CHAPITRE X
* gagnée! Quand vous faites tant pour la paix de l'Europe, l'Europe nous doit sans
- doute de la reconnaissance, et, s'il était nécessaire, elle nous devrait de l'assistance.
- La paix, ce besoin universel des sociétés modernes, sans laquelle il n'y a ni
- commerce, ni industrie, ni arts, ni liberté possibles, nous ramènera la prospérité. - M. de Gerlache crut ensuite pouvoir exprimer à ses collègues les sentiments de la patrie reconnaissante. « Chacun de vous », poursuivit-il, « va rentrer parmi les siens « avec la douce satisfaction d'avoir rempli sa mission. Vous avez bien mérité du pays,
- et le pays déjà vous rend justice! - M, de Gerlache ajouta d'une voix émue qu'il était si fier d'avoir été le président d'une si noble assemblée, et qu'il estimait cet honneur si grand, que s'il devait se sacrifier tout entier à sa patrie, il croirait en avoir été d'avance trop bien payé.
* Il prononça enfin ces mots solennels : Au nom du peuple belge, je déclare que le Congres national est ajourné conformément à son décret du 20 du présent mois.
« Les circonstances n'obligèrent pas le gouvernement à rappeler le Congrès au poste de l'honneur. L'ajournement, que l'assemblée avait prononcé elle-même, se changea, quelques semaines après, en dissolution par la convocation régulière des chambres législatives. La mission du Congrès fut donc terminée le 21 juillet 1 83 1 (1). »
Il nous reste à mentionner quelques faits intéressants qui se rattachent d'une façon intime à la révolution de i83o, en même temps qu'à l'histoire de la capitale. Occupons-nous d'abord de la Brabançonne, le chant national qui mena les volontaires au combat. Les paroles et la musique de cet hymne révolutionnaire ont leur histoire comme la Marseillaise et toutes les compositions écloses dans un moment de fièvre populaire. Depuis i83i, la Brabançonne a fait l'objet de nombreuses discussions, et bien souvent il en a été question dans des articles de Revues, dans des feuilletons et des causeries de journaux. Dans ces dissertations on s'est surtout occupé de la composition musicale, et des érudits en ont contesté la paternité à Campenhout. Il résulte pourtant à toute évidence et d'après des autorités indiscutables que c'est à la collaboration de Jenneval et de Campenhout que nous devons l'hymne national qui, volant de bouche en bouche, alla semer la révolution dans le pays et devint le signal de ralliement des patriotes. Jenneval composa deux Brabançonnes que ne dictait pas le même esprit, mais Campenhout ne lit qu'une seule et même composition pour les deux Brabançonnes. L'hymne de Jenneval vint à point, car au début de la révolution, au mois d'août, les Belges n'avaient d'autres refrains patriotiques que la Parisienne (2) et la Marseillaise.
(1) Th. Juste, Histoire du Congrès national, t. II (Conclusion).
(2) Paroles de Casimir Delavlgne, musique d'Auber. En voici le refrain
En avant marchons Contre leurs canons, A travers, le fer, le feu des bataillons, Courons à la victoire (bis).
Jenneval, Lyonnais de naissance, de son vrai nom Dechez, débuta à Bruxelles, le 29 avril 1828, sur la scène de la Monnaie, dans le rôle de Victor, le jeune poète des Comédiens de Casimir Delavigne. Il avait alors vingt-sept ans et comptait à son actif d'honorables succès obtenus à Marseille et à Paris. Il quitta Bruxelles au commencement de i83o pour entrer à la Comédie française ; mais il y revint dans le courant de la même année et, lors des troubles qui suivirent la représentation de la Muette, se fit inscrire avec plusieurs de ses camarades parmi les membres de la garde urbaine qui voulaient maintenir l'ordre dans la cité.