‹ Brune et Blonde (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · VIIJ · texte numérisé non relu

VIIJ

Un piôitfur matinal.

C'était un matin des premiers jours du mois suivant, quelques instants après le lever du soleil. Une pluie fine était tombée pendant la nuit, et les gouttes d'eau restées aux feuilles des arbres étincelaient comme des myriades de perles; un vent léger qui les

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roulait en passant ajoutait encore à cette fraîche illusion. Les oiseaux chantaient au bord de leurs nids, ou s'élançaient dans l'air en secouant leurs ailes. Le soleil qui montait à l'horizon, entouré de quelques nuages d'un gris pâle, avait cette physionomie particulière et voilée, qui le fait comparer nationalement, par les paysans de la Castille, au roi d'Espagne enveloppé dans son manteau. Les rues de Pauola étaient encore à peu près désertes; quelques muletiers seulement les traversaient à longs intervalles, et la maison de don Pedro Riaz était la seule éveillée dans le village.

Levé avec le jour et avant tout le monde, suivant sa coutume, don Stefano était seul dans la salle basse, en face d'une fenêtre ouverte sur la route. Il s'occupait à fixer au bout d'une longue perche un fer de lance de picador, et il interrompait parfois ce travail

pour se plonger dans des méditations profondes.

Outre l'amour mystérieux qui tourmentait plus que jamais son cœur, il songeait aux bruits de guerre qui agitaient depuis quelques jours le pays. Les troupes constitutionnelles, conduites par Espartero, avaient occupé plusieurs bourgades voisines; et des guérillas royalistes se formaient à la hâte pour défendre la cause du Prétendant. On connaît l'opinion de don Stefano Riaz, et l'on se figure quelle préoccupation guerrière se mêlait à sa préoccupation d'amour.

Une voix, retentissant dans la campagne, attira tout à coup son attention ; cette voix chantait la romance mauresque des Jmours d'Adliémar et d'Adalifa, et, pour une oreille espagnole un peu délicate, elle était empreinte d'un léger accent ultramontain,dont Stefano Riaz s'aperçut en vrai Castillan. Sans

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quitter sa place, il écouta machinalement le chanteur, qui livrait aux échos de la vallée les strophes suivantes :

C'est en vain qu'Adhémar le Maure (I) Dans les plaisirs éteint ses jours, II ne peut oublier encore Ni ses regrets, ni ses amours ; L'espoir de nosjeunes années Est comme les fleurs du printemps : Quelques matins les ont fanées, Mais leur tige languit longtemps.

« La Penr, fille de la Tendresse, g

« Près de toi tourmente mon cœur,

« Disait au Maure sa maîtresse

« Au premier jour de leur bonheur ;

« C'est moi qui t'aimai la première;

« Je t'ai préféré, même au roi !

« Jure-moi que sous ta yisière

« Tes yeux ne regardent que moil

(\) Cette traduction en vers de» Amours d'Adhémar et d'Adalifa est de M. le marquis de Custine. Elle a été mise en musique par madame Pauline Duchambge.

« Quand ton coursier parcourt l'arène,

« Quand ton fer résiste au taureau,

« Je dis : Le roi m'aurait fait reine,

« Que mon destin serait moins beau I

« Mais dans Grenade, chaque belle

« Semble en secret me l'envier.

« Me sera-t-il toujours Adèle *

0 Lui qui n'aima pas le premier? »

Comme la lune, après l'orage.

Perce son voile de brouillard.

Sons l'épais sourcil qui l'ombrage Du Maure brille le regard :

« Crainte indigne d'une àme fière I « Dit-il, crois-en ton chevalier; • Ta bouche a parlé la première, « Mon cœur aimera le dernier I »

Il disait vrai ! le noble Maure Dans les plaisirs éteint ses jours , Sans pouvoir oublier encore Ni ses regrets, ni ses amours.

L'espoir de nos jeunes années Est comme les fleurs du printemps:

Quelques matins les ont fanées, Mais leur tige languit longtemps.

