‹ Brune et BlondeChapitre 29 sur 35 · LES DEUX RÉVEILS · texte numérisé non relu

LES DEUX RÉVEILS

Alors, tout profond que fût son sommeil, il fut rempli de visions et de fantômes, comme le sommeil d'un malade.

Toutes ses aventures, depuis son retour à Nantes jusqu'à ce jour, et tous les événements qui avaient rendu pour lui ce jour si dramatique et si mémorable, repassèrent successivement devant son imagination.

Puis, les créations illusoires du reve succédant aux sévères réalités des souvenirs, il lui sembla qu'il sortait triomphant de tous ces combats qu'il avait soutenus contre les scrupules de madame Bergerac et la jalousie du capitaine.

La femme qu'il avait poursuivie à travers les mers couronnait enfin son amour...

Il l'enlevait, comme Malek-Adhel avait enlevé Mathilde, et ils fuyaient ensemble sur

un coursier fougueux ; elle était dans ses bras; il se sentait doucement pressé par elle, aux balancements dugalop,et l'air qu'ils fendaient mêlait leurs chevelures.

Ensuite une barque les recevait et les berçait mollement,au bruit cadencé de deux rames et au murmure d'un sillage doux et rapide.

Enfin, d'Harcourt s'endormait auprès de Juliette sous le frais ombrage d'un berceau en fleurs

Quand Albert sortit de ce sommeil enchanteur, il se trouva roulé dans son manteau et couché sur le sable de la côte d'Afrique !

Tous les objets qu'il avait embarqués avec lui à bord du navire de Bergerac étaient

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épars à ses côtés, et une lettre à son adresse était posée près de sa main.

Il ouvrit cette lettre avec l'empressement fiévreux d'un condamné qui va connaître sa sentence, et il lut ces mots tracés par le capitaine :

« Monsieur,

« Je ne doute pas que vous n'ayez trompé « bien des maris et séduit bien des femmes; « je me crois donc obligé, tout en vous ap- « prenant que vous vous êtes enfin attaquéà « plus fort que vous, de venger les confrères « qui ont été moins heureux ou moins ha- « biles que moi.

« J'aurais pu vous couper la gorge, et j'ai « eu la folie d'y songer un instant; mais, « outre que j'ai tué un homme plus brave « que vous, ma contenance dans la tempête

« d'hier me dispense de vous prouver que « je ne suis pas un lâche; et votre adresse « dans la même circonstance m'a fait préce sumer que vous tenez fort à la vie. J'ai « donc mieux aimé agir en mari, en marin et «en Breton, imiter l'homme qui, surpre- « nant un voleur dans sa maison, se con- » tente de le prier de sortir. Ma maison à « moi, c'est mon navire; je vous débarque, « monsieur!

« Vous ne vous plaindrez pas que mes pro- « cédés soient violents; il m'a suffi d'ajouter « quelques gouttes d'opium à la tasse de thé « que vous prenez tous les soirs. Ce moyen » est rebattu, j'en conviens; mais il le serait « moins s'il n'était pas le meilleur. D'ailleurs, « il pourra vous être agréable ; on dit que « l'opium procure de beaux rêves; je sou- « haite que vous voyiez cette nuit toutes les « houris du paradis de Mahomet.

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