‹ Bruxelles à travers les âgesChapitre 15 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'abbé Mann, parlant de ce grand corps de bâtiment - à la moderne », dit qu'il n'offre rien de remarquable que les bustes des ducs et duchesses de Brabant, placés sur des consoles, et une Renommée sculptée par De Vos le Vieux. Fricx en parle avec plus de respect. - La face gauche de la place est remplie, dit-il, d'un corps de logis unifqrme avec une belle mansarde, de magnifiques pilastres dont les bases portant sur le cordon du premier étage avec des chapiteaux de riche sculpture qui soutiennent l'entablement ou corniche où porte la mansarde, régnent sur toute la façade et séparent trois rangs de belles croisées. A chaque base de ces pilastres il y a un buste qui représente un des souverains du pays. On y entre par plusieurs portes élevées sur des perrons. Divers corps de métiers y tiennent leurs assemblées ordinaires (i). Il est certain qu'on ne vit jamais plus de zèle chez les bourgeois de cette ville qu'en i6g5 qu'elle fut bombardée. Il semblait que le feu de leurs ennemis enflammait encore plus leurs cœurs qu'il n'embrasait leurs édifices. Aussi leur ardeur ne leur permit pas de retarder d'un moment à réparer leurs pertes. A mesure que leurs maisons étaient renversées, ils travaillaient à en élever sur leurs ruines de plus magnifiques que celles qu'on venait de réduire en cendres, sans que leur zèle pût être ralenti, ni par la longueur du travail, ni par la crainte de la dépense. -

On peut voir dans la Belgique illustrée (2) le dessin de la gracieuse façade de la Balance, avec son balcon supporté par deux nègres. Reste enfin le Coffy, espèce d'écjuivalent du fameux café Procope. Les politiciens s'y donnaient rendez-vous à l'époque de la révolution brabançonne et il fut en même temps un théâtre où jouèrent d'abord les sociétés de rhétorique, puis, sous Charles de Lorraine, des troupes françaises de * petit-opéra -.

Un assez faible intérêt historique se rattache à la rangée de maisons qui sépare la rue de la Colline de la Maison du Roi. Il n'y a lieu de signaler que la Taupe et la Chaloupe, antique propriété de la corporation des tailleurs, remarquables jadis par leurs nombreux clochetons en forme de minarets, et reconstruites après i6g5 avec un luxe qui atteste la prospérité du métier. Un vase doré couronnait le pignon et sur la façade on lisait ce distique :

Quas furor hostilis subvertcrat ignibus ades Sartor restaurât prasidibusque dicat.

Tout à côté s'élève la maison du Pigeon, puis la petite chambre de l'amman (Amman 's Camerken), au coin de la rue des Harengs.

Nous ne savons rien des anciennes propriétés situées du côté de la rue au Beurre. En revanche tous les historiographes de la ville parlent avec enthousiasme de la

(X) L'une de ces maisons fut occupée avant i83o par la Société de Lecture, fondée le 28 juillet 1807 par quelques amis qui désiraient s'instruire mutuellement par des lectures faites à haute voix. La société mêlait 1 agréable à 1 utile et donnait en hiver des fêtes très suivies.

splendide rangée de maisons qui après le bombardement s'aligna sur le bas de la place vers la rue de la Tête d'or, et qu'on rétablit aujourd'hui dans leur état primitif.

Voici comment en parle Fricx, dans sa description de 1743 : - Ces magnifiques maisons, sans être uniformes, ne laissent pas de former un beau coup d'œil. Elles sont toutes d'un différent ordre d'architecture et sculptées d'un différent goût. Tous les ornements de l'art y sont ménagés avec beaucoup de goût et distribués sans confusion. Leurs frontispices ou façades n'offrent à la vue que pilastres, colonnes, bases, chapiteaux, architraves, frontons, corniches, entablements, bas-reliefs, balustrades, balcons, festons, vignettes, dorures, statues, thermes, chevaux marins, en un mot tous les ordres de l'architecture et tous les ornements que la sculpture peut fournir, la plupart dorés ou mis en couleurs, contribuent à leur embellissement.

« La première est ornée de cinq statues très belles. Celle qui représente la Justice avec cette inscription : Pondère et mensurà, est placée au milieu entre quatre autres qui représentent les quatre parties du monde. Elle est garnie de colonnes d'ordre dorique et de magnifiques balcons. Le corps des marchands merciers y tient ses assemblées. »

Cette maison est celle du Renard, que l'on restaure en ce moment.

« La seconde, où les bateliers s'assemblent, est d'ordre ionique. Elle est surmontée de la poupe d'un vaisseau au naturel avec plusieurs galeries, des hommes, des chevaux marins et des tritons. » — C'est la maison du Cornet.

« L'architecture de la troisième est aussi d'ordre ionique. Le cintre du portail qui est haut, large et bien orné, est rempli d'une Louve sculptée au naturel, allaitant Remus et Romulus. Ses trois étages sont ornés de médailles, de statues et d'inscriptions. Sur l'entablement qui soutient une belle balustrade de pierre, il y a quatre médailles, qui répondent à quatre grandes statues, sous lesquelles on lit quatre inscriptions; tous ces ornements se rapportent l'un à l'autre avec beaucoup de justesse.

« Ces figures sont réparties comme suit :

l" médaille. 2e médaille.

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