‹ Brunes et blondesChapitre 24 sur 42 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Horace, Madame de Rethel.

MADAME DE RETHEL, regardant sortir Saubade. — Ah! ah!

pardonnez-moi, comte, j’entre avec une étourderie. (Riant.) Vraiment, c’est jouer de malheur.

horace. — Est-ce parce que j’ai l’honneur de vous saluer le premier aujourd’hui ?

madame de rethel. — Non, mais jugez- en. Je me lève par hasard avec des idées champêtres ; je veux assister au réveil embaumé de la nature, et pour commencer ma pastorale, je dérange mon idylle en effarouchant la bergère. C’est un début que M. de Florian n’aurait pas encouragé.

horace. — Si votre esprit voit une idylle là-dedans, il plaisante à faux.

madame de RETHEL. — Mais pourquoi donc vous défendre ainsi ? Le rôle de berger vous sied encore fort bien.

horace, riant. — Voilà un encore qui prouve le contraire.

madame de rethel. — Après cela, si vous préférez l’emploi de loup dans ma pastorale, je puis vous l’offrir. Voyons, aimez-vous mieux être loup?

horace, impatienté. — Si vous y tenez, je veux bien.^ madame de rethel. — Oui, mais ce n’est pas une raison pour vous fâcher. D’abord, les loups ne sont dangereux que la nuit, vous le savez bien. \

horace. — J’ignorais le savoir.

madame de rethel. — Vous êtes superbe ainsi, comte, et tout autre que moi... (Mystérieusement.) Malheureuse-

ment, j’ai fait un rêve. (îimat.) Ali ! mon Dieu ! que vous êtes amusant comme cela !

horace, piqué. — Je dois être d’autant plus plaisant que je ne m’en doute pas le moins du monde.

madame de rethel. — Du dépit ! ah. ! votre galante- ’ rie n’est pas matinale aujourd’hui. (A*ec intention.) 11 est vrai qu’après une nuit passée sur les chemins... car vous avez été à Paris ?

horace. Oui, une affaire ennuyeuse...

madame de rethel. — Vraiment? Alors mon rêve avait tort. — Cependant... mais croyez-vous au rêve, comte?

horace. — Quand je dors, oui.

madame de rethel. — Moi, c’est le contraire. C’est lorsque je les fais éveillée que j’y ajoute le plus de foi.

horace. — Ah ! mais c’est donc un songe à dormir debout ?

madame de rethel. — Prenez garde, je suis incapable d’une indiscrétion quand on se üe à ma bonté, mais si l’on me provoque... Pour commencer, j’exige votre bras jusqu’au village.

horace. — Punir ainsi, ce n’est pas le moyen d’inspirer le repentir.

madame de rethel. — Voilà qui est plus poli. — Oui, je vous emmène chez le maire, la meilleure pâte d’autorité qui ait jamais porté l’écharpe. J’ai eu l’honneur de faire sa conquête hier soir, et je vais lui faire sa leçon au sujet de notre rosière. Vous savez, Marguerite?

horace. — Cet aflreux laideron ! La pauvre lille a bien la figure de sa vertu.

madame DE rethel. — Eh bien 1 de méchantes lan-

CHARITÉ BIEN ORDONNÉE

gués prétendent qu’elle n’a pas la vertu de sa ligure.

horace. — Vraiment ! mais ce pays rapporte donc des héros?

madame de retoel. — Non, tout cela, jalousie pure... Calomnier ainsi une pauvre fille, c’est horrible.

horace. — Voilà qui me réconcilie avec votre malien use gaîté.

madame de rethel. — Vous voulez dire avec mon rêve.

horace. — D’honneur, je n’y pensais plus. madame de rethel. — Vous avez tort, pensez-y; cela vous rendra plus prudent une autre fois. horace. — Plus prudent?

MADAME DE RETHEL, souriant. — Encore Une pTOVOCa-

tion.

horace. — Qui ne provoque rien, ne sait rien. ..Oui, oui, oui!

madame de rethel. — Connaissez-vous le songe d’Athalie, comte ?

horace, déclamant. — C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit...

madame de rethel. — Précisément, l’orage grondait. Ah ! j’oubliais, la scène se passait ici. horace. — Dans votre rêve?

jhadame de RETHEL. — Bien entendu. J’arrivais à pàhe, et vous veniez de partir... disait-on. horace, fermant ios yeux. — Toujours en dormant. madame de rethel. — Toujours... La chaleur des salons était étouffante là-haut; je descendais ici pour respirer un peu, quand une conversation fort animée, d’un côté surtout, m’arrête à la porte... On implorait, on soupirait ; j’entrai cependant, mais à mon aspect, une robe blanche se sauvait à droite, pendant qu’un...

(changeant de ton.) Quel habit portiez -yous donc hier, comte?

HORACE, très-attentif. — Mais celui-ci.

madame de BETHBL, continuant. — Pendant qu’un habit s’échappait à gauche. Une idylle comme tout à •l’heure... Estelle est partie de ce côté, et Némorin, qu’on croyait absent, s’est évadé par là.

hobacb. — Et vous croyez que ce Némorin...

MADAME DE RETHEL , lui prenant le bras. — Ce Némorin

me donne le bras pour aller corrompre le pouvoir.

• hobace, en sortant. — Mais, je vous jure...

madame de bethel. — Puisque vous ne croyez pas aux rêves, (ils sortent.)

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