‹ Brun de la Montaigne; roman d'aventureChapitre 4 sur 41 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

bien souvent imprimé depuis la fin au xv^ siècle ». Mais nous ne savons point quand a été rédigé le poëme en alexandrins d'Ogier : nous pouvons seulement le rapporter au XIV® siècle, et de cette attribution vague ne saurait se déduire aucune date quelque peu précise pour Brun de la Montaigne.

Nous ne sommes pas mieux renseignés sur le lieu où a été composé notre poëme. Quelques traces du langage picard et w^allon, qui se rencontrent çà et là, peuvent appartenir au copiste, et ne sauraient conséquemment prouver que Brun de la Montaigne ait été écrit dans le nord de la France. Cependant, il n^ aurait dans cette hypothèse rien que d^assez vraisemblable, si on considère que dans la partie septentrionale des pays de langue d'oui on a continué plus longtemps qu'ailleurs à composer des poèmes en forme de chansons de geste.

Ce qu'il y a, en effet, de plus saillant dans Brun de la Montaigne, au fond véritable roman d'aventure, c'est la forme, qui est celle des chansons de geste en alexandrins, sauf un détail important. On sait que, au moyen âge, les vers de dix et de douze syllabes peuvent admettre à la fin de chaque hémistiche une syllabe atone qui ne compte pas dans la mesure du vers. Cette faculté a été restreinte dans notre versification moderne au second hémistiche seulement (d'où nos vers à rimes féminines).

voy. Fr. Michel, Rapports au Minisire, p. 94 (édit. orig.), et Sachs, Beitrœge \ur Kunde altfranr^œsischer... Literatur (iSS;), p. 38.

I. Voy. Brunet, Manuel du libraire, Ogier; et Graesse, Die grossen Sagenkreise des Mittelalters, p. 342.

Jusqu'à présent on n'a pu faire remonter Fusage actuel au-delà du poëte Jehan le Maire qui vivait à la fin du XV siècle et au commencement du XVP K a Nostre « gentil Clément Marot » , dit Pasquier 2 , « en la se- <i conde impression de ses œuvres 3, recognoissoit que ce « fut lui qui luy enseigna de ne faillir en la coupe fémi- « nine au milieu d'un vers »; et encore tolérait-il la syllabe atone au premier hémistiche dans Talexandrin 4. Or, il se trouve que Tauteur de Brun de la Montaigne^ antérieur de plus d'un siècle à Jehan le Maire, suit trèsexactement l'usage actuel, ne plaçant jamais une syllabe atone à la fin du premier hémistiche sans en procurer rélision en la faisant suivre d'un mot commençant par une voyelle 5.

Brun de la Montaigne a été pour la première fois, je le crois du moins, cité dans un ouvrage singulier, moitié

1. Voy. sur ce poëte l'abbé Saliier, dans les anciens Mémoires de l'Académie des Inscriptions, XIII, SgS.

2. Recherches de la France, 1. VI, ch. v, p. ySS de l'édition de I G i I .

3. Dans la préface de V Adolezceyice Clémentine {ib32), en réalité la première édition de Marot qui nous soit connue (édition Jannet, î688, t. IV, p. 189).

4. Voy. Qùicherat , Traité de versification française, 2' édit., p. 327 et suiv.

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