CHAPITRE IX
On peut dire qu'ici finit la phase la plus intéressante de la série monétaire bruxelloise, que l'on peut continuer du reste par toutes les pièces portant pour signe monétaire la tête d'ange des règnes d'Albert et Isabelle (i 598-1621), de Philippe IV (i62i-i655) et de Charles II (1665-1700), règnes pendant lesquels l'atelier de Bruxelles fut très actif.
Les pièces les plus rares de ces époques sont les picdforts, c'est-à-dire les doubles frappes, ou essais ayant deux ou trois fois l'épaisseur et le poids de la monnaie courante.
Bien que M. Renier Chalon, le savant directeur de la Rame numismatique belge, pense que l'atelier de Bruxelles fonctionnait sous Philippe IV, on ne connaît aucune monnaie bruxelloise à citer pour ce prince.
Sous Charles III d'Espagne (ou Charles VI d'Allemagne) (1700-1740) les émissions sont peu nombreuses à Bruxelles, mais elles redeviennent considérables sous le règne de Marie-Thérèse (1740-1780), à cause de la suppression des ateliers d'Anvers et de Bruges. Bruxelles fut alors le siège unique de la fabrication monétaire du pays.
Ajoutons qu'à la fin du xvme siècle, les monnaies du Luxembourg, bien que d'un type différent, furent fabriquées dans l'atelier de Bruxelles.
Au règne de Joseph II (1780-1790) l'atelier fonctionna activement, et à la révolution brabançonne on y battit ces belles monnaies gravées par Théodore Van Berckel dont on conserve un spécimen dans beaucoup de familles bruxelloises, comme un souvenir de notre réveil à l'indépendance.
Léopold II (1790- 1792) et François II (1 792-1 794) firent également battre des monnaies l'un et l'autre dans l'atelier de Bruxelles, qui resta fermé pendant notre réunion à la France.
Sous l'empire on forma le projet de créer un atelier monétaire à Bruxelles vers 181 1 ; mais l'empereur donna la préférence à Utrccht.
La série bruxelloise se termine par les monnaies frappées sous le roi Guillaume Ier, avec l'ancien signe monétaire B, et elles se confondent ensuite avec les monnaies du royaume de Belgique, qui toutes sont forgées dans l'atelier de Bruxelles.
Les descriptions et les récits contenus dans ce livre s'arrêtent à i83o. Je crois donc utile de tracer ici un tableau qui permettra au lecteur de se faire une idée exacte de la physionomie de la capitale à cette époque.
Le nombre des maisons, il y a quatre-vingt-trois ans, s'élevait à i2,33o, et les rues étaient éclairées par 1,200 réverbères, dont 700 alimentés par l'huile et 5oo par le gaz. L'usine à gaz était située près de la sortie de la Senne, et l'on y consommait journellement i5,ooo kilogrammes de houille produisant io5,ooo pieds cubes anglais de gaz. Alors comme aujourd'hui le nombre des débits de boissons était considérable; il y en avait 1 ,000 environ. On calculait qu'il passait à Bruxelles de 600 à 700 voyageurs par jour; aussi le nombre des voitures publiques était fort considérable. Tous les
jours partaient pour différents endroits 52 diligences, i3 de jour à autre, 17 voitures de roulage à jour fixe, 3 barques dont une en destination pour Anvers et 2 pour Trois-Fontaines. Le public avait à sa disposition i3o fiacres et calèches.
U Allée-Verte (1), bordant la rive orientale du canal de Willebroeck, commençait aux murs de la ville et se prolongeait jusqu'au pont de Laeken. Elle était plantée de quatre rangées de tilleuls qui l'ombrageaient dans toute son étendue. On pouvait la considérer comme le rendez-vous des équipages si nombreux à Bruxelles et en général de tous les fashionables de la ville qui s'y promenaient à cheval, et y attiraient une foule de promeneurs dans les beaux jours de l'été.
U Athénée était situé rue de Namur. Le dépôt des archives se trouvait au Palais de justice. La principale Banque, située Montagne du Parc, était la Société Générale des Pays-Bas pour favoriser l'industrie nationale. Elle était constituée au capital de cinquante millions de florins.
Il y avait à Bruxelles trois Boucheries : au Marché-aux-Herbes; sous la salle des Variétés, rue des Fripiers; à l'ancienne Halle à la toile, rue du Cerfeuil; et dans l'enceinte du Marché-au-Beurre un marché à la viande, qui se tenait les lundi, mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine. Un autre était établi au faubourg de Namur, près de la porte.
La Bourse se tenait dans un local nouvellement bâti place de la Monnaie.
Il y avait trois Cabinets littéraires : chez M. Horgnies, Marché-au-Bois ; chez M. Grignon, libraire, au bas de la Montagne de la Cour; et le troisième, anglais, chez MM. Pratt et Barry, place Royale.
On ne comptait que huit Cafés proprement dits : le Grand Café, restaurant rue des Eperonniers; le Café Suisse, les Mille Colonnes, tous deux place de la Monnaie; Y Amitié, place Royale; le Waux-hall, au Parc; le Commerce, rue des Dominicains; Velloni, rue d'Assaut, et celui de la Montagne, restaurant, Montagne de la Cour. A ce petit nombre de cafés, dans une ville aussi populeuse, s'ajoute un nombre considérable d'estaminets où on lisait les journaux et qui étaient généralement tenus avec propreté et un luxe peu commun ailleurs. La meilleure société même s'y donnait rendez-vous. Les principaux étaient le Grand Eperon, Marché-aux-Herbes; le Corbeau, rue de l'Évêque; le Roi de Pologne, le Faucon, rue de la Montagne; le Lion Blanc, rue Sainte-Anne; le Canal de Louvain, Marché-aux-Herbes; la Boule d'or, la Montagne, Montagne de la Cour; le Grand Café, rue des Eperonniers; YOranger et Y Aigle d'or, rue de la Fourche; la Bourse d'Amsterdam, Marché-aux-Poulets; le Billard et la Clef de Louvain, rue des Bouchers; la Belle Vue, place Guillaume; le Domino, place de la Monnaie ; le Faisan d'or, petite rue des Dominicains ; le Rocher de Cancale, hors la porte de Louvain ; et le Nouveau Meyboom, grande rue d'Or.
Parmi les grands travaux exécutés peu avant i83o, il faut ranger le canal de
(1) On remarquera que nous suivons l'ordre alphabétique, permettant au lecteur de se retrouver ainsi plus facilement.