‹ Brune et BlondeChapitre 2 sur 35 · DEUX CENTS LOUIS · texte numérisé non relu

DEUX CENTS LOUIS

oncles d'Amérique). Il venait chaque hiver à Paris prendre les dernières modes pour ses pantalons, pour ses chapeaux, pour ses habits , pour ses chevaux et pour sa voiture. Il avait été un des fondateurs de la Société des Beaux- Arts ; je crois même qu'il en avait été président. Quand il traversait le cours Saint-Pierre, le dimanche; quand il passait à cheval sous les arbres de la Fosse; quand il descendait de son tilbury devant les colonnes de la Bourse, on se le montrait du doigt, et on ne l'appelait que le beau ***; nous trouverons son nom tout à l'heure.

Malgré les prétentions de cent mères de famille à le marier convenablement, il se contentait du titre d'homme à bonnes fortunes, et il faisait des ravages affreux dans le cœur de toutes les femmes de trente ans. Ce n'était pas qu'il fût un lovelace consommé, mais il savait se jouer de l'honneur

des dames f ce qui est un des plus surs moyens de leur plaire.

En un mot, c'était un lion qui promettait beaucoup, et qui n'était pas trop hérissé pour un lion de Bretagne.

J'allais oublier de vous dire son nom : il s'appelait Albert Thorigny.

Or, un jour que Thorigny, au retour d'un voyage à Naples, achevait de dîner au café Molière avec quelques jeunes tigres de sa ménagerie privée, voici la conversation qui s'engagea d'eux à lui, entre le vin de Chypre et le vin de Champagne.

— La première jolie femme que nous rencontrerons en sortant d'ici?

— La première jolie femme !

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