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Ces paroles amoureuses rappelèrent à Stefano le souvenir de Manuela. Il poussa un cruel soupir en regardant la porte de la petite chambre; puis il prêta de nouveau l'oreille à la voix qui se rapprochait, et dans laquelle, outre l'accent étranger, il crut reconnaître une émotion singulière.

Si don Stefano eut entendu ce chant à minuit; au lieu de l'entendre à cinq heures du matin, il eût pu croire que c'était la voix de quelque poltron, s'étourdissant à plein gosier sur sa propre frayeur.

Ses conjectures, au reste, ne furent pas longues, car le chanteur se trouva bientôt près de la maison.

Le Castillan n'eut que le temps d'apercevoir un homme de haute taille, tète nue, enveloppé dans un large manteau...

Cet homme se détourna vivement en passant devant la croisée ouverte, jeta derrière

lui un regard rapide et inquiet, releva son manteau sur ses épaules, et sauta lestement par la fenêtre.

Cette opération avait été si rapide que l'inconnu n'avait pas même aperçu le Castillan.

ÏX

(Earlistf si €l)ristino.

Stefano recula de surprise à l'aspect de cette étrange visite, puis il fut tenté de se saisir de l'individu, qu'il prit tout d'abord pour un voleur ; mais il changea promptement d'avis sur son compte, en le voyant fermer la croisée pour se tapir derrière, et demeu-

<00 MANUEL A D'AVILEZ.

rer là quelques iostanls sans quitter des yeux la route.

Un grand bruit de chevaux, que le jeune homme n'avait pas encore remarqué, s'approcha tout à coup de la maison.

Une centaine de cavaliers passèrent au galop devant la fenêtre, et l'inconnu ne respira que lorsque le dernier fut disparu.

— Enfoncée la guérilla de don Carlos!

dit-il alors avec un geste de familière ironie.

Puis se redressant et souriant aussitôt, en homme qui se remet gaiement de la plus chaude alarme :

— Qu'ils aillent ce train-là pendant une heure seulement, ajouta-t-il, et j'aurai le temps de me livrer aux douceurs du repos... nécessaire au voyageur altéré.

CARLISTE ET CHRISTINO. <01

En prononçant ces mots, il porta une uiain à sa gorge, et se retourna pour la première fois vers l'intérieur de la salle.

Ce fut alors qu'il aperçut don Stefano, et que celui-ci, de son côté, put le voir en face. Tous deux tressaillirent légèrement, se saluèrent avec réserve, et semblèrent réfléchir avant de s'aborder.

— Motus 1 et attention à la manœuvre! se dit, en refermant son manteau, le militaire (car ses manières et son salut indiquaient clairement sa profession); ce jeune Espagnol n'a pas la physionomie très-ouverte, et les yeux de travers qu'il me fait ne peignent pas précisément la bienveillance.

— Quel peut être cet homme? se demandait en même temps le Castillan, qui s'était rapproché instinctivement des pistolets chargés pai son père...

<02 MANDELA D'AVILEZ.

l^iais il réprima le mouvement qu'il avait fait pour eu prendre un, en voyant l'inconnu s'avancer vers lui de l'air le plus aimable.

— Il n'est pas armé, pensa-t-il; sachons d'abord ce qu'il me veut.

— Jeune et noble habitant de la vieille Castille, demanda l'étranger, car vous êtes noble sans doute, comme tout bon Castillan doit l'être, me ferez- vous la faveur de m'apprendre avant tout chez qui j'ai eu l'honneur de m'introduire... en quelque sorte frauduleusement?

Avant de répondre, don Stefano toisa son interlocuteur des pieds à la tête.

C'était un homme de vingt-huit à trente ans, d'une figure ouverte et colorée, portant des cheveux d'un blond vif et de Ion-

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gues moustaches de la même nuance. Le manteau, couleur de tabac d'Espagne, qui le couvrait aux deux tiers, contrastait avec les jambes de son pantalon dont il laissait voir l'étoffe bleue. Cette partie du costume, en effet, n'était rien moins qu'espagnole, et, combinée avec l'accent de l'individu, elle fit soupçonner un Français au jeune hidalgo.

Ne se souciant pas de satisfaire explicitement à la question qui lui avait été adressée

— Vous êtes, répondit-il, chez un noble et honnête cultivateur de Panola, et c'est à son 'fils que vous parlez.

