ACTE II, SCENE IV. a
Son cœur ! les droits du sang ! par de cruels combats Vous avez envahi, ravagé ses états , ^
Vous-, son frère !... Ah ! mon fils , croyez-moi , cette injiiro Etouffe dans son cœur la voix de la nature.
Les outrages sanglans qu’un ingrat nous a faits ,
On peut les dévorer. .. les pardonner, jamais.
La foi d’un saint traité ! des traités respectables N’avaient-ils pas uni tous ces parens coupables,
Qui , depuis soixante ans , émules d’attentats ,
Ont régné par le meurtre et les assassinats ?
L’épée a fait ces maux; il faut que par l’épée Leur profonde racine k jamais soit coupée.
Il faut que cet empire accablé de langueur.
Sous un seul maître enfin recouvre sa vigueur.
Les tems sont arrivés ; laissez à Yanacaire Le soin de renverser le pouvoir de Clotaire ;
Et , pour Théodebert.... Iivrez4e à mon courroux ,
Un seul mot me suffit.
THIERRY
Ciel ! et que ferêfc-vous?
BRUNEHAUT Jfi/emn/.
Un souverain puissant.
THIERRY se levant aussi.
Mais puissant par le crime.
Qui craint d’en être auteur , en est bientôt victime. THIERRY.
Si d’un forfait nouveau ce palais voit l’horreur,
J’en puis être victime et n’en puis être auteur ;
Supprimez des conseils qu il m’est affreux d'entendre.
BRUNEHAUT àpa,c^
{Haut.)
Quel changement!... Cœui' faible , ainsi tu veux attendrait Lorsqu’un rival perfide en tes mains s’est livré ,
Qu’il consomme à loisir son projet abhorré;
Qu’un glaive criminel tranche ta destinée;
Ou, si par la pitié ta vie est épargnée ,
Que le ciseau d’un prêtre , en dépouillant ton front , T’imprime aux yeux du peuple un éternel affront ;
Que ton manteau royal se transforme en cilice ,
Et que d'un cloître obscur l’ombre t’ensevelisse ( 17 , î Va , tu te connais bien; c’est à lui d’être roi;
Thierry, descends du trône, il n’est pas fait pour toi. THIERRY.
Je suis fait pour régner, du moins j’ose le croire,
Madame , je chéris la justice et la gloire.
D’autres se sont frayé des sentiers différons ; . ■
Moi , je n’aspire point au bonheur des tyrans.
Le fer d’un assassin peut sans doute m'atteindre ;
Si je suis regretté , mon sort n’est pas à plaindre. Théodebert , hélas ! tu pouvais me haïr;
Quand tu m’as pardonné, voudrais-tu me trahir?
Que veux-tu ? m’arracher ma vie et ma couronne ?
Tu le peux , à ta foi tout mon cœur s’abandonne ;
Mais on ne verra point , en son impiété ,
Violant la nature et l’hospitaLté ,
Thierry tremper ses mains dans le sang de son frère.
Et de quel frère, ô ciel ! apprenez tout , ma mère. Condamnez envers lui votre injuste soupçon.
Lorsque vous l’accusez de lâche trahison ,
Il m’accorde sa fille , et par cette alliance Veut des malheurs publics étçuffer la semence.