SCÈNE II
Horace, puis Saubade.
horace, «oui. — Décidément, j’ai fait une école; j’aurais dû me défier de ce grand désespoir de petite tille. Georges voulait m’éloigner, et je suis parti au moment intéressant, comme un vrai confident de tragédie.— C’est une mystification de trente lieues... convoi direct... Mais qui diable a pu faire revenir Saubade?...Qui sait! Les grands sentiments bravent tout... hors la pluie... (s’essuyant.) J’aurais bien fait d’imiter les grands sentiments. (Frappant sa poitrine.) Mais cette mésa-
CHAHITÉ BIEN ORDONNÉE.
Venture restera là, et je saurai... (Voyant saub&de.) Ali! quel air solennel ! grand Dieu !
saubade, entrant. — Déjà de retour , Monsieur le comte?
horace. — J’arrive à l’instant, et j’espère que pendant mon absence, ces dames...
s aubade. — Ces dames ont daigné m’adresser quelques paroles, et je vous remercie des conseils que vous m’avez donnés.
horace. — Et que vous suivrez, n’est-ce pas ? (a part.) Quelle résignation !
s aubade. — Oui, je les suivrai, et je saurai me faire heureuse.
HORACE. — Heureuse! regardez-moi... Enfant, j’aimais autant votre grosse colère que ce bonheur-là... Mais savez- vous que j’ai eu grand’peur, hier ; ce faux signal, votre exaltation, tout cela m’avait presque effrayé.
saubade, hésitant. — Ce bruit, en effet, m’avait un peu émue... et j’avais même écrit quelques ligues qu’on vous a peut-être remises.
HORACE, jouant l'ignoraut. — À moi ! Non, rien.
saubade. — Alors,, quand vous recevrez cet enfantillage...
HORACE , faisant le geste de déchiref une lettre. — Certainement.
— Vous avez accordé le pardon ; l’oubli me regarde. Toutes les révolutions finissent par ces deux mots-là. C’est même le plus clair de... (a part.) Allons, il y a du Georges là-dessous. (Haut) Ah! ça, mais, puisqu’il y avait amnistie générale, la soirée a dû être charmante.
saubade. — Pour ces dames, oui, mais la comtesse semblait préoccüpée> et si j’osais...
horace. — Osez, je vous en supplie.
s aubade. — Eh bien, Monsieur le comte , jamais un mot de Madame la comtesse ne m’a révélé le secret de sa douleur, et cependant je sais qu’elle souffre.
Horace, riant. — Léonie ! Continuez, c’était hier mon tour, aujourd’hui le vôtre. C’est delà morale en partie double.
saubade. — Madame de Vaudrey vous semble heureuse, parce que l’orgueil de notre cœur consiste à cacher ses blessures. Mais pour toute femme aimant son mari, ce que vous appelez la liberté commune, c’est de l’indifférence; cette prétendue indépendance est plus pénible pour elle que l’abandon, car l’abandon permet l’oubli. — Pour s’étourdir alors, on cherche le bruit du monde, et chacun proclame votre bonheur, quand on ne devrait admirer que votre résignation.
HORACE, se regardant dans une glace. ——Allez tOUjOUTS. Je regarde si je ne passe pas à l’état de Barbe-Bleue.
saubade. — Oh ! Monsieur le comte !
horace. — Sur l’honneur, mon enfant , vous êtes folle, mais, comme vous m’avez écouté hier, proposezmoi une pénitence, et pourvu qu’elle me plaise...
saubade, timidement. — Si c’était de rester ici, auprès de la comtesse, comme un bon mari que vous pouvez être.
horace. — Sans le moindre congé!... mais vousmême, Saubade?
saubade. — Vous savez bien que je reste, à présent.
horace. — Eh bien ! nous verrons,
SAUBADE, lui serrant la main. — Oh ! Ce sera bien à VOUS,
merci, merci...
horace. — Un instant, diable, je n’ai pas...
saubade, sortant à gauche. — Si fait , si fait ; c’est convenu.
CHÀBITÉ BIEN 0BD0NNÉB. 284