PREMIERES OBSERVATIONS
comparant la rêverie inquiète où elles la plongeaient tout éveillée, au rêve qui avait suivi la première apparition de Thorigny.
Quant à ce dernier, aucune des émotions de la jeune femme à sa vue ne lui était échappée; de sorte que, la voyant aller cacher sous la dunette son trouble et son épouvante, il crut avoir à se féliciter d'un premier succès, et jugea convenable d'aborder aussitôt le capitaine.
Il l'accosta avec tout l'aplomb qu'un rival a devant l'homme qui ne le soupçonne pas de l'être, et avec tout l'avantage qu'un amant a sur un mari en général.
Bergerac, qui tenait de son côté à pousser une reconnaissance sur le jeune passager, profita de l'occasion pour étudier son caractère, sans songer à dissimuler le sien propre; et, au bout d'une demi-heure de con-
versation, tous deux se serrèrent cordialement la main, également enchantés d'avoir fait connaissance, et se méconnaissant l'un l'autre le plus parfaitement du monde.
Dès que madame Bergerac fut remise, elle remonta sur la dunette, et son mari lui présenta M. d'Harcourt, qui la salua avec le plus admirable sang-froid, comme une personne qu'on a pour la première fois l'honneur de rencontrer.
Après un entretien insignifiant, entremêlé de regards très-significatifs, tous trois se quittèrent avec des opinions différentes.
— M. d'Harcourt me fait l'effet d'un jeune homme sans conséquence, se disait le capitaine, les yeux fixés sur son navire.
— J'ai affaire à un mari qui n'est point jaloux, et à une femme qui a déjà peur de