mouettes la précédait,

Et le vent du large suivait ses pas.

Les nuages l'ont vue passer,

Et les nuages ont resplendi, les nuages se sont revêtus d'or et de roses.

Les montagnes l'ont vue passer :

Elles se sont parées de bruyère et de thym, d'églantines et de gentianes.

Les arbres l'ont vue passer :

Ils se sont constellés de fleurs et de feuillages.

Les oiseaux l'ont vue passer:

Ils ont chanté dans le soleil.

Mais Fréia l'Immortelle a disparu.

Elle a disparu dans le crépuscule.

Elle est venue de la mer.

Elle est partie vers la mer,

Les mouettes l'ont suivie vers la mer lointaine.

Fréia la Déesse a disparu.

Elle reviendra dans l'aube d'un printemps futur.

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