SCÈNE VII
IIORACE, Georges. — norace va fermer la porte avec soin.
Georges, a part. — Ali! ah! voilà des précautions oratoires bien mystérieuses.
HORACE, revenant d’un air très-sérieux. — Enfin, HOUS Voici
comme je le désirais, et je te remercie de ton exactitude.
georges. — Ma foi, tu la réclamais d’un air si lugubre.
noRACB. — Ce que je connais de plus lugubre, c’est une ironie fatigante qui ne veut pas coinpreüdre où commence le sérieux.
georges. *— Oh ! pourvu qu’elle sache quand doit cesser une réprimande... tu comprends.
horace, irrité. — A merveille ; on ne saurait mieux se deviner; nous sommes calmes tous deux.
Georges, froidemnent. — Parfaitement calmes. horace. — Dans les meilleures conditions enfin pour une explication toute amicale.
GEORGES , s’asseyant. — Ail ! c’est UUC explication !
Tiens, tiens, tiens ! Alors tu vas d’abord me l’expliquer.
horace, marchant Tirement. — Eh bien! Georges, depuis ton arrivée, il plane ici certain mystère que notre amitié doit éclaircir. Dieu me garde de morale ou de sermon. Pour tous, j’admets la galanterie jusqu’à la séduction; la discrétion jusqu’au mensonge.
Georges. — C’est un rigorisme assez accommodant.
horace. — Mais il y a des principes qu’un galant homme n’oublie jamais.
georges. — A la première vue on ne le dirait pas. horace. — Si fait; ainsi, il met la maladresse bien au-dessus de l’hypocrisie.
georges, se levant. — Tesallusions sont très-ingénrsxises, sais-tu ?
horace. — Ce que je sais , c’est qu’une jeune fille a été compromise ici sans excuse pour celui qui doit se reprocher cette imprudence.
Georges. — Et ce chevalier félon ?
horace. — Doit êü'e un de nous deux.
georges. — Alors, tant pis pour toi.
horace. — Pour Dieu ! Georges, finissons. Que cette reneo&tre nocturne soit l’effet du hasard, je le veux bien...
georges, à part. — Ah ! diable! (Haut.) Hein? horace. — Mais, préméditée ou non, cette entrevue
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a été surprise, tu le sais. Quand pareille conduite livre une pauvre enfant aux soupçons de jalousie haineuse, pour tout homme d’honneur, c’est plus qu’une faute, et son premier devoir...
Georges. — Est de la réparer... C’était la fin de votre homélie, n’est-ce pas ?
hobace. — Précisément.
Georges. — Eh bien! Monsieur, que votre vertu se rassure. L’innocence qui vous préoccupe si tendrement n'a couru nul danger, par ma faute du moins. — J’espère que cette parole vous suffira.
horace. — Si quelqu’un prétendait pourtant avoir surpris ce tète-à-tète?
Georges. — Avec Saubade?
HORACE. — Oui.
Georges. — Si c’est une femme, je lui dirai qu’elle se trompe; si c’est un homme...
hobace. — Si c’est un homme?
georges. — Eh pardieu ! je vous dirai que cela ne le regarde pas.
horace. — C’était d’autant plus simple de commencer par là, que je possède une preuve sans réplique. georges. — De mon forfait?
HORACE, montrant sa poche. — Là.
georges. — Voyons la preuve ?
horace, lui donnant un billet. — Daignez-vous m’apprendre à qui ceci était adressé?
georges, troublé. — Ce billet?
hobace. — Tu n’en reconnais pas l’écriture? georges. — Ce que je ne reconnais pas, c’est le droit de m’interroger sur ce ton.
horacb. — Ah! tu me permettras du moins de t’ap-
prendre que certaines habitudes françaises ont complètement changé pendant ton absence.
georges. — Vraiment?
horace. — Oui, par exemple, on ne se moque plus du tout des maris ; c’est devenu d’un goût du dernier détestable.
Georges. lime semble pourtant qu’ils ne sont guère moins ridicules... qu’avant.
horace. — Peut-ctre bien, mais au théâtre comme dans le monde, c’est maintenant eux qui ont le beau rôle.
georges. — Et comment le jouent-ils?
horace. — Oh ! c’est bien simple — quand un ami ne leur semble pas très-loyal — car les amis n’ont pas changé, eux...
georges. — Voyez-vous cal alors les maris... horace. — Eh bien! ils rompent sans éclat, et la première folie venue sert de prétexte à la rupture...
georges. — C’est bien fort, mais sil’ami... un mauvais caractère par exemple...
horace. — Oh! si l’ami réclamait une dernière entrevue, nous nous faisons un vrai plaisir de la lui accorder.
georges. — Eh bien! si pareille aventure m’arrivait, j’ai vu, ce matin, le plus charmant endroit pour ces sortes d’adieux. — Cela s’appelle, je crois, la Butte-aux- Loups.
horace. — Justement. Je dois me promener de ce côté, dans une heure avec quelques amis.
Georges. — Ce qui m’embarrasserait, c’est le prétexte.
horace. — Bah! en cherchant un peu... georges. — Voyons, pour plaisanter, essayons; à
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nous deux peut-être réussirons-nous à trouver quelque
chose ... (ils réfléchissent chacun d'uu côté de la scène.)
Georges, continuant. — Le diable m’emporte si... Ah! ton cheval, dis donc., si j’insultais ton cheval! il est assez mauvais pour ça.
horace. — Oh! une querelle de palefrenier !... etd’aillcurs comme c’est le plus beau trotteur de France...
Georges, riant. — Ah! oui, une bête usée, sans fond, des actions pitoyables...
horace. — Tamcrlan! si tu savais ce que c’est qu’un cheval, je te dirais que tu es absurde...
georges. — Et moi, si tu n’étais pas si absurde, je te dirais que tu es beaucoup trop cavalier.
horace. — J’en suis désespéré, mais je ne retire jamais un mot quand il est juste.
Georges. — Ah ! ça mais ! dis donc, mon cher, mon prétexte ne me paraît déjà pas si mauvais.
uorace, ouvrant un journal. — La politique sera de meilleur goût. — 'Voyons ! l’Italie, l’Espagne, le Portugal, qu’est-ce que tu veux?
georges. — Va pour l’Espagne, puisque c’est une Espagnole qui...
horace, Usant. — Justement, il y a un changement de ministère. — (surpris.) Tiens, si c’était... voyons donc... eh! ma foi oui, c’est bien cela...
georges. — Eh bien ! quoi donc?
HORACE, mettant le journal dans sa poche. — Oll ! rien, rien, ainsi tu soutiens le nouveau ministère?
georges. — Comme tu voudras.
HORACE, sonnant. — C’est bien.