Brun de la Montaigne; roman d'aventure
Publication proposée à la Société le 17 octobre 1875. Approuvée par le Conseil le 18 novembre 1875 sur le rapport d^une commission composée de MM. Michelant, G. Paris et Pannier.
Commissaire responsable :
M. Gaston Paris.
PRÉFACE
E manuscrit qui nous a conservé tout ce que nous possédons du roman de Brun de la Montaigne est un livre de 82 feuillets ayant le format d^un in-4» (22 centimètres sur i5 centimètres et demi), écrit sur parchemin dans la seconde moitié du xiv^ siècle. Il appartient à la Bibliothèque nationale, où il porte le n° 2170 du fonds français K Sous la même couverture, et par conséquent soius le même numéro, se trouve un manuscrit entièrement distinct, celui diaprés lequel a été publiée en 1861 la chanson d^Aien d^ Avignon qui fait partie du tome sixième du Recueil des Anciens Poètes de la France.
Il s^en faut que les 82 feuillets du manuscrit contiennent le poëme entier : nous n^avons aucun moyen
I. Avant i86o, ce manuscrit portait le n° 7989* de l'ancien fonds, et plus anciennement le n" 646 du fonds Baluze.
PRÉFACE
d'apprécier avec quelque exactitude l'étendue de la portion qui nous manque, mais il est à croire qu'elle devait être considérable. Voici l'analyse de la partie conservée. Butor de la Montaigne a épousé, déjà vieux, une jeune femme dont il a eu un fils. Le poëme s'ouvre au moment de la naissance de l'enfant. Le sire de la Montaigne convoque ses principaux vassaux et leur expose que son désir est de faire porter le nouveau-né dans la forêt de Breceliant, auprès d'une source où les fées avaient accoutumé de se réunir pendant la nuit. Aucune remontrance ne peut le détourner de son projet; et finalement l'un de ses principaux vassaux, appelé Bruiant, se charge, accompagné d'une suite nombreuse, de porter l'enfant dans la forêt et de veiller sur lui à distance, pendant qu'il sera exposé auprès de la fontaine. Bientôt trois fées d'une beauté merveilleuse s'approchent en chantant de la fontaine et se prennent à considérer l'enfant. Deux d'entre elles s'empressent de le combler de leurs dons : l'enfant aura toute beauté et toute courtoisie ; il sera redouté dans les guerres et les tournois, et honoré de tous. Mais la troisième, la plus puissante des trois, piquée de ce que les deux autres l'avaient devancée, se montre moins favorable : l'enfant « sera mendiant d'amie en sa jeunesse » (v. 974); celle qu'il aimera ne répondra pas à son amour; il sera un nouveau Tristan, et elle lui en donne le nom (v. 983). C'est vainement que les deux bonnes fées s'efforcent de la ramener à des sentiments plus bienveillants : elle s'aigrit de plus en plus, et veut que le malheureux enfant voie sa
bien-aimée épouser, lui présent, un vilain bossu (v. io3o). Après s^étre querellées quelque temps, les trois fées se retirent. Tune d^elles ayant passé au doigt de son petit protégé un anneau d'or fin.
Les chevaliers, qui avaient assisté à toute la scène, sortent du bois où ils étaient cachés, viennent reprendre Penfant et le rapportent au seigneur de la Montaigne qui se montre fort satisfait du récit de ses hommes et sHnquiète médiocrement des malheurs annoncés par la méchante fée. L'enfant est baptisé en grande pompe sous le nom de Brun, et Butor de la Montaigne fait annoncer une fête avec tournoi pour Tépoque des relevailles de sa femme.
Sur ces entrefaites, une dame de bonne mine se présente au château pour servir de nourrice au petit Brun. Aussitôt agréée, elle s'enferme avec Penfant, lui donne ses soins, Tendort, puis disparaît subitement, pour revenir avant le réveil de son nourrisson. C'était la fée qui lui avait mis l'anneau au doigt.
Au jour dit, le tournoi annoncé a lieu. Butor, quoique avancé en âge, y porte les coups les meilleurs. Mais un bien grand malheur lui arrive. Bruiant, son plus fidèle vassal, désarçonné par lui, se blesse grièvement en tombant de cheval. Il se fait transporter chez lui couché sur une litière, mais il meurt en chemin avant d'avoir pu revoir les siens. A ses derniers moments, il se montre résigné, et comme toujours dévoué à son seigneur ; mais il redoute que Hermant son fils cherche plus tard à venger sa mort (v. 2696-7).