ACTE II> SCENE IV
Lorsque les peuples Francs , sous des chefs intrépides , Du fond de leurs forêts , comme des flots rapides ,
De la Gaule jadis inondèrent les champs ,
La Meuse sur ses bords les arrêta long-tems.
Clodion vers la Somme étendit sa puissance.
Des Romains^ le premier, cultivant l’alliance , Mérovée, après lui, grâce à de longs travaux ,
Sur la Seine, en vainqueur , vit flotter ses drapeaux; MaSpus ces faillies rois pouvaient plutôt se dir e Chers de quelques tribus que maîtres d'un empire; Enfin Clovis parut : le ciel , dont les décrets Attachaient à son nom la gloire des Français ,
Offrit à sa jeunesse un appui tutélaire ,
Un guide prévoyant ; ce guide fiit sa mère.
Il la crut et régna. Par de sévères lois Il conserva le fruit de ses vastes exploits.
Le commerce , les arts enrichirent la France ;
Paris, que de son prince animait la présence,
Voyait l’or affluer dans son sein florissant ;
La rm'tre était soumise et le sceptre puissant.
A l’empire français tout , depuis trente armées , Présageait à l’envi de hautes destinées ;
Clovis meurt, et l’Etat , privé de son appui ,
Semble dans le tombeau s’abymer avec lui.
Entre ses quatre fils , im funeste partage Dévasta de ce roi le superbe'héritage ,
Et , de destructions , de deuil environné ,
Décliira par lambeaux l’empire cônsterné.
Veut-on de ce grand corps relever la fortune ?
Que de sa triple tête on n’en conserve qu’une ;
Ces projets sont hardis , et, pour les consommer , Contre un prince odieux j'avais su vous ar mer;
, Cooglt
os terreürs , ou plutôt un adroit aitÜicB ,
Ont de mes soins prudens rénversé rëdifice.
Vous embrassez un frère , et vous ne voyez pas Quel précipice affreux est creusé sous vos pas.
Des remparts de Soissons sur vous marche Clotaire , Votre oncle , ce tyran si digne de sa mère. • ‘ Vainement les traités font des murs de Paris L’apanage commun desenfansde Clovis 11 a dans Paris même introduit son armée ,
Lt menacé soudain la Bourgogne alarmée.
THIERRY
Je vole à sa rencontre ; ardent à le punir ,
Aux efforts de mon bras mon frère va s'unir.
Lui , mon fils! pensez-vous qu’un rival téméraire , Au nioment où la paix vous joint à votre frère,
Osât vous attaquer sans un secret appui /
Un pacte sacrilège unit ce prince et lui.
Tandis qu’en vos Etats il entre à force ouverte, Théodebert dans l’ombre a juré votre’perte ,
Et , frappant tous les siens par de perfides coups , • Détruira, vous d’abord , et Clotaire après vous.
11 faut le prévenir.
THIERRY
Théodebert , madame ,
N’ourdit point contre moi de criminelle trame ;
Son cœur, les droits du sang, la foi d'dn saint traité. Tout parle , et me répond de sa fidélité;
Il ne me trahit point. ^
U vous trahit, vousdis-je.
Ma prudence à regret vous trouble et vous afflige.