‹ Brune et Blonde (volume 2)Chapitre 11 sur 36 · L'AMOUR CASTILLAN · texte numérisé non relu

L'AMOUR CASTILLAN

sauras quand il n'aura plus rien de cruel pour toi!

— Consolation d'usage, dit Stefano avec un sourire ironique. Je vous en remercie pourtant, mon père; car je sais qu'il ne tient pas à vous de me consoler autrement.

Il fit trois tours dans la salle d'un air farouche, jeta un regard de reproche à la Vierge qu'il avait implorée en vain, s'arrêta quelques minutes devant la porte de la chambre de sa cousine; puis, sortant tout à coup de ce calme forcé pour s'abandonner au désespoir le plus convulsif :

— Oh! je suis maudit! je suis maudit!

s'écria-t-il en courant par la salle et en tordant ses bras sur sa tête.

Puis, il arracha les ornements de kon costume avec une fureur qui doublait l'énergie de ses imprécations; il prit son chapeau à

plume, et le jeta loin de lui avec les glands de son filet. Après quoi, il revint accabler Pedro de questions et d'instances pour lui arracher, bon gré, mal gré, le secret de Manuela.

— Il faut oublier Manuela et son secret, mon fils, dit le vieillard; il faut chasser de ton cœur jusqu'au souvenir de ton amour!

— C'est vrai, répondit Stefano, d'une voix sourde; mais c'est malheureusement impossible! Vous vous rappelez, mon père, le livre d'histoire ancienne où nous avons lu la vie d'un capitaine thébain qui s'appelait Epaminondas? Ce capitaine ayant reçu dans une bataille un javelot au milieu de la poitrine, les médecins déclarèrent que, pour soigner sa blessure, il fallait commencer par en arracher le fer; mais que cette opération pouvait coûter la vie à celui qui aurait le

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