SCÈNE XII
HORACE (il entre en riant et dépose son fusil).
horace, à saubade. — Vous voyez, Saubade, un ambassadeur chargé d’une mission aussi grave que musicale. — Le piano que je représente se plaint bruyamment de votre retard. — L’ennemi est sur le pupitre.
BBUNRS ET BL0SDES.
on n'attend plus que vous pour vaincre ou s'enrouer.
SAUBADE, essayant de cacher ses larmes. — Je devrais être,
en effet j depuis longtemps, chez Madame la comtesse, et je vais...
horace, l’arrêtant. — Non, no nous hâtons pas, le clavier murmure sous les doigts de ma femme, laissons passer l’orage.
SAtIBADE, à part. — Elle aussi, mon Dieu ! (Elle pleure.) horace. — Vous pleurez, Saubade, et qui peut donc, grand Dieu, causer ce désespoir ?
saubade , rivement. — Tenez, Monsieur le comte, il faut que vous me disiez tout... peut-être me suis-je trompée. D’ailleurs vous me l’avez promis, ce matin, vous savez?
HORACE, embarrassé- — Ah ! oui, ma trahison. (Saubade fait signe que oui.)
horace, reprenant. — Ma foi, j’ai entendu parler, je crois, d’un bal, d’un concert.
saubade. — N’a-t-il pas été question d’une loterie? horace. — C’est possible.
saubade. — Et la destination, de ce bal, de cette loterie, de la bonne-œuvre de ces dames enfin, la soupçonnez-vous?
horace. — Pas le moins du monde.
saubade. — Eh bien! je sais, moi...
horace, à part. — Quel maladroit! (Haut.) Alors, c’est à vous de m’instruire.
saubade. — Non, Monsieur, vous savez tout, et je, vous remercie de feindre une iguorance qui, malheusement, ne peut plus me tromper.
horace. — Voilà un élan de fierté...
saubade, sanglotant. — Mais puisque je vous dis que je sais tout...
CHAHITÉ BIEN ORDONNÉE.
horace. — - Eli bieu ! ma belle enfant, calmez-vous — ces dames ont agi un peu follement ce matin, c’est vrai... sans intention blessante, j’en suis sûr... mais croyez-moi, tout ceci n’aura pas de suite, je le veux.
s aubade. — Merci, Monsieur, merci... Vous et Madame la comtesse me serez toujours cliers... mais au nom même de cette reconnaissance, laissez-moi obéir au respect de mon nom et au sentiment de ma dignité.
(lui montrant les papiers parmi lesquels se trouve le billet de Georges.)
Tenez... Voici encore les bulletins avec lesquels on jouait en riant ma destinée. A cette heure, madame de Braisne se demande peut-être où elle placera les billets de l’orphehne ; et bientôt, on les eût imposés eu disant : ( changeant de ton ) a Vous savez, c’est pour cette jeune fille que la comtesse avait recueillie. — Ah ! cette Saubade ! — Oui, soyez généreux, c’est nous qui la dotons, la charité, s’il vous plait, pour mademoiselle d’Aguilar. » — Oh ! j’en serais morte de honte, (au comte occupé à lire le billet de Georges.) Mais pardon, Monsieur, vous ne m’écoutez plus et j’abuse...
HORACE, qui a lu le billet. — Au Contraire. (A part.) Ah! mons Georges, une lettre d’amour, à qui donc? (Haut.) Sans approuver l’exagération de votre douleur, Saubade, je la respecte. Cependant, entre nous, sans votre susceptibilité un peu trop castillane...
saubade. — Ce sentiment ne mu dictera rien qui ne soit digne de l’accueil que j’ai reçu près de vous... Adieu, Monsieur le comte.
horace, l’arrêtant. — Un instant, Saubade, si mon amitié a quelque droit sur vous, si un moment d’orgueil blessé ne vous fait pas oublier trois années de sollicitude, attendez encore avant de rien décider. saubade. — A quoi bon ?
horace. — Je vous en prie, laissez-moi faire," si je ne réussis pas, eh bien ! je vous approuverai alors.
SAU BALE. — Mais...
horace. — Écoutez, je vais voir ces dames, si elles m’entendent, descendez ce soir au salon, et elles répareront, elles-mêmes, la faute qu’elles ont commise, si par hasard...
saubade. Elles me trouvent ridicule dans ma douleur...
horace. — Non, mais si je puis ne pas... les trouver. Eh bien ! soyez malade, et demain... demain nous verrons... c’est convenu, rentrez chez vous, et, dans un instant, vous saurez notre sort.
saubade. — Et comment?
hobace. — Ah ! oui, si vous n’entendez rien, allez à ce bal, et tenez... oui, ce fusil, si je le tire par cette fenêtre, cela voudra dire...
saubade! — Que je suis bien hardie...
hobace. Nod, mais que vous êtes malade.
saubade. — Adieu, Monsieur le comte.
HOBACE, remettant le fusil dans un coin. — ■ Ace SOir, j’espère,