‹ Brunes et blondesChapitre 30 sur 42 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

SAUBADE, puis Geobges qui revient.

SAUBADB , regardant du côté de Georges. — Il est Seul , il faut

que je lui parle et cependant, devant cette révélation, j’hésite comme si j’étais coupable. — Aurais-je eu tort, mon Dieu ! Non, le repos de la comtesse en dépend, — mais lui... lui! s’il allait aussi se mép... Oh! à cette pensée, tout mon courage... (voyant Georges.) Ah ! (EUe s’assied vivement et prend un livre qu’elle feint de lire avec attention.)

geobgbs, rentrant. — En fait de duels sans raison, voilà . bien le plus... (voyant saubade) Tiens! ma prétendue victime. — Eh ! eh ! le crime ne serait pas déjà si... (Haut.) Hum! Hum!

saubade , jouant la surprise. — Ah ! pardon , Monsieur, je me croyais seule, et. . . .

geobges. — C’est moi. Mademoiselle, qui suis désespéré... cette lecture vous intéressait vivement. .

saubade. — En elïet. — Mais s’attendrir sur des malheurs imaginaires, à vous autres militaires, cela paraît une sensiblerie bien puérile, je crois.

geobges. — C’est-à-dire, Mademoiselle, que vous nous refusez net, tout cœur et toute poésie.

saubade. — Non, Monsieur, mais dans une carrière pleine de glorieux dangers il doit rester peu de place à de pareilles rêveries.

geobges. — Eh ! Mademoiselle, pour tout le monde, au contraire, la poésie n’est-elle pas toujours l’opposé de la vie ? La ville ne chante que la campagne ; le paysan ne répète que des refrains de guerre, et quand un

homme est fou de barearolles, c’est qu’il a le mal de mer en voyant un ruisseau. — Ainsi de nous, mon Dieu oui ! et notre insouciance de parade dissimule les désirs jaloux de tous les bonheurs qui nous sont refusés.

s aubade. — Comment, Monsieur... Mais l’amour de la gloire, cependant...

geobges. — Oh! la gloire, en temps de guerre, je ne dis pas, mais en temps de paix, hélas ! il ne nous reste que rennui de la garnison et l’amertume de l’isolement.

• saubadb. — De l’isolement!

geobges. — Oh! pour ceux qui ont une famille, — je ne parle pas des tantes, — mais un père, une mère, des sœurs, c’est différent. — Même, loin d’eux, on sait que là sont des cœurs qui vous aiment. — Cela console, cela soutient — •. mais quand on est déshérité de ce bonheur, comme moi, eh bien! on a beau faire (frappant soa cœur), on sent qu’il manque quelque chose là, que rien ne peut remplacer.

saubade. — Oh ! non, rien, rien, et vous avez raison, quand il faut regarder dans le passé, en songeant à ces affections saintes, on se sent bien seul... mon Dieu!... surtout... Mais pour vous, les voyages, les amitiés, tout cela doit amoindrir vos regrets. (Avec intention). L’Afrique, par exemple, est un fort beau pays, dit-on.

geohges. — On y meurt un peu plus qu’en France, mais, à cela près, on y vit aussi bien. — Surtout moi, car, en fait d’amitiés, c’est là que j’ai été le plus heureux de ma vie. — Justement avec plusieurs de vos compatriotes, de dignes proscrits, ma foi. saubade. — Vraiment?

georges. — Oui. Je ne sais plus qui est-ce qui gouvernait en Espagne, ce jour-là; mais il est impossible

CHIARITE BIEN ORDONNÉE. 29 J

d’avoir, pour eunemis, des épées plus braves et des cœurs plus loyaux.

saübade. — Je crois, en effet, que plusieurs familles exilées s’étaient retirées à Oran. . .

geobgks. — Précisément. — Mais comment savez • vous, Mademoiselle?

saübade. — Oh! j’ai souvent entendu mon père regretter plusieurs de ses amis compromis alors. (Hésitant.) Un monsieur de Villarès surtout. . .

Georges. — C’est l’homme dont je suis le plus fier d’avoir obtenu l’estime. Un vrai fils du Cid. J’avais pour lui le respect d’un fils et l’amitié d’fin frère. Mais il partit un jour pour la France avec sa fille, et depuis ce temps...

saübade, très-émue. — Ah!... il avait... une fille? a . geobges. — Oh! presque enfant encore... et tenez, ce matin à votre vue... Mais elle ne promettait que d’è- Ire jolie...

saübade. — Eh bien! Monsieur, an nom de cette amitié, si une compatriote de M. Villarès réclamait de vous un service ! . . • . .

georgbs. -—Vous, Mademoiselle!

saübade. — Oui, moi... mais votre générosité n’exigera de moi, ni motifs, ni explications.

geobges. — Oh ! je vous jure de ne rien comprendre et d’obéir aveuglément.

saübabb. — Eh bien!...

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