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CHAPITRE IX

Çharleroi, dont les plans furent tracés par l'ingénieur Vifquin. Sa longueur était d'environ 70,000 mètres (74,529 aunes), avec une profondeur totale de 3 12 mètres, sauf dans la ville où il était plus profond. Cinquante écluses, depuis son départ de la Sambre jusqu'à sa jonction au canal de Willebroeck, soutenaient les eaux, dont les prises étaient ménagées en différents endroits; depuis le bief de partage, la pente vers Bruxelles était de 107 aunes j5 pouces. Le canal faisait son entrée en ville à la porte de Ninove, où la petite Senne passait dessous, et par deux écluses venait prendre le niveau des eaux de l'ancien canal. Le tonnage des bateaux de transport devait excéder 60 tonneaux, pour donner droit à la prime accordée par un arrêté royal du 23 mars i83o.

Bruxelles comptait quatre casernes : i° celle de Sainte-Elisabeth, Montagne de Sion, pouvant contenir 3, 000 hommes d'infanterie; une partie, dont l'entrée se trouvait dans la rue des Sables, était composée d'écuries pouvant tout au plus servir à un escadron; 20 celle des Annonciades, rue de Louvain, réservée à la garde communale; le derrière (rue de Notre-Dame-aux-Neiges) servait aussi à la cavalerie, et ses bâtiments se trouvaient dans un état déplorable de vétusté; on projetait d'en construire une nouvelle à proximité des eaux et des magasins à fourrages; 3° la caserne de la maréchaussée, rue des Petits-Carmes, près de la prison; 40 celle des sapeurs-pompiers, au Vieux-Marché.

Les cimetières généraux étaient établis à Saint-Josse-ten-Noode, à Saint-Gilles et à Molenbeek.

Le nombre des écoles avait triplé à Bruxelles sous le gouvernement néerlandais, et la classe la plus malheureuse de la société pouvait atteindre à des connaissances dont elle était privée dans le passé. Un grand nombre d'écoles gratuites s'ouvrirent pour les pauvres grâce à l'action du gouvernement et de La philanthropie privée. Les principales étaient les écoles de chant, de musique et de déclamation, les écoles d'enseignement mutuel, dominicales, de gravure, de géométrie pratique et gratuite au Musée, où les leçons se donnaient tous les dimanches à onze heures. Le cours donné par M. J. Kindt était très fréquenté par les artisans.

Il y avait deux fêtes principales ou kermesses, dont l'une le dernier dimanche de mai (petite kermesse), et l'autre, la grande, le troisième dimanche de juillet. Chaque quartier avait les siennes. On célébrait solennellement le jour de naissance du roi et l'anniversaire de la bataille de Waterloo.

Disons deux mots des fiacres. On en comptait i3o, qui stationnaient en trois endroits différents : à la Grand'Place, à la place Royale et à la Monnaie. Les voitures étaient propres et élégantes. Les prix étaient : pour une course en ville 60 cents; pour la première heure j5 cents; pour chacune des suivantes 60 cents. Après huit heures du soir jusqu'à minuit la course était de 75 cents ; pour la première heure un florin; pour chacune des suivantes j5 cents. Après minuit les prix augmentaient. La promenade à l'Allée-Verte se payait à raison d'un florin par heure. Les courses

hors de la ville étaient tarifées selon les distances. En ce qui concernait les voitures de remise, les cabriolets et les chevaux, on s'entendait avec les loueurs en payant les barrières soi-même ou en les faisant payer par le cocher. La taxe à chaque barrière était pour une voiture à quatre roues 5 cents; à deux roues 2 1/2 cents, et pour chaque cheval 5 cents.

Il y avait tous les ans quatre foires : deux aux chevaux et équipages le Ier de mai et le 19 d'août; elles ne duraient qu'un jour; on accordait des primes aux marchands

Aspect de la Grand'Place, pendant la foire du mois d'octobre 1826. Fac-similé d'une lithographie de J. Madou.

qui présentaient à ce marché les plus beaux et le plus grand nombre de chevaux, ainsi qu'au plus bel équipage. Les deux autres foires offraient en vente toutes sortes d'objets; elles s'ouvraient le 22 mai et le 18 octobre. La première durait douze jours; la seconde quatorze. C'est à ces époques que l'on voyait arriver les ménageries, les spectacles ambulants. Ces foires se tenaient sur la Grand'Place et le Vieux-Marché-aux-Grains. Le marché des poteries était à la place Saint-Michel.

