CHAPITRE X
ce point des feux de peloton qui rendirent la lutte sanglante. Les fusillades se répétaient à chaque instant; on voyait transporter les blessés; les maisons se fermaient et les fenêtres se garnissaient de femmes et de curieux; de toutes parts le peuple s'armait, et l'exaspération se peignait sur toutes les physionomies; liberté! vengeance! était devenu le cri de ralliement.
Au milieu de cet accès de fièvre populaire, le 26, à onze heures du matin, une proclamation fut affichée à tous les coins des rues par les soins de la régence. Elle abolissait l'impôt de mouture et invitait tous les bons citoyens à s'armer pour le maintien de la sûreté publique.
Vers midi, le feu s'était ralenti ; les troupes s'étaient repliées sur la place des Palais, et avaient cessé les hostilités. Une nouvelle proclamation de la régence annonçait que les troupes abandonnaient aux habitants armés la sûreté de la ville ; que l'on s'occupait avec ardeur des moyens de satisfaire aux vœux publics.
Par toute la ville on colportait les imprimés suivants :
Ce que veut le peuple :
iu L'exécution franche et sincère de la loi fondamentale sans restriction ou interprétation au profit du pouvoir. — 2° L'éloignement du ministère Van Maanen. — 3" La suspension provisoire de l'abatage jusqu'à la prochaine session des Ktats généraux. — 4* Un nouveau système électoral établi par une loi où l'élection soit plus directe par le peuple. — 5" Le rétablissement du jury. — 6" Une loi nouvelle sur l'organisation judiciaire. — 70 La responsabilité pénale établie par une loi. — 8" Une loi qui fixe le siège de la haute cour dans les provinces méridionales. — g" La cessation des poursuites intentées aux écrivains libéraux. — 10" L'annulation de toutes les condamnations en matière politique. — il" Qu'il soit distribué à tous les ouvriers infortunés du pain pour subvenir à leurs besoins jusqu'à ce qu'ils puissent reprendre leurs travaux.
Des groupes de peuple munis d'armes de toute espèce parcouraient la ville. C'est alors que se produisit l'incident du drapeau tricolore français arboré à l'hôtel de ville et promptcment remplacé par MM. Van llulstct Ducpetiaux. Des citoyens armés circulaient en nombreuses patrouilles et arrêtaient les hommes ivres qui essayaient de profiter du désordre pour commettre des excès.
Pendant toute l'après-dinée et la nuit du jeudi au vendredi, les citoyens, profitant de l'ivresse complète des détachements de gens du peuple, les désarmèrent moitié par ruse, moitié par force. Il s'ensuivit quelques rixes qui n'eurent aucun grave résultat. Quelques individus voulaient forcer l'entrée de la rue du Musée, pour aller détruire la riche toilette destinée à la princesse Marianne, et qui faisait partie de l'exposition des produits de l'industrie; la garde bourgeoise s'interposa et réussit à les disperser.
Du reste, la nuit se passa paisiblement, et les dispositions malveillantes manifestées la veille furent réprimées par la bonne contenance des citoyens. La plupart des détachements de la garde bourgeoise portaient des drapeaux avec l'inscription liberté, sûreté. Ces soldats-citoyens s'accueillaient, en se rencontrant, par des bravos, et se donnaient la main aux cris de Vive la liberté ! - Cette admirable activité, dit Lesur, cette organisation encore imparfaite, mais spontanée et rapide, cette séparation
La salle du théâtre de la Monnaie pendant la représentation de « la Muette de Portici »,