— Conséquemment, reprit l'inconnu avec une heureuse franchise, le fds doit être aussi honnête que le père, et j'en rends grâces à la Providence ! Entrant, sans me faire annoncer, par la première fenêtre venue, je pouvais aussi bien tomber chez des coquins

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que chez de braves gens, et je peux me vanter en quelque sorte d'avoir eu du bonheur au jeu ! Souffrez donc, jeune homme, que je me félicite d'avoir celui de faire votre connaissance.

— Voilà une langue bien dangereuse pour une si bonne figure! pensa encore Stefano avec un reste de méfiance.

Puis il dit tout haut en regardant l'étranger :

— Je tiendrais aussi à vous connaître, si vous n'y voyez pas d'inconvénient ; je vous pi-ie donc de m'apprendre qui vous êtes, d'où vous venez, et ce que vous voulez?

— Vous n'avez pas le discours prolixe, aimable Castillan, repartit en riant l'homme de bonne humeur; je tâcherai, en quelque sorte, de vous imiter dans mes réponses.

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autant que mes habitudes le permettront.

Ce correctif n'était point inutile dans la phrase du beau parleur, dont le langage était lardé, comme on voit, d'une infinité d'agréments et de superfluités.

— • Et d'abord, reprit-ii avec un geste d'excuse, daignez encore répondre à deux questions préalables. Premièrement, et sans indiscrétion, tenez- vous pour la reine Isabelle... ou pour l'autre?

— Mon grand-père a été victime de la constitution, et mon père s'est battu contre Mina, répliqua fièrement Stefano; je tiens pour la monarchie et les franchises de l'Espagne!

— Don Carlos... c'est clair! dit l'inconnu en saluant militairement. Mon cher ennemi, ajouta-t-il à demi-voix, je penserais sans

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doute comme vous à votre place : car, parlez-moi des idées qu'on tient de sa famille, pour être fidèles et respectables!.. Mais je vous prierai de croire, jeune homme, que toutes les opinions peuvent l'être également, sans quoi je ne saurais vous présenter une figure plus désagréable que celle dont je suis porteur à votre service... Il suffit. Ne vous gênez pas et parlez librement. Bref, et en deux mots, j'arrive en droite ligne à ma deuxième question. Etes-vous homme à obliger un ennemi en péril, et qui, pour le quart d'heure, ne vous veut pas plus de mal qu'à son frère ?

— Je ne connais pas d'ennemis sans armes, répondit Stefano; et, du momeut que vous êtes sous mon toit, vous devenez mon hôte !

— Touchez donc là, corbleu ! vous êtes un brave ! s'écria le militaire en tendant la main à l'hidalgo.

CARLISTE ET CHRISTINO. <07

En même temps il écarta le manteau qui cachait ses habits, et don Stefano frémit de la tête aux pieds, en reconnaissant l'uniforme des volontaires français déjà légion étrangère, faisant partie de l'armée constitutionnelle.

€i lifutmant î>'i^crt)iUifrd,

— Oui, vous êtes un brave! répéta l'étranger, en serrant la nriain de l'Espagnol stupéfait; conséquemment, si vous avez là une bouteille de n'importe quoi, ou un petit verre de ce que vous voudrez, je vous con-

<40 MANDELA D'AVILEZ.

fierai^ en deux mots ou en cent, la chose qui m'amène ici.

Don Stefano se remit, ouvrit le bufTet, en tira tout ce qu'il fallait pour boire, et versa lentement deux rasades.

— Ceci n'a rien de politique, dit le lieutenant, et ferait fraterniser don Carlos et Christine : Aux braves citoyens de l'Espagne et à ses jolies femmes! ajouta-t-il en vidant d'un trait son verre.

