CHAPITRE X
circonstances atténuantes. D'après lui « on a mauvaise grâce d'insulter, de calomnier » ceux qui eurent un moment de défaillance fort excusable en présence de l'effroyable « anarchie qui a précédé les combats de Bruxelles ». Le jour même où les Hollandais entraient dans la ville, le 23 au matin, Charles Rogier, croyant la résistance impossible, en sortait par une autre porte; il était arrivé dans la forêt de Soignes, quand soudain le bruit du canon lui apprit que le peuple de Bruxelles se défendait. Rogier revint immédiatement sur ses pas; il était de retour le soir même. Seul le baron E. d'Hooghvorst, chef de la garde bourgeoise de Bruxelles, refusa de quitter son poste (i). -
Mais n'anticipons pas sur le cours des événements. Quelques chefs de la garde bourgeoise se trouvaient le soir à l'hôtel de ville quand y parvint un exemplaire de la proclamation. Une délibération s'engagea à ce sujet, et l'on se sépara sans rien conclure. MM. Ed. Ducpetiaux et Everard prirent alors la résolution de se rendre au quartier général du prince Frédéric, fie désavouer, au nom de la bourgeoisie armée, l'invitation d'entrer qui aurait pu être faite au prince par quelques personnes isolées, et de demander enfin que, si le prince voulait réellement entrer sans résistance, il eût à faire disparaître de sa proclamation les menaces et les restrictions qui s'y trouvaient.
Ces deux généreux citoyens partirent vers onze heures du soir; le prince Frédéric les fit arrêter à son quartier général, et ils furent sur-le-champ transportés à Anvers, où ils restèrent détenus. Déjà des ouvriers, des paysans, arrachés à leurs travaux, avaient été entraînés par les troupes comme prisonniers de guerre.
Comme le prince l'avait annoncé dans sa proclamation, les troupes se présentèrent, le 23 au matin, aux portes de la ville. Dès quatre heures, quelques paysans et des vedettes avancées accoururent aux portes de Schacrbeek et de Flandre, annonçant que l'ennemi s'avançait en force et en colonnes serrées.
A six heures elles étaient aux portes de Bruxelles. Cette grave nouvelle se répandit de rue en rue avec la rapidité de l'éclair. On hésitait a y croire encore, lorsque le bruit du canon se fit entendre. Aussitôt la générale fut battue dans les différents quartiers de la ville, appelant le peuple aux armes.
fi) Préface de M. Armand Freson, aux Souvenirs personnels de Joseph Lebeau, p. 12. — Th. Juste. Biographies de Van de Weyer. Rogier. etc.. Le même historien rapporte ce qui suit dans son livre sur la Révolution belge (II, p. 123) : « Au hameau de Saint-Hubert, dans la foret de Soignes, M. Rogier rencontra M. Jottrand, rédacteur du Courrier des Pays-Bas. compromis et proscrit comme lui. Tous deux se rendirent à travers champs au village de Couture-Saint-Germain, dans la ferme de l'ancienne abbaye d'Aywiers, à une lieue environ de Mont-Saint-Jean. Il était alors deux heures de relevée. Une heure après, le fermier, rentrant du jardin, dit que le bruit du canon se faisait entendre dans la direction du nord-ouest. M. Rogier sortit pour s'en assurer et sa détermination fut prise à l'instant ; il déclara que puisque, selon toute apparence, on se battait à Bruxelles, il voulait y retourner sur l'heure. Le fils de la maison, P.-J. Godefroid, un brave jeune homme, déclara à son père qu'il accompagnerait leur hôte et qu'il irait, lui aussi, faire le coup de fusil. Ils partirent et traversèrent de nouveau la forêt de Soignes. Vers sept heures du soir, ils étaient à Bruxelles. M. Rogier se rendit à l'hôtel de ville qu'il trouva désert. — M. Jottrand rentra le lendemain et reprit la publication du Courrier des Pays-Bas.
JOURNEÉS DE SEPTEMBRE
Immédiatement après le récit des quatre journées, nous publions, sous forme d'album, des reproductions d'une série de gravures et dessins de l'époque représentant les principaux événements des divers combats dont Bruxelles a été le théâtre.
C'est à l'inépuisable obligeance de M. Th Hippert que nous devons la communication de la plus grande partie de ces précieux documents, et nous tenons à lui exprimer encore une fois tous nos sincères remerciements pour le bienveillant concours qu'il a prêté à la publication de Bruxelles à travers les âges.