‹ Brunes et blondesChapitre 8 sur 42 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Léonie, Georges.

iéoîue, entrant. — Oser m’écrire, lui ! oh ! si ce retour pouvait soidever quelques craintes dans mon cœur, cette conduite...

Georges, saluant. — Madame...

LÉONIE, surprise. — Ah ! Monsieur! (KUe veut rentrer chez elle.)

Georges, l’arrêtant. — Eh ! quoi ! Madame, déjà me fuir?

léonie, revenant et à part. — Il croirait que je le crains.

Georges. — Ah ! Madame, si je subis le malheur de l’oubli, conservez-m’en le triste avantage; celui d’ètre traité comme tout autre inconnu.

léonie. — Cela dépend de vous, Monsieur, et je serai môme heureuse de conserver le souvenir d’une ancienne... amitié, tant que ce souvenir ne se croira pus d’autre privilège. '

Georges. — Oh! Madame, je connais trop rnainte-

BRUNBS BT BLONDBS.

nant la valeur des choses humaines pour m’étonner de leur brièveté.

lêonie, raillant. — Je savais, Monsieur, que l’Afrique vous avait valu le grade de capitaine, mais j’ignorais vos épaulettes de philosophe. — Je vous félicite de cet avancement.

georges, emphatiquement. — Vous êtes trop bonne, car pour parvenir à cette dignité, il suffit de vivre, c’està-dire de souffrir.

lêonie. — Et nous souffrons tous le plus longtemps possible.

GEORGES, préoccupé. — Oui.

LÊONIE, riant. — Comment, oui !

GEORGES, retenant un sourire. — J’üi dit Oui?

lêonie. — Parfaitement, et c’est encore de la philosophie, et la seule vraie, je crois. — (a part.) J’avais raison, il ne m’aime plus.

georges, piqué. — Si ce ton vous plaît. Madame, je l’accepterai pour être toléré, et puisque je n’ai pas le choix, (soupirant) rions, faute de mieux.

lêonie. — A la bonne heure ! Du reste, souffrir de douleurs qu’on n’a pas est un rôle bien vieilli depuis votre départ. Quand on a le malheur d’être heureux, à présent on en prend son parti. C’est plus spirituel et moins fatigant.

georges. — Si notre traité m’oblige à cacher certaines blessures, il ne m’impose pas, je pense, l’héroïsme de les railler.

lêonie, sérieusement — Non , Monsieur, mais puisque vous insistez ainsi sur un passé que votre délicatesse devrait me faire croire oublié, je vous imiterai, j’accepterai ce sujet... mais pour une seule fois... retenez bien ceci.

CHARITÉ BIEN ORDONNÉE

georoes, avec intention. — Je n’oublie rien moi

Madame.

léonie. — Ni moi, Monsieur, et vous allez en être convaincu. — Aussi bien cette explication était nécessaire pour éviter certaines erreurs de date qu’il ne me serait pas permis de pardonner. — Oui, Monsieur, confiée à une tante un peu étourdie pendant une absence de ma mère, j’ai pu vous distinguer entre les jeunes gens qui nous entouraient. Je serai même plus franche, encore, je crus vous aimer, cette erreur était ^

sincère, et comme toute jeune fille, je pensais que cette première affection devait être éternelle. — (Souriant.)

Je crois même l’avoir juré un peu, avec accompagnement de serments redoutables.

Georges. — Oui, Madame, j’y étais.

léonie, raillant. — Vous n’étiez pas encore philosophe, je crois?

Georges. — Non, c’était avant ma promotion.

LÉONIE, reprenant sérieusement. — VOUS Voyez, Monsieur, que je ne dissimule, en rien, l’importance de ce sentiment de pensionnaire. C’est avec la même franchise que je dois vous dire aussi son triste dénoùment...

Hélas! c’est là l’histoire de tout ce qui est faux....

Après avoir bien gémi sur une union qu’elle déplorait alors et que précéda votre départ, la jeune femme s’aperçut bientôt que la jeune fille s’était trompée...

Heureuse des plaisirs d’un monde qu’elle ignorait; fière d’un mari qu’elle aurait choisi entre tous pour son esprit et sa bonté, elle oublia complètement et bien vite cette rêverie de sa jeunesse, mon Dieu, oui! — et... ( avec intention ) forcée de s’en souvenir aujourd’hui, elle en parle comme d’un conte d’enfant... (souriant) qu’elle n’a pas envie de relire... (Georges salue.)

léonie, reprenant. — Mais si votre goût a failli en ceci, votre esprit vous servira mieux, j'en suis sûre. — (Lui remettant le billet.) Et vous reprendrez ce billet que je veux bien n'avoir pas vu.

Georges. — Mais, Madame, dans ces lignes respectueuses, je ne demandais que le droit de vous dire...

léonie. — Je ne veux rien savoir, (souriant) et puis la suite d'un conte qui n’amuse plus... vous comprenez...

Georges, jetant le billet sur la table. — Eh bien ! Madame, au risque d’être ennuyeux, et dussiez-vous me priver à jamais de votre présence, vous daignerez m’entendre. Je ne dis pas en ce moment, car au milieu du trouble où me jettent vos paroles, tantôt railleuses, tantôt sévères, dans cette fierté assouplie par tant de grâces, dans cette froideur encadrée de tant de sourires, ma pensée indécise ne sait s’il faut craindre ou espérer.

LÉONIE, calme et froide s’assied et n’écoute plus. — J ai dit. Monsieur, la dernière fois.

Georges. — Eh bien! oui, mais après ce que je réclame de votre bonté, vous pourrez me bannir alors et j’obéirai. — Je m’efforcerai de ne voir en vous qu’un songe merveilleux évanoui, mais vous saurez du moins tout ce que mon cœur brisé a contenu d’amour. Et d’ailleurs, ce que je vous demande, ce n’est pas un mot, pas même un signe... seulement, là, dans ce vase, laissez des fleurs, et cela me dira que j’ai obtenu la seule grâce que j’implorerai jamais de vous. (Léonie

toujours sérieuse se dirige vers le vase. — Georges l’arrêtant.) Non, pas

encore, laissez-moi du moins espérer. (11 s’arrête vojaas

Saubade.)

CHARITÉ BIEN ORDONNÉE

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