‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 128 sur 192 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

hollandais faisaient appel aux armes pour dompter les rebelles ; le conseil des ministres, présidé par le roi, siégeait en permanence à La Haye. Les princes d'Orange et Frédéric se mirent enfin en route pour les provinces du midi et, parcourant le cordon de troupes échelonnées depuis la Hollande jusqu'à Vilvorde, arrivèrent aux portes de Bruxelles.

Du palais de Laeken, le prince d'Orange envoya son aide de camp, M. de Crucquenbourg, pour inviter M. le commandant général de la garde bourgeoise à venir s'entendre avec lui. Le 3i août, vers midi, une députation partit pour le palais, composée du baron d'Hooghvorst, du major Vandersmissen, du comte Vanderburch, du chevalier Hotton, de MM. Rouppe et Van de Weyer.

Elle fut reçue à Vilvorde par les deux princes, aussitôt après son arrivée. Pendant un entretien particulier le prince d'Orange s'adressant à M. Rouppe, et désignant de la main sa boutonnière, parée du ruban aux trois couleurs, lui dit : - Vous connaissez sans doute le code pénal; vous portez, dans mon quartier général, des couleurs illégales, et je pourrais... « — * Prince, reprit M. Rouppe, ces couleurs sont celles de la bourgeoisie que j'ai l'honneur de représenter; c'est une marque de patriotisme et non de rébellion; la députation s'est rendue en toute confiance auprès de vous; et du reste... » Ce sujet de conversation fut abandonné et l'on entra soudain en conférence.

Cependant le temps s'écoulait et la députation ne revenait pas : on craignait qu'elle n'eût été arrêtée. Des groupes nombreux parcouraient les rues : A Vilvorde! criait-on, allons délivrer nos députés! On se préparait en effet à sortir de Bruxelles, lorsque l'on vit arriver ces généreux citoyens qui se rendirent à l'hôtel de ville pour y rédiger la proclamation annonçant la réponse des princes.

Avant que ce travail fût achevé, le bruit s'était répandu que les princes, sans rien promettre, demandaient à entrer dans Bruxelles avec des troupes et exigeaient que la bourgeoisie abandonnât les postes et déposât ses drapeaux et ses rubans aux trois couleurs. Ce bruit s'accréditait encore par le retard qu'on mettait à la publication de la proclamation, et qui, en effet, était motivé par la crainte de l'impression fâcheuse qu'elle aurait produite sur l'esprit du peuple. Alors une foule immense se précipita vers les portes de Laeken, de Schacrbcek et de Louvain. En un instant des arbres furent abattus, des charrettes mises en réquisition, des tonneaux, des caisses, apportés de toutes parts, les rues dépavées, des barricades élevées à tous les débouchés et dans toutes les rues de la ville. La nuit entière fut employée à consolider ces travaux; on s'attendait à ce que les troupes voulussent entrer le lendemain matin, et l'on faisait des préparatifs pour les recevoir.

Il était dix heures du soir, lorsque l'on fît proclamer du balcon de l'hôtel de ville la pièce suivante :

Concitoyens !

Le commandant en chef de la garde bourgeoise ayant été invité à se rendre au quartier général de Leurs Altesses Royales, s'y est transporté, accompagné de MM. le baron Vandersmissen, le chevalier Hotton, le comte Vanderburch, Kouppe

et Sylvain Van de Weyer, et là, après avoir exprimé aux princes le désir de les voir seuls dans nos murs, il a acquis la certitude que les troupes n'entreront point avant qu'il n'ait été répondu aux propositions ci-dessous. Cependant Leurs Altesses Royales ont attaché à leur entrée dans Bruxelles des conditions auxquelles le commandant en chef et les autres membres du conseil qui l'accompagnaient ne se sont pas crus autorisés à accéder, sans avoir consulté préalablement le vœu général, par la voie d'une publication qu'ont demandée les princes eux-mêmes. En conséquence, le commandant se croit obligé, en acquit de ce qu'il doit à ses concitoyens, de publier la pièce suivante, revêtue des signatures des deux princes :

« Vous pouvez dire à la brave bourgeoisie de Bruxelles que les princes sont à la porte de cette résidence royale, et ouvrent leurs bras à tous ceux qui veulent venir à eux. Ils sont disposés à entrer dans la ville, entourés de cette même bourgeoisie et suivis de la force militaire destinée à la soulager dans le pénible service de surveillance que cette bourgeoisie a rempli jusqu'à ce moment, dès que des couleurs et des drapeaux qui ne sont pas légaux auront été déposés, et que les insignes qu'une multitude égarée avait fait disparaître pourront être replacés.

« (Signé) Guillaume, Prince d'Orange,

Frédéric, Prince des Pays-Bas. »

Il a été arrêté qu'un certain nombre de membres de la garde bourgeoise seraient députés auprès des princes, à l'effet d'obtenir des changements aux conditions qui précèdent et que les sections seraient ensuite invitées à se rendre au quartier général par députation de vingt-cinq hommes, à l'heure qui leur sera indiquée.

Bruxelles, 3i août i83o.

Le commandant en chef de la garde bourgeoise, Baron Emm. Van der Linden d'Hooghvorst.

Les passages de cette proclamation concernant les propositions de déposer les couleurs et d'admettre les princes avec des troupes, furent accueillis à la lecture par des cris d'improbation, et l'on n'en continua qu'avec plus d'activité de travailler à la construction des barricades.

La seconde députation, dont la proclamation faisait mention, était partie dès sept heures du soir. Elle revint à minuit et fut obligée d'escalader les nombreuses barricades élevées pendant son absence.

On publia le lendemain de bonne heure la proclamation suivante :

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