Bruxelles à travers les âges
epuis que j'ai entrepris la publication de ce livre, les matériaux qui m'ont été fournis de toutes parts se sont accumulés à ce point que j'ai dû en élaguer un grand nombre pour ne pas donner à l'ouvrage des proportions qui l'auraient rendu inaccessible à la masse du public. Je ne pouvais exiger que l'éditeur augmentât la somme des sacrifices qu'il s'était imposés, ni dépasser le cadre, déjà très vaste, que je m'étais tracé au début. La difficulté s'est accrue à mesure que j'avançais dans l'accomplissement de ma tâche. Il n'est pas un Bruxellois possédant quelque relique du passé, qui n'ait voulu prêter son concours à mon œuvre, et si je n'avais fait un triage sévère des documents que l'on m'a communiqués, au lieu de deux volumes, Bruxelles à travers les âges en eût facilement formé trois.
Et cependant, je crois avoir le droit de dire sans orgueil que ce livre, tel qu'il se présente au lecteur, a dépassé dès aujourd'hui les espérances de ceux qui m'avaient
engagé à l'entreprendre. Dans ce second volume, comme dans le premier, aucun détail de quelque intérêt ne sera négligé. Rien de ce qui se rattache à l'histoire des monuments de la capitale, de ses coutumes, de ses illustrations de tout genre, ne sera laissé dans l'ombre. Il me reste à faire connaître les Edifices civils, les traits principaux de la vie bruxelloise à diverses époques, et trois grands épisodes qui ont marqué dans nos annales : le Bombardement de i6g5, la Révolution brabançonne et la Révolution de i83o. J'ai rassemblé sur ces événements divers des renseignements et des dessins dont la plupart sont peu connus, dont quelques-uns sont absolument inédits. Pour ce qui concerne la révolution brabançonne j'ai eu la bonne fortune de pouvoir puiser à pleines mains dans les précieuses collections de M. Raymond Janssens et de M. A. Outtelet. Des documents précieux m'ont été remis par MM. le comte Oswald de Kerchove de Denterghem, gouverneur du Hainaut, Frédéric Faber et le notaire Cambier de Thuin. J'ai déjà signalé la curieuse relation illustrée des événements de 1790, appartenant à M. Emile Van der Ton. Je dois d'intéressantes communications sur le vieux Bruxelles à M. le docteur Van den Corput, à M. Charles de Heyn, à M. A. -G. Demanet, à M. l'architecte Schoy, l'intelligent restaurateur de l'église du Sablon. M. Ed. Van den Broeck, agent de change et l'un de nos plus savants numismates, m'a prêté son obligeant concours pour l'histoire métallique, de même que son fils et M. Rutot m'avaient accordé le leur pour l'histoire du sol de Bruxelles.
L'effusion de sentiments fraternels qu'a provoquée la réconciliation solennelle de la Belgique et de la Hollande ne défend assurément pas de retracer d'une façon impartiale les événements de la révolution de i83o. J'ai donné au contraire à ce récit, qui terminera l'ouvrage, un certain développement, en l'illustrant de ce que j'ai pu recueillir de plus intéressant sur les troubles du mois d'août, les journées de septembre et les actes d'héroïsme dont elles ont été l'occasion. Un témoin oculaire de la révolution, M. Ch.-J. Mackintosh, m'a autorisé à reproduire des pages qu'il avait écrites au milieu du tumulte de cette époque où tant d'hommes nouveaux se sont révélés. J'ai usé discrètement de cette amicale autorisation, complétant le récit du vénérable écrivain par de nombreux détails puisés à d'autres sources. Ce chapitre, avec les gravures qui l'accompagnent, présentera un vif intérêt pour la génération présente, qui n'a qu'une vague idée de la physionomie de Bruxelles pendant les jours de troubles et de combats d'il y a un demi-siècle. Je dois encore ici des remerciements tout particuliers à MM. Ch. de Heyn, A. Outtelet et Molenschot, qui m'ont fourni le moyen de rendre vivantes ces scènes de Bruxelles insurgé pour la conquête de son indépendance.
Au risque de prolonger cette préface, je tiens à remercier ici le public du bienveillant accueil qu'il a fait à une entreprise qui pouvait lui sembler téméraire. La conscience apportée par l'auteur à contrôler l'exactitude de ses assertions, le rude travail auquel il a consacré ses veilles, le soin qu'ont mis les éditeurs à l'exécution matérielle, tous