CHAPITRE X
une croix à laquelle est suspendue une couronne de laurier. Sous la vignette est imprimé le quatrain que Jenneval attacha, le 6 octobre i83o, à la croix de la place des Martyrs. Nous avons donné un fac-similé de cette vignette à la page 384.
Campenhout, décoré de la croix de Fer en i835, fut nommé chevalier de l'ordre de Léopold dix ans après, sous le ministère de M. Van de Weyer (1), et en 1846, sur la proposition de M. Charles Rogier, les Chambres lui accordèrent une pension annuelle de 1,200 francs (2).
Le ministre de l'intérieur, ancien membre du gouvernement provisoire, prononça à cette occasion les paroles suivantes :
« Je propose d'augmenter l'allocation de ce chapitre (Récompenses honorifiques et pécuniaires) d'une somme de 1,200 francs, qui fera l'objet d'un article 2 et formera une dotation spéciale et annuelle au profit d'un titulaire nouveau dont les services patriotiques, le dévouement courageux, ne seront contestés par personne. Je veux parler de l'auteur de l'air national la Brabançonne, cette inspiration si belle, qui a exercé une influence si puissante dans toutes les phases de notre émancipation politique, et qui, toujours, éveillera dans les cœurs belges un vif sentiment de patriotisme et de fierté nationale.
F. Snel.
Fac-similé d'une gravure de J. Pelboete.
(1) Nous lisons à ce sujet dans les journaux de l'époque :
« M. Van Campenhout se trouvait à la Société de la Grande-Harmonie lorsqu'il fut informé, de la part du ministre, de la haute faveur que le roi venait de lui accorder en le nommant chevalier de l'ordre de Léopold.
« La nouvelle se propagea a l'instant dans les vastes salons de la Société, où se trouvaient réunis, à la suite du magnifique concert donné au l'arc, un nombre considérable de sociétaires.
« Lorsque le nouveau décoré, à peine remis de son émotion, parut dans la salle principale, entouré de quelques amis intimes, il fut accueilli par une acclamation enthousiaste et par les félicitations les plus chaleureuses. La Brabançonne, que Van Campenhout chantait, il y a quinze ans, de cette voix puissante qu'il prodiguait alors, lui fut demandée et accompagnée par toute l'assistance avec une chaleur et un entrain auxquels on n'était plus habitué depuis longtemps.
« L'ovation de Van Campenhout ne s'est point bornée là. Un cortège s'organisa spontanément et ramena cet estimable artiste jusque chez lui. En passant, on fit halte à l'Aigle d'or, où la Brabançonne fut chantée pour la première fois en i83o; déjà l'on savait ce qui s'était passé à la Grande-Harmonie. De patriotiques vivats accueillirent l'auteur du chant national. »
(2) Une médaille en bronze fut également frappée en son honneur, en 1846. Elle porte d'un côté, sur le tour : François Van Campenhout, et le profil de Van Campenhout. Sous le col : Veyrat F. 1846.
Au revers, dans une couronne de laurier : A l'auteur de la Brabançonne, né à Bruxelles en 1779. Au-dessous le millésime : i83o.
« Le nom de Campenhout est, sans aucun doute, l'un des plus populaires de notre révolution, il se rattache à ses plus beaux souvenirs. L'artiste qui le porte l'a conservé pur et intact, et une circonstance qui parle bien haut pour lui, c'est que sa popularité même et ses services ne sont pas devenus pour lui une source d'avantages personnels. Des titres si puissants d'une part, et une si grande discrétion de l'autre, n'est-ce pas là, messieurs, un spectacle peu commun? Et une telle conduite ne serait-elle pas surtout digne de toute estime et de toute sympathie, alors que celui qui la tiendrait vivrait depuis plusieurs années dans une position voisine de la gêne,
et que le grand âge serait venu ajouter à ses besoins, tout en diminuant ses ressources? »
La chambre adopta, à l'unanimité, la proposition de M. Rogier, d'ajouter au chapitre XV du budget une somme de 1,200 francs, au profit de Campenhout, en attendant qu'une loi spéciale pût être proposée à cet égard par M. le ministre de l'intérieur. Malheureusement, Campenhout ne put jouir longtemps des honneurs et des faveurs dont il était si tardivement devenu l'objet, car il mourut à Bruxelles le 24 avril 1848, à l'âge de soixanteneuf ans.
Ses funérailles eurent lieu le 26 avril. Une foule considérable suivit sa dépouille jusqu'au cimetière du Quartier- Léopold. La musique de la Grande-Harmonie de Bruxelles et celle du 2e régiment de chasseurs à pied marchaient en tête du cortège.
M. Louis Schoonen (Geelhand) et M. Ranwet, vice-président de la Société de la Grande-Harmonie, prononcèrent des discours sur sa tombe. Celui de M. Ranwet se terminait par cette phrase : « Qu'au moment où la terre va pour jamais se fermer sur lui, ces derniers accents de la Brabançonne lui disent encore une fois que le souvenir de son nom et l'amour de la patrie, désormais confondus, ne s'effaceront jamais de nos cœurs! »
A ces mots, les deux musiques entonnèrent l'air national belge sur la tombe du compositeur (1).
(1) M. Charles Vandersypen, dans la publication que nous avons citée à diverses reprises, exprime ce vœu : « Pour rappeler le souvenir patriotique de l'habitation où Campenhout a composé, en i83o, la musique de la Brabançonne, une tablette commémorative devrait être placée sur la façade de la maison portant actuellement le n° 52 de la rue
Campenhout (Van).
D'après une ancienne estampe.