Don Stefano lui fit raison; et, s'étant essuyé la moustache, le militaire commença sa confidence :

— Voici ! dit-il avec sa franche brusquerie : je suis Charles-Paul-Edouard d'Hervilliers, militaire de naissance et de profession, absent par goût partout où l'on fait la paix, présent dès qu'il y a quelque part un coup

LE LIEUTENAINT D'HERVILLIERS. iU

de sabre à donner; bref et en deux mots, lieutenant pour la minute dans le premier et unique régiment de volontaires français de Sa Majesté Isabelle II... Pardon, excuse, noble Castillan. Vous raconter comment je suis arrivé là, par une suite de circonstances plus ou moins romanesques, c'est ce que je puis faire en peu de mots, si l'histoire peut vous être agréable. Il y a trois ans de cela, à peu près. Je venais de quitter le service de France avec un galon de sergent, et je retournais avec mon congé dans mon pays, sur vos frontières, aux environs de Bayonne. Là, je rencontrai un officier espagnol, recruteur au service de la régente Christine. Il me plaignit de n'avoir rapporté de mes campagnes qu'un chétif galon ; et, après m'avoir entortillé dans les délices du bal et du vin de son pays, il me dit que si j'étais friand de porter une épaulette, je pouvais m'en

U2 MANDELA D'AVILEZ.

décorer moi-même, en lui disant une simple parole.

— Voulez-vous, me demanda-t-il,* conduire au feu de bons diables comme vous, qui sont d'ailleurs vos compatriotes, et qui vont partir avec moi pour l'Espagne?

En même temps, il me montra un drapeau tellement couvert de poudre, criblé de balles, souillé de sang, que le plus poltron eût senti à cette vue s'éveiller son courage. Le mien, qui n'avait pas besoin d'une telle épreuve, ne put résister à la tentation. J'étendis la main sur le vieux drapeau, et je dis à l'Espagnol ;

— Oui, je suis des vôtres ! je suivrai et je défendrai ce glorieux lambeau avec la conscience et la fidélité d'un soldat!

Voilà comment je suis devenu lieutenant

LE LIEUTENANT D'HERVILLIERS. i\i

de Sa Majesté... Pardon excuse, je veux dire de la régente Christine. Maintenant j'arrive au fait. Etant caserne à quelques lieues d'ici, car vous savez que nous y avons fait une pointe avec Espartero, j'ai demandé une permission de dix heures pour donner un coup de pied jusqu'à Pafiola. Je comptais y rencontrer un bataillon du premier et unique voltigeurs de Sa même Majesté...

d'Isabelle, veux-je dire; lequel bataillon, ne vous déplaise, devait faire une étape ce matin dans ce village. Mais, outre la sottise de m'étre risqué seul, avant le jour, dans la campagne, je me suis trop pressé apparemment, et j'avoue, en quelque sorte, à ma honte, que j'ai fait deux pas de conscrit au lieu d'un. D'abord j'ai prévenu le bataillon en question; et d'une! Ensuite je me suis fait pincer par une guérilla de don Carlos; et de deuxl Ces enragés... (raille pardons, no-

lu MANDELA D'AVILEZ.

ble Castillan, mais c'est le mol); ces enragés donc se disposaient à me faire déjeuner avec une vingtaine de balles, lorsque j'ai trouvé jour à leur fausser compagnie, caché sous le manteau de l'un d'entre eux. Enfin, bref et en deux mots, j'ai filé par le flanc gauche et j'ai gagné du terrain. Poursuivi malheureusement aussitôt qu'évadé, sans guide au milieu d'une campagne inconnue, seul et désarmé contre cent ennemis furieux, je les ai bien dépistés pendant une demi-heure et jusqu'au lever du soleil; mais leurs petits chevaux maudits ont allongé les jambes, et j'allais retomber entre leurs mains, c'est-àdire passer définitivement dans l'autre monde, lorsqu'un honnête hidalgo, que mon bon génie a mis sur ma route, m'a indiqué un chemin détourné pour arriver à ce village. Mes ennemis y sont arrivés à mes frousses, mais une double inspiration m'a

LE LIEUTENANT D'HERVILLIERS. Hr,

encore sauvé. Premièrement, pour donner le change à la guérilla, je me suis mis à chanter en contrefaisant ma voix. Vous avez même pu remarquer, entre parenthèses, que je n'attaquais pas la note d'une façon très-assurée ; mais identifiez-vous à ma situation, mille bombes! et convenez que j'entonnais encore assez juste pour un virtuose qui avait le pistolet sur la gorge. Enfin, bref, les guérilleros ont été dupes de ma ruse, puisqu'ils m'ont cru au delà du village, tandis que je m'éclipsais par celte fenêtre.

