SCÈNE XI
Saubade, seule.
Ob ! j’étouffais... seule enfin, seule et je puis pleurer
— jusqu’à cet homme, jusqu’aux valets qui sont dans le secret de ma honte... Oui, c’est bien de moi que ces femmes parlaient en riant dans le parc. — Une charmille nous séparait, mais j’ai tout entendu. — Avec quel insolent mépris elles croyaient décider de mon sort!... Et c’est devant celui qui m’a protégée autrefois, c’est ici... là... qu’elles venaient de discuter, dans leur flétrissante sollicitude, à quel genre d’humiliation leur bonté m’avilirait. — Oh ! pourquoi n’ai-je pas fui
CHARITE BIEN ORDONNÉE. 2f'5
au premier mot que j’ai cru comprendre? J’étais si heureuse hier. — Madame de Yaudrey... celle que je bénissais dans le secret de mon cœur; — c’était une mère, une sœur, toute une famille à moi ! Toutes les affections de mon âme, toute ma tendresse étaient à elle. .. Hier encore, sifière d’une protection dont je remerciais le ciel chaque jour, et aujourd’hui. . . aujourd’hui! tentée de croire à une pitié d’ostentation qui se fatigue, et veut léguer à d’autres ce bienfait de vanité... Oh! mon Dieu ! ne me laissez pas devenir ingrate, non, ce que je dis là est mal... Et d’ailleurs ! pourquoi cette bonté serait-elle étemelle? — Oh! mon pauvre père ! lorsqu’à votre ht de mort, on réclama le droit de veiller sur l’orpheline, vous ne pensiez pas que cette adoption se terminerait par l’aumône... oui, l’aumône publique...
(Elle tombe sur un fauteuil et pleure la tête dans ses mains.) Oh ! Madame la comtesse. Dieu vous rende toutes mes peines en bonheur! (se relevant.) Non! cela ne sera pas. — La voix de mon père, un noble cœur celui-là, semble me conseiller de là-haut... Non, si ma tante me repousse, eh bien! le travail de mes mains, oui, la position la plus humble plutôt que cet humiliant bienfait. — Alors, et sans rougir. Madame la comtesse, je pourrai vous bénir pour les jours heureux que j’ai dus à votre bonté... mais qu’ils ont été vite passés, mon Dieu !