Bruxelles fut de tout temps renommé pour ses fontaines publiques. En 1786 on en comptait encore vingt-sept qui donnaient en abondance une eau excellente. Déjà plusieurs des plus anciennes avaient disparu, entre autres celle de la Grand'Place qui fut remplacée au xvie siècle par une autre, adossée à la Halle-au-Pain. Nous avons parlé, dans des chapitres précédents, de la fontaine des Trois Pucelles, de celle de la Steenpoorte, de celle du Marché-aux-Hèrbes, de celle de Charles-Quint et de

plusieurs autres qui présentent un intérêt historique. En i83o on n'en comptait plus que sept, dont les plus remarquables étaient la fontaine du Grand-Sablon, construite par ordre de lord Bruce, comte d'Aylesbury, en souvenir de son séjour dans cette ville qu'il habita pendant quarante ans; le Manneken-Pis, suffisamment connu; le Neptune en courroux, de la rue Neuve (voir p. 118), due au ciseau de Janssens; et dont M. J. Malou possède la maquette originale, restaurée par Guillaume Geefs, la fontaine de la place Saint-Géry, obélisque surmonté d'une étoile dorée; le Cracheur du carrefour de la rue des Pierres, et la fontaine obélisque de la place Saint-Jean.

La capitale avait trois hôpitaux : Saint-Pierre, Saint-Jean et l'hôpital militaire, rue des Minimes. Les deux premiers étaient régis par l'administration générale des hospices; le dernier, par le gouvernement. A Saint-Pierre on pouvait se faire traiter en payant par jour une somme modique. On y trouvait des chambres particulières, et les soins les plus délicats étaient prodigués par des sœurs. Les traitements médicaux et les opérations chirurgicales étaient confiés à des professeurs distingués qui y donnaient aussi leurs cours. A Saint-Jean on recevait les aliénés.

Le Grand Hospice, dans l'ancien Béguinage, était sans contredit l'un des plus beaux établissements de ce genre en Europe. U Hospice des pensionnaires du Grand-Béguinage, situé entre la rue des Alexiens et la rue d'Accolay, répondait parfaitement à sa destination. L'hospice du Pachéco, ainsi qu'on l'a vu ailleurs, occupait l'emplacement où s'éleva plus tard le nouvel hôpital Saint-Jean.

'L'Hôtel du gouvernement était alors, comme aujourd'hui, dans la rue du Chêne. C'était là que siégeaient l'administration générale de la province ainsi que la députation des Etats provinciaux.

Parmi les hôtels et hôtelleries les principaux étaient les hôtels de Belle-Vue, de Flandre, de l'Europe, place Royale; d' Angleterre, rue de la Madeleine; de Suède, rue de l'Évêque; de Bradant, Marché-aux-Charbons; de Hollande et de Groenendael, dans la rue de la Putterie; du Grand-Miroir, du Grand-Faucon, de la Couronne impériale, rue de la Montagne; du Bélier, de la Campine, de Dunkerque, Marché-aux-Poulets ; de la Croix Blanche, de Dubos, Fossé-aux-Loups ; des Trois Chandeliers, Vieux-Marchéaux-Grains; de l'Empereur, de Luxembourg et du Hainaut, rue de l'Escalier; du Morian, rue d'Or, près du palais de justice ; Impérial, rue des Fripiers ; de la Couronne d'Espagne et de la Clef d'or, Vieille-Halle-aux-Blés.

Nous avons parlé ailleurs du Jardin d'horticulture, porte de Schaerbeek, l'un des plus beaux de l'Europe : situation, grandeur, eaux, sols différents et variés, tout se trouvait réuni dans son enceinte; et ce qui ajoutait encore à sa beauté, c'était le voisinage du boulevard, dont il n'était séparé que par la clôture de la ville, et avec lequel néanmoins il semblait en quelque sorte se confondre. Ce jardin possédait une riche collection de végétaux, qui allait chaque jour s'enrichissant. Peu de serres présentaient un aspect plus enchanteur. C'était, disait-on, un palais de fées. La partie du terrain tracée en cercle était destinée à l'école et divisée en vingt-quatre classes,

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