Et quand je songe, reprit-il en riant que les chers amis courent au triple galop, pendant que je vide avec vous cette bouteille de vieux xérès, je ne saurais trop me féliciter d'avoir eu assez de musique pour exécuter convenablement les Amours d'Adhémar et d'Adalifa :

U6 MANUELA D'AVILEZ.

Ta bouche a parlé é é é la premiè-ie; Mon cœur aimera a a a le der-nier. . .

Et voilà la chose! dit le lieutenant qui résuma son récit par un geste énergique. Maintenant, continua-t-il après une pause, se voyant écouté complaisamment par don Stefano, maintenant, trop aimable hôte, donnez-vous la peine de comprendre la position. J'entre chez vous comme un voleur, vous ne vous en formalisez pas, au contraire; c'est bien! Vous me recevez même sans façon, et me priez de m'asseoir... C'est très-bien! (En parlant ainsi, le militaire, qui était resté debout jusque-là, prit la meilleure chaise de la salle, et s'y installa près de Stefano.) Bref, continua-t-il en vidant le reste de la bouteille dans son verre, vous me versez, en quelque sorte, de votre propre main le vin de l'hospitalité; c'est à mer-

LE LIELTENANT U'HERVILLIERS. \n

veille! (Il salua le Castillan, et trempa volupliieiisenjent ses lèvres dans la liqueur dorée.) Mais attention au commandement!

reprit-il en faisant claquer sa langue, et ne nous endormons pas, s'il vous plail, dans les délices de Capoue.

— Où voulez-vous en venir? demanda Stefano, qui ne put s'empêcher de rire de ce langage entortillé.

— A. ceci, noble Castillan :Les guérilleros, pour avoir eu la berlue, n'ont pas sans doule l'œil plus louche que vous et moi; ne me trouvant point sur la route par delà le village, ils peuvent se dire : Halle-là! et revenir voir à Panola si j'y suis. Or, vous sentez que je ne dois pas y être pour eux. Conséquemment, si vous êtes un hôte aussi fidèle que j'aime à le croire...

us MAÎSUELA D'AVILEZ.

— Je vous cacherai ; vous avez raison, dit vivement Stefano.

Et il regardait déjà autour de lui avec inquiétude, lorsque Tinipassible lieutenant lui frappa sur l'épaule.

— Une minute! dit-il, la guérilla ne peut reparaître avant un quart d'heure, et il sera temps alors de m'effacer. Vous concevez que je ne suis pas venu à Pafiola uniquement pour l'agréable aventure qui m'arrive; et j'ai à vous prier encore, si ce n'est pas, en quelque sorte, abuser de votre obligeance, de me renseigner sur un certain sujet, qui est le but intéressé de mon voyage...

— Parlez! répondit le villageois, qui se rassit avec résignation.

llln Ipvfôôentimfnt.

Le Français passa un doigt sur sa moustache, se rengorgea dans son hausse-col, et tira coquettement les revers de son habit.

— Je viens chercher ici... unejeune fille, dit-il en s'admirant des pieds à la tête.

— Unejeune fille! s'écria don Stefauo,

'120 MANLELA D'AVILEZ.

chez qui ce mot éveilla un étrange pressentiment...

— Ça vous intrigue, n'est-ce pas? reprit le militaire avec finesse. Ah ! je vous assure qu'il y a bien de quoi; car c'est une histoire fort particulière

— Tenez , pardieu ! continua-t-il en homme qui ne peut garder un secret, il n'est pas inutile que vous sachiez cette histoire, afin de me donner vos informations en conséquence ; et, pour peu que vous ayez une seconde bouteille de ce xérès, cela nous aiderait à attendre les guérilleros.

— Volontiers, dit Stefano, qui s'empressa de courir à l'office.

— Il n'y a que ces Français, ajouta-t-il en lui-même, pour livier ainsi leur confiance au premier venu.

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