‹ Brumes de fjordsChapitre 5 sur 17 · LES <MO\TS · texte numérisé non relu

LES <MO\TS

Je cueillis la fleur mystérieuse qui prend racine dans le cœur des Morts,

J'emportai la lampe funèbre qui brûle sur les tombes,

Et je pénétrai jusqu'au domaine des Morts, afin d'obtenir d'eux le secret de leur oubli des choses, et de leur enviable paix.

Une vierge dormait en un cercueil d'ivoire.

Elle dormait d'un sommeil pur, que ne traversait point l'ombre d'un songe.

Elle dormait, très blanche, en un cercueil d'ivoire.

Je touchai ses lèvres avec la fleur mystérieuse qui prend racine dans le cœur des Morts.

Et la Morte parla d'une voix alanguie :

« Je dors sans rêves sous la terre parfumée,

« Parce que je n'ai point connu l'amour. »

Et ses lèvres se turent, souriantes.

Un roi était enseveli en un cercueil d'or.

Je touchai ses lèvres avec la fleur mystérieuse,

Et le roi me répondit :

« Je dors d'un sommeil heureux sous la terre.

« J'ai connu le fracas des assauts, la sonorité des clairons et des cris de bataille, le piétinement des armées, l'angoisse ardente des luttes et l'éclat des victoires;

« J'ai connu la toute-puissance, l'orgueil et la splendeur sans limites, et le vaste rayonnement d'une couronne;

« Mais je n'ai point connu l'amour,

« Et c'est pourquoi je dors sans regrets sous la terre. »

Un prophète dormait en un cercueil d'ébène.

Je touchai ses lèvres avec la fleur mystérieuse,

Et le prophète me répondit :

« Je dors d'un sommeil paisible sous la terre,

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